Tant que les taux sont bas et que l’immobilier résiste

Les Canadiens, et les Québécois, s’endettent davantage mais le taux de défaillance moyen demeure toujours à un creux historique. Les hypothèques accaparent le gros des emprunts, mais la faiblesse persistante des taux d’intérêt alimente la hausse du crédit à la consommation.

Statistique Canada indiquait vendredi que le ratio d’endettement au revenu disponible avait atteint un nouveau sommet au dernier trimestre de 2015, à 165,4 %, contre 164,5 % trois mois plus tôt. Sur un an, la dette totale a progressé de 1,2 %, soutenue par l’emprunt hypothécaire. La valeur des prêts hypothécaires a augmenté de 6,3 % l’an dernier, soit la plus forte croissance observée depuis 2011, a souligné l’agence fédérale.

L’actif des ménages a donc bondi, soutenu également par une remontée de la valeur de l’actif financier et une reprise du marché des actions au quatrième trimestre, suivant deux reculs trimestriels consécutifs. L’actif financier s’est apprécié de 2,2 % et l’actif non financier, comprenant les biens immobiliers, de 0,7 %. La valeur nette des ménages était donc en hausse de 1,5 % par rapport au troisième trimestre. Sur un an, cette valeur était en augmentation de 5,5 % pour atteindre 263 200 $ par habitant.

Taux de défaillance à un creux

Jeudi, l’agence de renseignements financiers Equifax Canada indiquait que malgré cet endettement record, le taux de défaillance à 90 jours et plus (en excluant les hypothèques) demeurait à un creux historique à l’échelle canadienne, à 1,09 %. Mais sur une base régionale, celui des provinces pétrolières a bondi de 25 % en Alberta entre les quatrièmes trimestres de 2014 et de 2015, de 14 % en Saskatchewan, de 12 % à Terre-Neuve-et-Labrador. Il s’est replié de 6 % en Ontario et de 2,5 % au Québec, où la dette à la consommation moyenne se chiffrait à 18 070 $, contre 21 458 $ à l’échelle canadienne.

Mais au-delà de ces données, Equifax notait qu’au dernier trimestre de 2015, les jeunes de moins de 26 ans « constituaient la seule catégorie qui avait connu une augmentation des taux de défaillance — une hausse de 2,9 % —, ce qui est déjà plus élevé que tout autre groupe d’âge. » À l’autre extrémité, « le segment des 65 ans et plus a continué d’augmenter sa dette plus rapidement que tout autre groupe d’âge, tout en affichant une faible délinquance. »

Tout n’est pas rose

En somme, tout n’est pas rose. D’autant qu’on ne peut oublier le portrait de l’insolvabilité, qui fait ressortir une domination québécoise. Il en était question au début de mars, après la publication du nombre de dossiers comptabilisés par le Bureau du surintendant des faillites du Canada. Dans les statistiques, on dénombrait 125 716 dossiers d’insolvabilité au Canada au 31 décembre 2015, en hausse de 2,8 % sur un an, les consommateurs comptant pour 97 % des dossiers. Les provinces pétrolières retiennent évidemment le premier rang au chapitre de la progression des cas, avec un bond de 18,1 % en Alberta, de 17,4 % à Terre-Neuve-et-Labrador, de 12,4 % en Saskatchewan, ces poussées concernant essentiellement les consommateurs alors qu’un recul est observé dans le segment des entreprises.

En chiffres absolus cependant, le Québec abritait le plus grand nombre de cas d’insolvabilité avec 45 942 dossiers à la fin de 2015, en hausse de 4,7 % sur un an. Ce poids compte pour 36,5 % des dossiers comptabilisés à l’échelle canadienne, contre 33 % pour l’Ontario.

Du total, on pouvait mesurer 26 223 faillites, en hausse de 0,3 %, et 19 719 propositions concordataires, en progression de 11,1 %. À plus long terme, « depuis les cinq dernières années, le nombre de dossiers [déposés par les consommateurs québécois] a augmenté de 22,2 %, pour passer de 35 768 à 43 705 », indiquait le cabinet Raymond Chabot Grant Thornton. Autre phénomène, qui n’est pas sans faire sentir la croissance de l’investissement immobilier, « le nombre de faillites a chuté de 4,3 % pour cette même période, tandis que les propositions de consommateurs, elles, ont bondi de 89 % », ajoutait le cabinet.

Tant que l’immobilier tient le coup…

Quant à la faiblesse persistante des taux d’intérêt, Statistique Canada soulignait vendredi que le ratio du service de la dette des ménages, qui correspond au total des paiements obligatoires de capital et d’intérêts en proportion du revenu disponible, s’est établi à 13,8 % au quatrième trimestre comparativement à 13,5 % au troisième trimestre. Le ratio du service de la dette (intérêts seulement), qui correspond aux intérêts versés sur les emprunts hypothécaires et non hypothécaires des ménages en proportion du revenu disponible, s’est maintenu autour d’un creux record de 6,2 %.

Tant que les taux restent bas…

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1 commentaire
  • Alain Plouffe - Abonné 13 mars 2016 10 h 16

    Il serait plus judicieux de dire tant que la croissance économique sera au rendez-vous... Il pourrait y avoir récession demain, les taux d'intérêt demeureraient bas mais la situation pourrait se détériorée...