La vie continue…

Vous vous doutez bien, chers lecteurs et lectrices, que je viens de vivre une semaine particulièrement difficile. Je tiens à vous assurer tout de suite que jamais je n’ai fait d’amalgame entre l’homosexualité et la pédophilie, car je sais parfaitement bien que ce sont deux choses très différentes. Je me suis réjouie quand des homosexuels, après de longs combats, ont obtenu le respect de leurs droits et la possibilité d’être mariés et de vivre en couple. La pédophilie me répugne au plus haut point, car c’est un crime contre des êtres sans défense, et j’ai une immense compassion pour les victimes, garçons ou filles.

Ma chronique du 19 février dernier a été écrite le 17 février. J’écris toujours le mercredi pour Le Devoir. Elle n’avait qu’un seul but, vous faire connaître le jeune homme de 18 ans qu’était Claude Jutra juste avant 1950. Je ne connaissais rien des actes qu’il a posés par la suite, car nous nous étions perdus de vue complètement.

En écrivant, je souhaitais surtout qu’on se donne le temps de réfléchir collectivement avant d’agir à son sujet. J’avais de la peine et j’avais besoin de comprendre pour accepter ce que je venais d’entendre. Si j’ai blessé des lecteurs ou lectrices en l’écrivant, j’en suis vraiment désolée. J’ai de la peine encore aujourd’hui pour la mémoire de Claude Jutra et j’ai une infinie compassion pour ses victimes, que je ne connaissais pas le mercredi avant la tempête.

Je sais maintenant cependant et pour toujours que je n’apprécie pas la vindicte populaire. Elle me fera toujours peur. J’avoue aussi que j’aimerai toujours le Claude Jutra que j’ai connu quand nous étions jeunes. Celui dont on parle depuis une semaine, je ne le connais pas.

 

Si je n’aime pas la vindicte populaire, j’ai toujours favorisé le pouvoir que représente un regroupement populaire. Je voulais réunir des femmes du Québec, pour qu’elles réalisent la force qu’elles représentent quand elles sont unies. Celles que j’ai réunies étaient de tous partis politiques, mais apolitiques pour les besoins de la réflexion et la tâche à accomplir qui consistait à déterminer la formulation des besoins des femmes d’aujourd’hui dans trois domaines essentiels : le social, l’économique et le politique.

Nous avons réussi et nous allons nous regrouper. Nous avons produit un Manifeste des femmes qui a été lancé avant Noël 2015. Tout ça sans mêler nos convictions politiques partisanes et sans aucun malentendu jamais.

Dans six jours exactement, les 3 et 4 mars, le Sommet des femmes s’ouvrira à Montréal pour accueillir toutes celles qui voudront venir entendre nos propositions et participer à des ateliers où elles seront les bienvenues pour en discuter.

Douze femmes ont travaillé ensemble à l’analyse des demandes que les femmes ont formulées au cours des vingt dernières années. Elles ont déterminé des pertes importantes qui frappaient les femmes en ce moment au Québec et elles ont rédigé le Manifeste des femmes, qui regroupe les exigences des femmes quant à l’égalité homme-femme dans les domaines les plus importants : le social, l’économique et le politique. J’espère pouvoir dire « mission accomplie » à la fin de cette rencontre.

 

Je tiens surtout à vous rassurer à mon sujet. Je ne suis pas sénile, contrairement à ce que certains ont essayé de laisser croire depuis quelques jours. J’ai toujours toute ma tête et elle continue à bien me servir. Je suis privilégiée, c’est évident. Entre-temps, je suis heureuse de vous retrouver, vous, les lecteurs et lectrices de cette chronique. Vous avez résisté à la tentation de me brûler sur le bûcher des condamnations pour un crime que j’affirme ne pas avoir commis. Je vous en suis reconnaissante et je vous en remercie.

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59 commentaires
  • Jacques Lamarche - Inscrit 26 février 2016 04 h 20

    Vous n'aviez pas à nous rassurer!

    Jamais nous n'avons douté de vos facultés! Votre propos fut des plus sensés!

    Il a osé, en fouillant dans le passé et les secrets d'une âme tourmentée, à chercher à tempérer, à toucher des cordes d'humanité, à éviter le procès sommaire, à faire taire la vindicte populaire qui allait se déchaîner!

    Peine perdue, la déchéance avait été déclenchée, bien orchestrée!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 février 2016 05 h 43

    Bravo Mme Payette !

    « J’ai toujours toute ma tête et elle continue à bien me servir. » (Lise Payette, Le Devoir)

    Effectivement, une personne engagée ne peut que poursuivre ce dont elle s’ouvre et ouvre les portes tant de l’être que des mondes de la connaissance, du savoir, et ce, avec expérience !

    Bravo Mme Payette ! - 26 fév 2016 -

  • Denis Marseille - Inscrit 26 février 2016 06 h 13

    Vox populi vox dei

    «Si je n’aime pas la vindicte populaire, j’ai toujours favorisé le pouvoir que représente un regroupement populaire.»

    La vindicte populaire est le pouvoir que représente la majorité silencieuse. Donc, vous accordez à des minorités ce que vous réprouvez à la majorité, soit le droit de se faire entendre et respecter. Le peuple a décidé qu'un pédophile ne méritait pas la reconnaissance sociale peu importe son oeuvre et il l'a exprimé clairement. Vox populi vox dei.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 février 2016 09 h 46

      Vox populi, vox dei? Mais encore faut-il réagir autrement que sur le coup de l'indignation!

    • Claude Desjardins - Abonné 26 février 2016 10 h 14

      Il faut éviter de faire l'amalgame entre vindicte populaire et majorité silencieuse. La vindicte populaire est celle de la foule carnassière magnifiée par les réseaux sociaux qui ne demande pas mieux que de condamner sans autre forme de procès. Je partage entièrement la frayeur de madame Payette.

    • Denis Marseille - Inscrit 26 février 2016 11 h 08

      @M. Desjardins,

      Je vous ferai remarquer que la foule carnassière ne fait que respecter les lois qui condamnent la pédophilie. On s'est excusé publiquement pour les enfants de Duplessis, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas le faire pour ceux de Claude Jutra. Dans ma tête, il n'y a pas d'amalgame qui me permet de mettre la parole des victimes en doute et personne ne contredit les faits. Donc, on parle ici d'un criminel récidiviste qui bénéficia du silence de son entourage pour commettre ses délits. Un tel type ne mérite pas notre reconnaissance.

    • Michèle Lévesque - Abonnée 26 février 2016 14 h 23

      M. Sylvain (Auclair). L'indignation est mauvaise conseillère pour passer à l'acte, faire des choix - comme ici décider du sort futur des Jutra en tout genre (le prix, les noms de rues, etc.).

      L'indignation reste néanmoins une réaction parfaitement saine et éthique devant le dévoilement d'un acte aussi répréhensible que la pédophilie, quel qu'en soit l'auteur ou l'auteure.

      Attention : je ne suis pas dans le débat avec madame Payette en tant que tel en disant cela, je réagis seulement à votre propos sur l'indignation. C'est ne pas s'indigner et le dire publiquement qui serait indigne, ce serait de ne pas le faire.

      Les dérapages qui suivent, ça c'est une autre question.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 février 2016 14 h 29

      Vous êtes lourd, monsieur Marseille. Les excuses publiques à l'endroit des enfants de Duplessis, on n'en a rien à cirer, si elles ne servent qu'à conforter la vertu des garde-chiourme. En attendant un procès qui n'aura pas lieu, si vous êtes absolument incapable de compassion pour le «criminel récidiviste» ou pour madame Payette, vous seriez bien inspiré de la réserver toute aux victimes plutôt qu'à la préservation du sacro-saint droit de la «majorité» de s'indigner en choeur.

    • Luc Archambault - Abonné 26 février 2016 18 h 17

      La vindicte n'est pas justice... La justice pour être juste dans un État de droit démocratique doit respecter les droits des vicitimes, mais aussi les droits des accusé,es... dont celui d'avoir un procès juste et équitable... Quid du procès juste et équitable dans cette affaire ? Neni !

    • Jacques Lamarche - Inscrit 27 février 2016 04 h 38

      L'histoire nous enseigne de quelles dérives sont capables les vindictes populaires! Elles peuvent venir d'une haine, de propos incendiaires, de tempêtes médiatiques programmées, de mille et un préjugés! Jadis, quand régnait l'arbitraire, la vindicte était chose ordinaire! Dans un État de droit, elle constitue un méchant pas en arrière!

    • Denis Marseille - Inscrit 27 février 2016 06 h 43

      @M. Desjardins et Archambault

      On ne peut faire de procès a une personne décédée et tout le monde en convient mais cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir enquête de la SQ pour déterminer la véracité des faits et surtout pour savoir qui étaient au courant de cette affaire. Je pense que le milieu a tout intérêt à balayer cette histoire sous le tapis au plus sacrant.

      En dedans d'une semaine, on est passé de «Tout le monde savait» à personne le sait vraiment. Des victimes sont sortie de l'anonymat pour dénoncer une situation intolérable et tout ce que vous êtes capables de sortir comme argument, c'est qu'il faut mettre en doute leur crédibilité. Dites-moi, dans quel intérêt, les victimes mentiraient?

      Vous vous dites que les gens ont agi avec célérité dans la suppression des honneurs à Jutra mais personne ne remet en question le silence du milieu lorsqu'on a décidé de les lui accorder. Si le milieu savait, alors il savait aussi qu'un jour ou l'autre cette histoire allait leur sauter en pleine face et personne n'a agi en connaissance de cause. On a préféré se taire, de peur de passer pour des traitres par les gens du milieu.

      Ce que vous appelez la vindicte populaire n'est à mes yeux que le ressac d'une population qui se sent flouées par toutes les instances sociales et dans ce cas, par des gens pour qui le public a une admiration sans bornes. On a été bernés par nos vedettes dans ce qui nous heurtent le plus profondément; c'est à dire l'exploitation des enfants à des fins sexuelles.

      Vous aurez beau vous drapez aux couleurs de la tolérance et de la justice, la vérité ne changera pas pour autant. Claude Jutra était un pédophile qui a fait plusieurs victimes et son entourage, malgré qu'il connaissait son penchant pour les petits gars a décidé de fermer les yeux. Et pour ajouter l'insulte à l'injure décida d'honorer celui qui en déshonora tant.

      Jusqu'ou serons-nous prêt à enfoncer les victimes pour préserver l'honneur de Jutra?

  • Philippe Dubé - Abonné 26 février 2016 06 h 19

    Merci Madame Payette et Monsieur Rioux

    À propos de la dérive jutrasienne je crois que, dans sa chronique de ce matin "Après Cologne", Christian Rioux ne pouvait pas mieux dire au sujet de Madame Payette et de son courage à avoir des mots d'amour et d'amité malgré la vindicte populaire et médiatique.

    • Nicole Delisle - Abonné 26 février 2016 09 h 52

      Vous avez tout à fait raison M. Dubé! Votre commentaire reflète tout à fait ce que je pense.

    • Richard Guay - Abonné 26 février 2016 21 h 02

      Tout à fait d'accord avec vous, Mme Payette et M. Rioux.

      Votre analyse est très pertinente.

      Mario Béland

  • Jean-François Laferté - Abonné 26 février 2016 06 h 28

    Dignité!

    Qu'ils aillent se faire voir ceux-là mêmes qui condamnent ad nauseam.
    Jean-François Laferté
    Terrebonne