Et l’intégration?

Ne voir l’immigration que comme un moteur de développement économique peut être très réducteur. Mettre l’accent sur un accroissement du nombre d’immigrants sans autres références à leur intégration relève d’un automatisme traduisant une froide mathématique.

L’environnement dans lequel tout cet exercice s’insère est bien défini. Le Québec est aux prises avec un choc démographique et un solde migratoire défavorable. À ce titre, accueillir 10 000 immigrants de plus, comme le souhaite le gouvernement Couillard, ne suffira pas à combler le déficit dû à la dénatalité et aux départs migratoires. Les démographes ont déjà projeté un besoin annuel de 70 000 nouveaux immigrants durant la décennie 2010, près de 100 000 durant la décennie 2020. À ce constat se greffe la réalité d’une économie souffrant d’une carence chronique en gains de productivité et d’une inadéquation grandissante entre la formation de sa main-d’oeuvre et les besoins du marché du travail. L’économiste Pierre Fortin l’a déjà bien résumé : avant d’accroître le nombre de nouveaux immigrants, il faudrait penser à mieux intégrer ceux qui sont déjà ici.

En juillet dernier, l’Organisation de coopération et de développement économiques rappelait que la question de l’immigration et de son intégration comptait parmi les grands enjeux prioritaires planétaires. Cet enjeu renferme une préoccupation économique évidente qui ne doit cependant pas occulter les considérations de cohésion et d’acceptabilité sociales, disait-elle. Dans sa comparaison internationale, l’OCDE retenait, parmi les éléments facilitateurs à l’intégration, la proportion de diplômés universitaires et de personnes maîtrisant déjà la langue du pays d’accueil.

Sur ce dernier point, les dirigeants politiques ne devraient pas oublier qu’au Québec, la proportion d’immigrants ayant le français comme langue maternelle oscille, bon an, mal an, entre 12 et 14 %. Et que, leurs besoins en main-d’oeuvre étant, les organisations patronales poussent pour que les critères de sélection accordent une pondération plus grande à une connaissance de base de l’anglais comme langue seconde, un poids moindre à la maîtrise de la langue française. Et on a beau vouloir s’engager à resserrer l’accompagnement, Le Devoir rapportait au début de février que 20 % de la population immigrée au Québec ne parle pas français, et que la majorité des immigrants ne connaissant pas le français à leur arrivée refuse de suivre des cours offerts par l’État. Une influence purement montréalaise. Selon un récent décompte, 75 % des immigrants de la cohorte 2004-2013 résident dans la région métropolitaine de Montréal.

Reconnaissance des compétences

Reste un autre considérant, lié à l’insertion sur le marché du travail qui interpelle une augmentation du taux d’emploi, de meilleure qualité, et une amélioration de la reconnaissance des diplômes et des compétences professionnelles. Autrement, on se retrouve avec ce que l’Institut de la statistique du Québec a déjà mesuré, à savoir que la proportion de travailleurs ne dépassant pas le cap du seuil de faible revenu est près de trois fois plus élevée chez les travailleurs immigrants que chez les travailleurs nés au Québec. Cet écart est plus élevé que n’importe où ailleurs au Canada. « Cet écart entre le Québec et les autres provinces n’est pas vraiment une surprise,expliquait l’ISQ au Devoir. C’est triste, mais les autres indicateurs de qualité d’emploi, comme le taux de chômage, le taux d’emploi, la rémunération, tendent généralement aussi à être moins bons pour les immigrants au Québec qu’ailleurs au pays. »

Mais la conjoncture étant… Dans une étude de Statistique Canada publiée en juillet 2013 mais demeurant d’actualité, on observe que ce long cycle de croissance anémique dans laquelle l’économie canadienne évolue ne fait que perpétuer une dégradation des conditions d’emploi chez les jeunes, une précarité devenue structurelle. Une situation d’offre excédentaire de diplômés postsecondaires, surtout au niveau supérieur, persiste également, nous a déjà prévenus le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations. Les diplômés universitaires sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi pour lequel ils sont trop qualifiés, a conclu CIRANO. Le gouvernement canadien venait de publier ses projections indiquant que les emplois faiblement qualifiés (près de 60 % du total aujourd’hui) devraient rester les plus nombreux au cours des dix prochaines années. Au demeurant, la demande pour les travailleurs qualifiés viendra surtout des domaines requérant un diplôme technique collégial.

8 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 10 mars 2016 04 h 21

    Vous avez raison

    Commençons par intégrer nos jeunes et les immigrants qui sont déjà ici.

  • Eric Lessard - Abonné 10 mars 2016 08 h 56

    Très bon article

    Effectivement, en faisant venir des milliers d'immigrants, qui non seulement ne parlent pas notre langue mais qui en plus viennent souvent de pays dont les valeurs sont passablement différentes des nôtres, on risque de se retrouver avec de plus en plus de problèmes.

    Quand un immigrant vient au Québec, il s'attend d'accéder à un standard de vie occidental, comme il le voit à la télévision. Il risque fort pourtant de se retrouver dans une situation encore plus précaire que dans son pays d'origine, et dans ces cas-là, c'est toute la société qui va payer les conséquences.

  • Jean-François Trottier - Abonné 10 mars 2016 09 h 23

    L'immigration n'est jamais économique

    Les seuls cas connus où l'immigration a aidé à l'économie sont à la limite de l'esclavage.

    Travail au noir sous-payé, chantage auprès de ceux qui connaissent mal leurs droits reconnus, ou même carrément le régime de République Dominicaine, le lien entre immigration et économie est l'un des plus dales qu'on puisse trouver.

    L'immigration peut amener des problèmes graves si elle n'est pas liée en tout point à l'éducation.
    Éducation des nouveaux arrivants, non seulement sur leurs droits mais aussi en les incoprporant dans la société à petit dose, donc en prenant les moyens nécesaires pour éviter la création de ghettos. Entre autre, la distribution des arrivants dans les régions est capitale contrairement à ce que dit McCallum, ministre de l'immigration fédéral.
    Éducation des gens, un peu pour les aider à la tolérance, mais surtout pour des raisons sociales et économiques de façon à ce que le milieu où arrivent les immigrants soit enrichi en tous points.

    Ces notions ne tiennent que dans l'impulsion de l'interculturalisme qui tient compte non seulement des gens mais aussi de leur communauté ainsi que de la recherche continuelle de consensus, comme les Québécois le souhaitent.

    L'approche économique versus l'immigration est un moteur de trouble sociaux extrêmement graves et rien d'autre.

    Quant à Couillard... il sait parfaitement qu'il ne dit que bêtises et mensonges. Démission.

  • Hélène Paulette - Abonnée 10 mars 2016 09 h 45

    Excellente analyse.

    Merci de compléter celle, assez rose-bonbon merçi, de Brian Myles (9 mars 2016)...

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 mars 2016 09 h 51

    Un livre à lire

    Le Remède imaginaire, Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec, de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois.

    L'immigration n'a qu'une incidence marginale sur le ratio actifs/inactifs et n'augmente pas le PIB per capita. On peut accueillir des immigrants pour plein de bonnes raisons, mais le faire pour des raisons économiques ou démographiques, c'est inutile.