Théâtre: Sous les Masques, la scène...

C'est ce qu'on appelle une «évidence flagrante»: même s'il n'a jamais été question, pour des raisons tout à fait dépendantes de ma volonté, d'assister au grand gala télévisé de la Soirée des Masques, dimanche, je ne pouvais tout simplement pas ne pas vous en parler ce matin. Hors de question. Les Masques, c'est une grande fête. Une reconnaissance importante pour les artisans du théâtre que l'on fait ici. Même si la formule du gala télévisé...

Bon. Vous savez ce que je pense là-dessus, on n'y reviendra pas. Pas sur le show télé, non. Mais sur les Masques, oui. Parce que j'ai épluché les journaux et les sites Internet — celui de l'Académie québécoise du théâtre entre autres (www.theatrequebec.com), un site fort bien fait que je fréquente assidûment. Et j'ai retrouvé là, parmi les quelque 150 productions différentes en lice pour un des Masques, plusieurs des spectacles dont nous avons parlé ensemble, en entrevue, en chronique, parfois même en critique, tout au long de la dernière année. On est donc en territoire connu.

Manifestons d'abord, comme disait Michel Chartrand, un petit plaisir étonné: celui de voir la «relève» aussi présente, malgré des oublis flagrants. La relève des jeunes comédiens et des metteurs en scène, des petits théâtres, des petites compagnies, des petites salles et des nouveaux publics. Elle est bien là, la relève. Lorraine Côté (Masque de l'interprétation féminine pour Marie Tudor), Évelyne Rompré (Interprétation dans un rôle de soutien, pour Unity,1918) et Christian Bégin qui a mis la main sur le Masque de l'interprétation masculine pour La Société des loisirs de François Archambault, un égratignage systématique de cette génération des trentenaires élevés sur des valeurs aussi vides que désespérantes. Sans oublier qu'Archambault a gagné le Masque du meilleur texte. Bravo. D'autant plus que cette production s'insérait à La Licorne, dans une saison mémorable qui a vu la création de cinq nouveaux textes d'auteurs de la relève comme on dit.

En théâtre jeunesse, pas de surprise, Jean-Rock Gaudreault était au rendez-vous avec ses Deux pas vers les étoiles. Par contre François Létourneau, qu'on connaît surtout pour Cheech, était en nomination dans six catégories et n'a rien gagné. De même, l'extraordinaire Fête des morts de Momentum — c'est ce spectacle-parcours présenté dans un cimetière près de chez vous — n'a été salué que trop brièvement... Pourtant, les mises en nomination auraient pu laisser croire à une domination encore plus grande des compagnies en marge du grand réseau des théâtres du centre-ville. Un beau questionnement pour nos grandes institutions...

Du côté de Québec, on peut globalement faire le même genre de constat; toute une nouvelle génération de concepteurs est en train d'occuper de plus en plus le territoire en faisant déjà de la place pour ceux qui poussent derrière...

Saluons enfin deux spectacles exceptionnels: Le Malade imaginaire adapté par Ad de Bont (Masque de la production étrangère) et présenté lors du festival Coups de théâtre. Et, bien sûr, Les Feluettes de Michel Marc Bouchard, dans la mise en scène de Serge Denoncourt pour l'Espace Go, qui ont récolté cinq Masques: ceux du Public, de la Production montréalaise, de l'Interprétation masculine dans un rôle de soutien (Robert Lalonde), de la Conception des décors (Louise Campeau) et de la Conception des costumes (François Barbeau). Le texte de Bouchard est l'un des classiques de la scène québécoise — la création remonte à 1986 — et la mise en scène de Denoncourt, qui en offrait une relecture absolument passionnante, souligne encore une fois sa pertinence et son actualité.

En vrac
- Le Mois Multi, un espace de rencontres multidisciplinaires organisé à la fois à Québec puis à Montréal par les productions Recto-Verso, en est déjà à sa cinquième édition. Cette année, l'événement a pris le nom de Laps et offre toute une série de spectacles-installations touchant plusieurs disciplines. En théâtre, par exemple, nos lecteurs de Québec pourront voir le travail de Marcelle Hudon qui présente Par bonheur/Il y a qui met en scène les épisodes banals et extraordinaires de la vie d'un héros vieillissant. Hudon — qu'on a vue au FTA le printemps dernier — utilise ici la marionnette sonore, le microcontact et l'écriture musicale, le masque, le manipulateur, les castelets, le théâtre d'ombres et la vidéo en direct. Si tout cela chatouille votre curiosité, vous avez rendez-vous les 5 et 6 février à la salle Multi du complexe Méduse, à Québec. On se renseigne au % (418) 524-7577.
- Alors que le Théâtre d'Aujourd'hui se prépare à accueillir (en mars) Le Collier d'Hélène, la maison de production Films Zingaro entreprenait le week-end dernier le tournage de Jean et Béatrice, la précédente pièce d'Hélène Fréchette, elle aussi présentée au Théâtre d'Aujourd'hui, en 2002. Marie-France Lambert et Normand D'Amours tiennent les rôles-titres du téléfilm qui sera plus tard présenté sur Artv et à la télévision de Radio-Canada. Rappelons que Films Zingaro est l'une des cinq sociétés de production télévisuelle membre de l'équipe Spectra.
- La SMCQ Jeunesse, qui était en lice aux prix Opus avec la version opératique du Pacamambo de Wajdi Mouawad, continue d'investir auprès du jeune public. Dès jeudi, à la salle Pierre-Mercure, on pourra assister à TapaJungle!, un conte musical inspiré du Livre de la Jungle de Kipling. La production met en vedette le comédien Félix Beaulieu-Duchesneau, la mise en scène est de Suzanne Lantagne — qui a aussi scénarisé le spectacle en une série de «tableaux musicaux» — et la musique originale de Johanne Latreille et Michel Viau de QUAD percussions originales. Le spectacle s'adresse aux enfants de six à 12 ans et les familles ou les enseignants intéressés peuvent contacter Katherine Fournier au % (514) 987-4691.
- Puisqu'on vient de parler de Pacamambo de Wajdi Mouawad, soulignons que la production théâtrale mise en scène par Serge Marois de l'Arrière-Scène vient de prendre l'affiche, en anglais, au Fringe Festival d'Edmonton jusqu'au 8 février. La production sillonnera ensuite la France pour une autre série de 32 représentations, en français cette fois.