cache information close 

Les vrais animaux

Il y a un truc bizarre qui se joue en ce moment sur les planches du théâtre Espace Libre à Montréal, et c’est le midi qu’il faut y aller pour le voir.

Animaux — c’est son titre — est une pièce écrite et imaginée par Daniel Brière et Alexis Martin qui se présente comme une réflexion philosophico-poétique sur la part de l’humain dans l’animal, et inversement. Sur scène, entre Sophie Cadieux et Hubert Proulx, des poules, un cochon, une vache, une chèvre, des fourmis, un chat, tous vrais de vrais, se promènent en liberté pour tisser un récit singulier qui demande ce que l’humain a conservé de son animalité, ce qu’il fait et où cela l’amène. En gros.

Il y est question de son évolution, de sa socialisation et des limites qui viennent forcément avec. Limites qui en sortant de la salle peuvent apparaître d’ailleurs comme une révélation, d’un coup sec, lorsqu’on se surprend à regarder d’un peu plus près l’actualité du moment.

Vous avez entendu jeudi soir dernier, le candidat républicain, aspirant au poste de chef des armées des États-Unis, Donald Trump, faire référence à la taille de son pénis en plein débat politique entre les participants à la primaire de son parti ? Avant, il avait été question de la taille de ses mains.

Pour élever le débat d’une course présidentielle, on a déjà fait mieux. Pour démontrer que l’animal est finalement très proche de l’humain, on ne pouvait pas mieux faire, en laissant un homme prouver en une référence qu’il n’a pas la pleine conscience de lui–même, des gestes qu’il porte ou des paroles qu’il profère.

La meute et sa proie

Par les temps qui courent, la bête, celle dont on cherche tant à se distinguer pour afficher une certaine supériorité, rôde un peu partout autour de nous. C’est elle qui est dans la meute qui traque sa proie, qui saute en groupe dessus pour la manger, autant dans la savane que sur la place publique ou dans les réseaux sociaux.

C’est elle aussi que l’on retrouve en train de rire instinctivement en Allemagne devant un centre d’hébergement en feu avec à l’intérieur des exilés syriens tentant de se sortir du bâtiment devant l’immobilisme de cette foule hilare. Ailleurs, la bête peut également avoir donné l’ordre de détruire la seule part d’humanité que ces mêmes exilés se sont construite sur un terrain vague baptisé la « jungle », dans le nord de la France. Et ce, devant d’autres bêtes qui n’ont pas été nombreuses à bouger pour dénoncer l’odieux de la chose.

L’animal, n’en déplaise aux adeptes de l’anthropomorphisme — vous savez, ceux et celles qui croient que le chat est capable de sentiments comme la joie, la tristesse, la mesquinerie… —, n’a pas conscience de lui-même. Par effet domino, il n’a pas non plus conscience des autres.

Lâcheté en sous-traitance

Il n’y a pas besoin de creuser trop profond pour atteindre l’animal qui sommeille dans chaque homme (et même femme, tiens, pour être égalitaire !) et auquel cherche à s’adresser la compagnie canadienne The Breakup Shop (traduction libre : la maison des séparations). Il y a quelques mois, le magazine américain The Atlantic qualifiait ce service d’« Uber de la rupture ».

Comment ça fonctionne ? Simple. L’entreprise se charge pour vous d’envoyer un texto ou de faire l’appel téléphonique qu’il faut dans un couple pour annoncer une séparation. Parce qu’on est 2016, la lâcheté aussi peut être sous-traitée dans les univers numériques.

À une époque où l’amour se magasine sur Tinder, cette application pour rencontres géolocalisées, comme on se choisit un vélo, une voiture ou une tuque tricotée par un artisan et exposée sur Pinterest, il est un peu normal de voir la séparation rencontrer elle aussi son service dématérialisé. Service qui permet du coup de s’éloigner d’une ancienne flamme sans avoir à prendre la pleine conscience du coeur que l’on est en train de briser.

Après tout, le chien choisit bien sa partenaire en lui sentant l’arrière-train — c’est son Tinder à lui — et s’en sépare sans lui envoyer de bristol.

Dans Animaux, vers la fin, l’oeuvre dramaturgique se demande si les animaux ne seraient pas gardiens d’une connaissance, d’un savoir, d’une sagesse que l’humain aurait fini par oublier ? C’est possible. Et à force de chercher, par le pire, à se rapprocher de lui, on va peut-être finir par le savoir.

1 commentaire
  • André Savard - Abonné 7 mars 2016 12 h 23

    Lea Animots

    Jacques Derrida parlait des "animots" pour signifier que le terme "animal" était d'abord un vocable qui réunissait dans un genre sans distinction. L'éléphant a un cerveau plus gros que le vers de terre. Tuer un éléphnt créer un traumatisme sociologique chez eux. Le chat prend son maître pour son enfanrt et veut lui apprendre à chasser. Pour le chien la femille est sa meute. En éthologie, chaque fois il faut reprendre l'étude des médiations sociologiques selon qu'on parle de l'orang outan, du porc, de l"éléphant. Le sens de l'autre est dicté différement dans le règne animal. Fabien d'Eglise aurait pu se garder des allégations à l'emporte-pièce avant de taxer d'anthropomorphisme la palettes émitionnelle des animaux. Il vient de prouver encore une fois qu'un humain est meilleur que le chat pour oblitérer l'autre. S'il veut refaire sa chronique avec une réflexion digne de ce nom je lui recommande outre Derrida Élizabeth de Fontenay.