Le malotru

« La virulence, c’est comme la marque de commerce de la vie parlementaire », a plaidé le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, dimanche soir à Tout le monde en parle.

Il est vrai qu’il faut savoir encaisser pour survivre en politique, mais il ne faut pas confondre la robustesse avec la méchanceté. M. Barrette ne se contente pas de jouer dur, il cherche à blesser. Il ne faut pas être exagérément sensible. Traiter un adversaire d’« architecte du néant » est plus risible qu’autre chose. En revanche, rien ne peut justifier de le qualifier d’« épileptique », comme M. Barrette l’a fait en parlant de son homologue péquiste, Diane Lamarre.

Il peut arriver à tout le monde de s’emporter dans le feu de l’action et de laisser ses paroles dépenser sa pensée. En pareil cas, la chose à faire est de s’excuser, mais ce n’est pas dans la nature de M. Barrette, qui prend plutôt plaisir à en remettre. Au départ, son franc-parler pouvait sembler rafraîchissant dans la rectitude politique ambiante, mais ce dénigrement systématique est encore plus irritant.

« On a un ministre qui dérape, qui n’a pas le contrôle de ses émotions », déplore Mme Lamarre. En réalité, c’est le problème inverse : M. Barrette ne laisse pas échapper de propos désobligeants, il les prémédite. C’est un malotru qui s’assume parfaitement malgré le malaise que son comportement provoque, y compris sur les banquettes libérales.

On sait depuis longtemps qu’il a du front tout le tour de la tête, mais après les avantages indécents qu’il avait réussi à négocier aux frais des contribuables à l’époque où il dirigeait la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ), il ne manquait pas de culot pour accuser Mme Lamarre d’avoir mis « les deux mains dans le plat de bonbons » quand elle présidait l’Ordre des pharmaciens.

 

Manifestement, le séjour de M. Barrette à la FMSQ, où il était roi et maître, ne lui a pas permis de faire l’apprentissage des exigences de la démocratie et des contrariétés qu’elle implique. Il semble avoir réussi à mettre le réseau de la santé à sa botte avec la loi 10, mais cela ne le dispense pas de rendre quotidiennement des comptes à l’Assemblée nationale, si déplaisant que cela puisse être quand on n’en a pas l’habitude.

Il a fallu un certain temps aux partis d’opposition pour trouver une faille dans la cuirasse de ce ministre qui fonçait comme un taureau et donnait l’impression qu’il était possible de réformer un système apparemment voué à une inefficacité aussi chronique que coûteuse.

Plusieurs avaient espéré que M. Barrette mettrait au service de la population la même énergie qu’il avait consacrée à préserver les privilèges de la profession médicale. On peut le comprendre d’en vouloir à l’opposition, en particulier à Mme Lamarre, d’avoir réussi à créer la désagréable impression qu’il y a eu tromperie, mais tirer sur le messager ne peut que renforcer cette impression.

 

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne, la députée de Taillon a laissé entendre que le comportement de M. Barrette pourrait justifier des poursuites juridiques, mais l’immunité dont les élus bénéficient quand ils se trouvent dans l’enceinte parlementaire leur permet de dire à peu près n’importe quoi en toute impunité.

Le premier ministre Couillard aurait tout intérêt à prévenir les débordements de son ministre, qui ne peuvent qu’indisposer la population, à qui il avait promis que son gouvernement romprait avec les excès de la politique partisane et les attaques personnelles.

Si M. Barrette avait devant lui un Bernard Drainville ou un Jean-François Lisée, qui seraient capables de rendre coup pour coup, on pourrait simplement se désoler que l’Assemblée nationale soit le théâtre d’un autre combat de coqs, mais les attaques à répétition contre Mme Lamarre dégagent un détestable relent de machisme, qui vient s’ajouter à la condescendance naturelle du médecin qui semble toujours reprocher son ignorance au commun des mortels.

Jusqu’à présent, M. Couillard ne semble cependant pas avoir exercé un grand contrôle sur son ministre. La réforme qu’il a entreprise est aux antipodes de ce que lui-même préconisait. À l’entendre, il importait de retirer des mains du ministre la gestion quotidienne du réseau de la santé, alors que M. Barrette s’est plutôt octroyé des pouvoirs sans précédent.

Il faut dire que le premier ministre est assez mal placé pour lui faire la leçon. Les accusations d’intolérance, pour ne pas dire de racisme, qu’il a lancées contre François Legault, qui s’interrogeait simplement sur la capacité de la société québécoise d’intégrer autant d’immigrants que M. Couillard souhaite en accueillir, ne témoignaient pas d’un grand respect pour l’adversaire.

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53 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 15 mars 2016 03 h 26

    M. Barrette serait un agneau ...

    S'il faisait peuve autant de gentillesse et de délicatesse que celles montrées par M. David pour dépeindre le rustre personnage.

    Il faut espérer que le ministre de la Santé puisse dorénavant contrôler son bouillant caractère et s'inspirer des belles manières dont cette bienveillante chronique est imprégnée!

    • Chantale Desjardins - Abonnée 15 mars 2016 09 h 01

      Impossible de l'améliorer, c'est ancré chez lui. Le seul moyen serait de le démettre de ses fonctions et lui faire suivre une thérapie avec son chef.

  • Jean-Pierre Blanchard - Inscrit 15 mars 2016 06 h 23

    Narcissique

    Ce n'est pas donné à tout le monde d'être narcissique

    • Francois Cossette - Inscrit 15 mars 2016 16 h 47

      Mais que voulez-vous les quebecois aiment ca quand on leur marche dessus et qu'on les traite comme des moins que rien. A preuve ils ont re-elus un gouvernement qui les a volé pendant 10 ans. On comprends aisement pourquoi celui-ci se sent libre de faire ce qu'il lui plait.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 15 mars 2016 06 h 43

    Qui s'assemblent se ressemblent

    Barrette est belle et bien à sa place au côté de Couillard, Coiteux, Fournier et Moreau...
    Le parti libéral est devenu un sac à ordure où se côtoie le crime organisée et le mensonge.

    C'est pour trahison contre l'état que tous ces filous devraient comparaître devant la court du peuple.

    Leur langage n'est qu'un indice de leur fond.

    • Gilbert Turp - Abonné 15 mars 2016 08 h 19

      Pour rappel : dès la campagne électorale de 2014, Couillard donnait le ton : la détestation.

      Une de ses toutes premières déclarations : je déteste ce gouvernement, disait-il à propos de celui de Pauline Marois.

      Quand la plus haute autorité donne ainsi le ton, faut-il se surprendre que les sous-chefs en abusent ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2016 09 h 12

      Sac à ordures ? Qu'attendez-vous pour vous porter candidat, avec de si odoriférantes remarques ?

    • Sylvain Rivest - Inscrit 15 mars 2016 09 h 28

      M. Richard Maltais Desjardins,

      Comme j'ai indiqué dans mon titre "Qui s'assemblent se ressemblent"
      Je n'ai aucune accointance avec ce parti.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 mars 2016 11 h 24

      Monsieur Rivest, ce n'est pas tout de le dire, surtout si on se comporte exactement comme on reproche aux autres de le faire, non?

  • Robert Lauzon - Abonné 15 mars 2016 06 h 48

    Barrez Barette!

    La façon d'être de ce "petit" monsieur, devrait être suffisante pour le bannir de l'Assemblée Nationale.

    Son comportement date, il fait reculer notre société, au temps où l'impolitesse était de mise i.e. antérieurement au big bang.

    Sa misogynie sans borne et sa condescendance n'ont pas leur place dans une société moderne. Ce néandertalien doit retourner dans sa caverne et être banni des débats.

    Et pourtant, on le sait, le Québec peut et mérite tellement mieux!

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 15 mars 2016 16 h 05

      Barrette, c'est mon médecin de famille qui m'en a fait la description la plus juste à mon sens. Je ne rapporterai pas ses propos car je n'ai aucun doute que Le Devoir refuserait de publier.

      Je puis vous dire par ailleurs que le monsieur (Barrette) a tout une réputation, au Québec, dans le réseau de la santé. Pardon je devrais dire "sa façon de traiter les gens, même ses égaux sinon ses supérieurs"..

      Alors si vous n'êtes qu'une femme, alors là, bonne chance...

  • Normand Carrier - Abonné 15 mars 2016 07 h 26

    Les arrogants de ce gouvernement ........

    On peut dire que Gaétan Barrette est le bully parfait de ce gouvernement mais c'est aussi la marque de commerce du gouvernement Couillard de répondre aux questions en attaquant bassement et de la pire facon démagogique les adversaires ..... Ce gouvernement est suffisant et arrogant et est incapable de tolérer toute forme d'opposition .......

    Madame Lamarre avec sa féminité , sa pertinence et sa résilience a su percer la carapace du bully de service qui n'a plus de réponse logique a lui fournir ce qui le force a des attaques personnelles qui sont l'apanage des faibles ...... Il n'y a pas de doutes dans mon esprit que la balloune Barrette est dégonflée et que madame Lamarre va continuer a le mettrer a nu en démontrant les effets malsains et néfastes de toutes ces coupures en santé .......