Sauvegarder la planète

Comment une réduction substantielle du gaspillage énergétique serait-elle accueillie par Hydro-Québec, grand employeur de la province, et par le gouvernement qui en tire des revenus de plus en plus importants?
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comment une réduction substantielle du gaspillage énergétique serait-elle accueillie par Hydro-Québec, grand employeur de la province, et par le gouvernement qui en tire des revenus de plus en plus importants?

La lettre du pape François sur la « maison commune » que menacent — en plus des injustices de l’époque — le réchauffement du climat et la pollution aura connu tout un succès. Toutefois, entravés par la corruption et les intérêts en place, les gouvernements de la planète adopteront-ils les lois et les normes qui s’imposent ? Et le feraient-ils que les ravages du « modèle de développement » actuel vont continuer, à moins que les entreprises et surtout les consommateurs ne modifient radicalement leur « mode de vie ».

Emprunter de « justes milieux », croit le pape, ne ferait que ralentir la marche à l’abîme. Au reste, pourquoi de nouvelles lois seraient-elles respectées alors que les mesures présentes, même timides, sont bafouées, dans les mines et dans les mers comme dans les supermarchés et les résidences privées ? Aussi même les gens conscients du péril auront peine à secouer le « système ». Un individu peut changer son comportement, certes, mais comment changer une société ou une économie ?

Dans la recherche de solutions, le pape mise d’abord sur le « dialogue » et sur l’éducation. La méthode autoritaire, en effet, ne garantit pas qu’un changement serait bénéfique. La crainte est le commencement de la sagesse, dit un proverbe. Et parfois, la peur d’une défaite peut aider un gouvernement à réfléchir, ou le boycottage d’un produit, inciter une entreprise à changer ses pratiques. Mais il faudra bien davantage, par exemple, pour convertir le peuple des automobilistes au transport public ou au covoiturage.

Des gestes simples

Les changements n’impliquent pas tous une révolution dans l’accès aux commodités. Ainsi, note le message de François, « se couvrir un peu au lieu d’allumer le chauffage », ou « éteindre les lumières inutiles » ou même « réduire la consommation d’eau » est à la portée de tout écologiste convaincu. Du moins dans les saisons et les pays qui s’y prêtent. Un peu d’imagination, un incitatif avantageux, d’autres innovations pourraient rendre contagieuses ces bonnes habitudes environnementales. Mais à quel prix ?

Des villes comme Montréal se glorifient de leurs nuits en lumière. Le chauffage au bois, au mazout ou au charbon est déjà en voie de disparition au Québec. Ce coin de pays serait même un exemple de conscience écologique. Mais comment une réduction substantielle du gaspillage énergétique serait-elle accueillie par Hydro-Québec, grand employeur de la province, et par le gouvernement qui en tire des revenus de plus en plus importants ? Une économie de gaspillage « crée » aussi des emplois et des revenus fiscaux !

Certes, des villes peuvent plonger dans la nuit noire, comme on l’a fait en temps de guerre, pour mitiger les bombardements. Aujourd’hui, des rues et des résidences gagnent en sécurité, au contraire, en restant illuminées jusqu’au petit matin. Pourtant, peut-on imaginer, si le centre-ville d’une métropole ne gardait de lumière, la nuit, qu’au rez-de-chaussée des gratte-ciel et à leur dernier étage (pour la sécurité des piétons et celle des avions), la vue en serait exemplaire !

D’autres changements, loin de « nuire à l’économie », la stimuleraient et ajouteraient à la convivialité sociale. Ainsi, les gens aisés font une surconsommation d’habitat. La moitié des résidences de certains quartiers ne sont occupées que par une personne. Des célibataires à haut revenu s’y paient de grands appartements. Des familles, elles, s’entassent dans de petits logis, souvent insalubres. Les écoles se vident, les commerces périclitent. Ce dépeuplement tranquille est aussi nocif qu’un épais smog urbain.

Entre-temps, des gouvernements veulent contrer le ralentissement économique par des investissements dans les infrastructures. Ce serait déjà la ruée des projets subventionnés. Marchands de briques et de béton ou promoteurs de quincaillerie numérique vont-ils vendre des produits qui ajoutent à la pollution ou qui l’éliminent ? Va-t-on, s’interroge La Presse, favoriser l’environnement, le transport, le savoir-faire ? « Si l’argent sert aux viaducs et aux arénas, écrit Alain Dubuc, ce ne sera pas le cas. »

Jamais, non plus, un cabinet fédéral n’a-t-il été aussi diversifié. À la veille du 8 mars 2016, les féministes devraient donc se réjouir qu’autant de femmes y siègent. Or, en février dernier, à la consultation préparatoire au budget de Bill Morneau, une dizaine d’« experts » représentaient banques, caisses de retraite, petites entreprises, universités et groupes d’analyse. « Parmi eux, note le Globe and Mail, aucune femme. » L’Église catholique n’est pas la seule ni la dernière à ne pas en avoir dans son sanctuaire.

Plusieurs pouvoirs autres que politique ou religieux sont mis en cause dans la tragédie planétaire appréhendée. Nombre de scientifiques prédisaient déjà cette catastrophe, bien que dans les universités maintes disciplines n’en soient pas toujours conscientes. À en juger par les luttes intestines en haut lieu, les enjeux environnementaux n’y paraissent guère plus prioritaires que les préoccupations sociales. Pourtant, droit, médecine, gestion publique devraient, autant que le génie, être à l’avant-garde.

De même, à moins que les médias n’abordent davantage ces questions, il sera bien difficile non seulement d’alerter les autorités avant que des catastrophes ne deviennent inévitables, mais surtout de mobiliser des courants novateurs sans lesquels un message comme celui de Laudato Si pourrait malheureusement rester lettre morte. Alors qu’ailleurs sur la planète, les penseurs du judaïsme, de l’islam et du bouddhisme sont désormais de la lutte pour « sauvegarder la terre ».

Mais pour l’heure, du moins au Québec, la méfiance antireligieuse risque de faire rater une convergence historique pourtant essentielle.

12 commentaires
  • Robert Godin - Abonné 7 mars 2016 07 h 19

    Respect de la vie

    Ce qui est plus troublant que la "méfiance antireligieuse" c'est le manque généralisé de respect pour la vie, cette force mystérieuse qui anime tous les éléments de la planète. Les inégalités sociales aberrantes, les guerres qui ne finissent jamais avec toutes les conséquences néfastes qui en résultent, la poursuite des économies extractives au dépens des possibilités d'économies génératives, une absence totale de responsabilité pour les générations futures, celles de nos enfants et petits-enfants, sont autant de factures qui se conjuguent pour préserver la status quo qui nous mènera à la ruine. Un changement profond est requis et il est permis de douter qu'il se produise.

  • Guy Lafond - Inscrit 7 mars 2016 07 h 33

    Le message de M. Jean-Claude Leclerc:


    Au Québec, la méfiance antireligieuse ne devrait pas faire rater une convergence historique essentielle.

    Je suis d'accord avec M. Leclerc.

    Et le Québec s'en tire très bien jusqu'à présent en comparaison avec l'Alberta (très religieuse) ou d'autres provinces canadiennes.

    Opinion:

    Les Québécois ont toujours innové. Ils en ont encore fait la preuve récemment avec la production des avions de la C series. Ils peuvent poursuivre leur exploration et garder le cap hors des sentiers battus. Ils pourraient construire une nouvelle ville expérimentale où la voiture à essence serait complètement absente. Une "ville du nord" où tous les édifices produiraient plus d'énergies propres qu'ils n'en consomment. Où l'espace et la lumière seraient au service du piéton d'abord. Qu'attendons-nous?

    Pensons-y bien. Le recours aux énergies fossiles de manière industrielle n'existe que depuis un siècle environ. En serions-nous prisonniers? Vraiment?

    Pourtant, l'homo sapiens, une espèce hautement urbaine, peut s'adapter à de nouvelles contraintes et bâtir un monde meilleur pour ses enfants. Il en a fait la preuve à travers différentes révolutions.

    La science, les statistiques, l'éducation et les technologies de l'information sont devenus des outils extrêmement performants.

    Alors,...

    À la lumière de cette nouvelle contrainte qu'est une atmosphère fragilisée, qu'attendons-nous pour faire notre devoir.

    (Un Québécois en devoir et à pied d'oeuvre à Ottawa)

  • Yves Petit - Inscrit 7 mars 2016 08 h 23

    L'exemple

    Le 30 novembre dernier alors que le Pape François est dans l'avion de retour d'un voyage en Afrique, il déclare aux journalistes présents «Je n'en suis pas sûr (du résultat de la COP 21), mais ce que je peux dire, c'est que c'est maintenant ou jamais».

    Que faisait-il dans un avion? l'avion est le moyen de transport le plus polluant et il se permet de faire la leçon!

    Il ne faut pas simplement des paroles mais des gestes. S'il avait vraiment été sincère, il se serait trouvé un bateau à voile pour aller et retourner en Afrique de même que pour son récent voyage à Cuba. Trop de gens parlent de façon pontive mais peu agissent, malheureusement.

  • Michel Lebel - Abonné 7 mars 2016 08 h 51

    Quel lien?

    Bizarre de conclusion! Je ne vois pas comment la méfiance antireligieuse québécoise risque de faire rater la convergence. Je n'y vois pas un grand obstacle.

    M.L.

  • Florian Péloquin - Abonné 7 mars 2016 08 h 52

    Le chauffage au bois est loin d'être en voie de disparition

    J’aimerais bien savoir sur quoi s’appuie Monsieur Leclerc pour affirmer que le chauffage au bois est en voie de disparition au Québec.
    Si, certes, le Québec et plusieurs municipalités ont établi des règlements encadrant, d’une part, les appareils de combustion du bois qui peuvent être installés, et, d’autre part, dans certains règlements, leur utilisation, il reste que, à ma connaissance, le chauffage au bois n’a pas vraiment régressé. Le problème de santé publique lié à l’émission de particules fines dans l’air par le chauffage au bois reste entier et n’est pas appelé à disparaître de sitôt avec les règlements actuels. Il faudrait carrément aller dans le sens de l’interdiction de la combustion du bois, sauf quand il y a une panne d’électricité.

    • Yves Petit - Inscrit 7 mars 2016 11 h 09

      Florian, le chauffage au bois est écologique car il retourne en CO2 ce que ce bois a pris de l'atmosphère pour se constituer. Le problème ce sont les fines particules émises. Il y a maintenant des poêles à bois très propres. De plus le problème de pollution dû à la combustion du bois ne se pose que dans les villes d'une certaine importance, nullement en campagne.

      Ne soyons pas dogmatiques, soyons pratiques, c'est beaucoup mieux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 mars 2016 13 h 16

      Le bois est loin de disparaitre et est même l'un des importants pilier de l'énergie renouvellable.

      Entre autre les pays de l'europe du nord comme la Suède réussissent a avoir parmi les meilleurs bilans d'émission de GES par leur utilisation de cette biomasse pour leur production d'électricité qui est couplé à des réseaux de distribution de basse énergie résiduelle pour fin de chauffage public et résidentiel.

      Partout sur la terre c'est l'énergie renouvellable de proximité la plus accessible à tous. Et particulièrement pour les moins riches qui y ont accès sans passer par le commerce.

      D'ailleur cette utilisation massive qui ne passe pas par le commerce qui fait qu'elle est mal représentée dans les bilans énergétiques que font les grandes institutions de ce monde qui ne tablent que sur les stat de ce qui est commercé.

      Sans nier les problèmes de santé qu'elle peut entrainé, le présent défi qu'affronte l'humanité n'est pas la mortalité précoce de ses habitants mais bien la fabrication d'un climat qui serait de plus en plus insupportable pour cette humanité (et ses colatéraux..., c'est a dire des milliers d'espèces vivantes!).