Le Québec est malade

Il s’agit d’une maladie venue d’ailleurs et qu’on appelle l’austérité. Nous ne pensions jamais en être atteints au point où nous le sommes en ce moment. Nous avons beau examiner tous les effets pervers d’une telle maladie, nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi elle s’est jetée sur nous comme la misère sur le pauvre monde avec l’appui de tout un gouvernement dont les membres ont sans doute été vaccinés contre la maladie en question, car les dégâts touchent tout le monde excepté eux, les élus du peuple.

Les bons conseils ont beau nous arriver de partout dans le monde affirmant que l’austérité, ça ne marche pas, que c’est une grave erreur de se lancer dans une telle expérience qui s’avérera forcément douloureuse puisque personne ne se lève pour dire que ça a marché chez lui. Sauf que nous, on ne nous a pas demandé notre opinion. Une fois l’élection des libéraux assurée, une fois plein de promesses faites, une fois les résultats de l’élection connus, on a sorti le chat du sac. Et nous l’avons reçu en pleine face.

Les Québécois sont déçus et ils sont fatigués. Ils en ont assez d’être soumis au règne d’une sorte d’empereur qui agit comme s’il était le maître suprême de notre pays, alors qu’il a été élu pour administrer correctement les dossiers quotidiens sans jamais oublier qu’il le fait en notre nom. Le trip de pouvoir finit toujours par être de mauvais conseil.

Les femmes sont encore plus découragées que les hommes d’ici. Elles ont été plus pénalisées que les hommes par les décisions insensées d’austérité qui les touchent directement et les empêchent trop souvent d’apporter le meilleur de ce qu’elles savent faire dans des milieux qui en ont bien besoin. Les femmes ont déjà perdu une grande partie de ce qu’elles avaient acquis péniblement sur une longue période. Retour à la case départ dans bien des cas. Retour à la maison, aussi, dans bien des cas où d’autres solutions sont impossibles. Ce qui conduit à l’appauvrissement des femmes en général et au découragement devant le manque flagrant de compréhension affiché sans gêne par nos élus.

Comment pouvons-nous garder le moral devant les insignifiances que notre gouvernement nous sert régulièrement concernant l’avancement des femmes dans une société comme la nôtre, où les femmes ont réussi à faire reconnaître leurs qualifications dans tellement de domaines qu’elles sont devenues essentielles et qu’elles méritent notre admiration pour leur courage et leur ténacité ? C’est vrai que nous sommes parties de loin et que nous devons beaucoup à celles qui nous ont précédées pour nous montrer la voie, mais nous avons tenu bon malgré les obstacles, le mépris, souvent, et les injustices flagrantes. Jamais rien ne nous a été accordé parce que nous le méritions. Ça aurait été trop simple.

 

À quelques jours seulement de la célébration de la Journée internationale des femmes, le 8 mars prochain, il serait bon de nous souvenir que les combats que nous menons encore ici même serviront peut-être à d’autres femmes ailleurs dans le monde où la situation est encore pire que la nôtre. Tendons-leur la main pour qu’elles comprennent, comme nous l’avons fait ici, que c’est quand nous sommes unies que nous représentons une force véritable.

Les hommes de partout dans le monde ont beaucoup exploité les situations où les femmes se retrouvaient dans une éternelle compétition pour trouver des maris pourvoyeurs ou des patrons gentils et compréhensifs. Les femmes autonomes financièrement n’ont plus besoin de jouer à ces jeux dangereux qui en font des ennemies les unes des autres.

Les femmes ont acquis une perception d’elles-mêmes complètement différente de celle de nos mères et de nos grands-mères, dont l’horizon était tellement bloqué qu’elles avaient du mal à imaginer que leur rôle pourrait changer dans un avenir prévisible.

Nous avons fait quelques acquis qu’on ne peut pas nous enlever. Nous en avons perdu d’autres dans le fleuve de l’austérité.

Aujourd’hui, nous devons affirmer que le féminisme n’est pas mort, qu’il est comme une porte ouverte sur un monde meilleur où nous aurons un rôle à jouer et des solutions à proposer à nos compagnons quand l’égalité homme-femme sera une chose acquise.

En attendant ce grand jour, il nous reste à porter la bonne nouvelle aussi loin qu’à des ministres, femmes québécoises, qui ont, encore une fois, servi de courroie de transmission pour certains de leurs collègues qui se bidonnent dans leurs dos. C’est triste. Bon 8 mars quand même.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

14 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 4 mars 2016 03 h 57

    Le Québec épouse les valeurs du passé!!

    Pour bon nombre d'électeurs, l'austérité évoque la rigueur et elle doit s'appliquer avec autorité, ce dont M. Couillard ne saurait se priver!

    Le mot employé est trompeur et cache de terribles réalités. Il renvoie à un libéralisme débridé, à un État qui s'efface devant le privé, à des valeurs où tous et chacun devient maître de sa destinée! Le bien commun viendra de l'effort de chaque bonne volonté! L'austérité, telle que pratiquée, conduit au rejet de l'investissement collectif pour miser sur l'initiative individuelle: c'est à l'entreprise privée de construire des garderies, aux parents à trouver l'école qui convient à leurs petits, aux malades à débourser pour se faire soigner. On retourne loin dans le passé, au temps où il fallait seul se dépêtrer, où étaient bas les impôts à payer!

    Sur la méthode autoritariste employée, encore là on se croirait bien loin en arrière. Ce gouvernement possède la vérité, dirige avec sévérité, gère comme à l'époque où régnaient les autocraties.

    La société québécoise devient de plus en plus américaine, marchande et capitaliste, où les valeurs de partage et de solidarité sont peu à peu remplacées par les vertus de la liberté. L'austérité sert aussi à changer radicalement notre société!

    • Daniel Bérubé - Abonné 4 mars 2016 14 h 19

      ... La société québécoise devient de plus en plus américaine, marchande et capitaliste, où les valeurs de partage et de solidarité sont peu à peu remplacées par les vertus de la liberté. L'austérité sert aussi à changer radicalement notre société!...

      C'est bien vrais, et encore là, quand vous dites : " sont peu à peu remplacées par les vertus de la liberté", nous devons reconnaître que cette liberté ne s'adresse qu'à un petit nombre (le 1%), tandis qu'elle en fait perdre à la majorité. Je vois même en cette austérité une amplification majeure de l'individualisme: ne pensez qu'à "moi", me foutre de l'autre. Et quand nous parlons d' "américanisation" du peuple, il faut le voir aussi avec les yeux de Trump, pour qui la torture, voir l'élimination de femmes et d'enfants qui ne répondent pas aux exigences gouvernementale ! En ayant mis de côté les valeurs dites religieuses, nous mettons presque qu'automatiquement de côté l'amour, l'entraide et le partage... nous avons comme jeté le bébé avec l'eau du bain !

  • Hélène Gervais - Abonnée 4 mars 2016 06 h 50

    J'apprécie particulièrement ...

    vos deux derniers paragraphes Madame Payette. Ils expriment en peu de mots le féminisme qui a été la courroie de transmission pour l'autonomie des femmes et en expliquant aux plus jeunes que si le féminisme n'avait pas existé, elles ne seraient pas là où elles sont présentement, mais encore dépendantes des hommes à tous les niveaux. C'est ce qu'on a vu avec les deux femmes ministres du gouvernement couillard; dépendantes de l'opinion de leurs pairs au gouvernement.

  • Michel Thériault - Abonné 4 mars 2016 06 h 59

    Le Québec est malade

    En effet. Quelle société en santé aurait réélu un gouvernement dont tout le monde savait qu'il était corrompu à l'os, le 7 avril 2014 ?

    • François Doyon - Inscrit 4 mars 2016 12 h 26

      Monsieur Michel Tremblay, merci! Courte réflexion... triste constat, qui fait mal.
      Poser la question... c'est y répondre. Tout çà, n'augure rien de bon pour l'avenir de cette société, mal en point, et explique, en même temps pourquoi nous en sommes encore là... pour longtemps j'en ai bien peur.

    • André Nadon - Abonné 5 mars 2016 16 h 27

      Vous oubliez de dire que ce gouvernement fut élu par à peine 28% des francophones. Il ne représente qu'une minorité de la population du Québec qui se dit Canadians avant tout. La majorité de la population subit un régime britannique impérial depuis 1763. 1774, 1791, 1837, 1867, 1982 confirme à l'évidence ce constat.
      Diviser pour régner; la devise de nos maîtres.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 mars 2016 08 h 11

    Le féminisme meurt chaque année...

    ...depuis quarante ans. Au lendemain des manifestation où l'on a brûlé des soutien-gorges, déjà on prétendait que le message est maintenant passé et que le féminisme est terminé. C'était en .... 68 ? Sais plus.
    Je ne sais pas combien il y a de féministes déclarées au Québec. Un million ? Deux, ou plus ? Aucune idée. Mais si on pouvait les recenser, on concluerait avec justesse qu'il y a autant de féminismes que de féministes ici, parce que c'est une question de perspective. Dons, les excuses sirupeuses de la ministre tombent dans un obscur néant: être "féministe", c'est être "féminisme mais..." parce que le discours est autant social que personnel.
    Ceci dit, depuis un an je n'arrive plus à écrire au sujet de ce gouvernement parce qu'en une demi-phrase je tombe dans les insultes tellement je les trouve.... et j'arrête ici parce que justement "ça" partait.
    Je me contente de dire que même pour des néolibéraux, ces gens sont de purs incompétents aux comportement puérils d'adolescents qui font tout pour bien paraître et rien pour bien faire... vous savez, la période de crise durant laquelle il n'y a rien à comprendre ?
    Dans absolument tous les dossiers, ils font pire que ce que j'aurais pu imaginer. Tous! C'est inouï.

    Je déteste la politique du pire, mais parfois je me dis que c'est ce que nous vivons: une période de noirceur catastrophique dont nous sortirons avec une immense bouffée d'air pur... Est-ce réaliste? Ouain... J'aimerais bien. En tout cas, tout est à refaire, ça on le sait.
    Aucun de ces ministres n'arrive à hauteur de votre semelle, madame. C'est effrayant.

  • Pierrette St-Onge - Abonnée 4 mars 2016 08 h 20

    Madame Payette... Je vous retrouve, enfin!

    Quel bonheur de vous lire ce matin Madame Payette. Je peux bien vous l’avouer, maintenant que la tempête est passée… Vous m’avez tellement déçue par votre position dans la saga de votre ami Claude Jutras. Je n’ai pas voulu vous accabler davantage parce que vous en aviez assez des attaques qui venaient de partout. Je ne me suis pas prononcée non plus lorsque les lecteurs du Devoir vous ont pardonné un peu trop facilement à mon goût la semaine suivante. J’ai gardé en dedans de moi ce que je ressentais puisque je ne pouvais rien n’y changer.

    Madame Payette, ce matin je vous retrouve enfin telle que je vous connais, telle que vous êtes, avec les mots pour dire ce qu’un grand nombre de Québécois ressentent en ce moment au Québec. Votre analyse de la maladie du Québec, que vous appelez l’austérité est tellement réelle et triste à mourir qu’encore une fois, vous venez me chercher. Comment arrêter ce gouvernement qui détruit tout sur son passage. Et ce n’est peut-être pas fini… Qui nous dit qu’il ne sera pas réélu. Ça fait très peur.

    Pierrette St-Onge