Le Québec, zone d’excellence agroalimentaire?

Le Québec ne manque pas de ressources en agroalimentaire, mais souvent, c’est le manque de constance et de rigueur qui prévaut.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec ne manque pas de ressources en agroalimentaire, mais souvent, c’est le manque de constance et de rigueur qui prévaut.

Toutes les PME vouées à l’agroalimentaire en arrachent par les temps qui courent. Certes, on a beaucoup progressé dans l’originalité et le choix des cultures maraîchères, la diversité de production, les vignobles et vergers, mais la concurrence a aussi évolué dans le même esprit.

Bien sûr, il existe un attachement pour la culture locale et régionale, avant même celle du reste du Canada, mais reste que, souvent, la complexité est telle que bien peu de petites entreprises peuvent envisager de commercialiser leurs produits à l’extérieur des zones de production.

Les différents ordres de gouvernement prônent l’innovation, alors qu’il est difficile pour bien des petits producteurs ou transformateurs d’innover tant les règlements, l’étiquetage et les normes en vigueur sont compliqués. Aussi, ils ne bénéficient pas d’une aide en recherche et développement, législation et commercialisation pour des produits qui pourtant mériteraient au moins qu’on s’y attarde.

Pourquoi ne pas créer un comité de surveillance de la qualité qui pourrait dénicher, dans les régions, des produits susceptibles d’affronter les grands marchés ?

Il nous manque souvent la rigueur, d’abord dans le choix des produits, puis dans leur élaboration jusqu’à maturité, afin d’envisager une valeur ajoutée. Un produit peut bien être sanctionné « Qualité Québec » sans pour autant être considéré par un groupe d’experts comme un produit d’exception ou de fierté nationale.

Zones biologiques réputées

Certains pays ont su se démarquer en créant des zones et des produits qui dépassent l’intérêt local. Le cassis de l’île d’Orléans, produit par Monna filles, par exemple, commence à peine à être reconnu. D’ailleurs, comme c’est souvent le cas, certains produits sont reconnus à l’extérieur avant même de l’être au Québec.

Tout le monde s’accorde pour dire que l’intérêt pour la production biologique est croissant. Alors, pourquoi ne pas imaginer des zones dépourvues de pesticides, garanties par des normes exemplaires de traçabilité ? On pourrait créer un centre de commercialisation, de recherche et de marketing mis à la disposition des artisans, producteurs et transformateurs. Ce serait là une excellente façon d’être à l’écoute des marchés internationaux pour répondre aux besoins des consommateurs d’aujourd’hui.

Bien des produits mériteraient plus d’attention et de développement afin de pouvoir affronter les libres marchés dans le monde et s’afficher comme produits nobles à valeur ajoutée.

Homards, algues et crabes sont bien considérés dans la plupart des pays, mais souvent commercialisés, par facilité, à l’état brut.

Innovation et créativité

Dans l’île de Noirmoutier, sur la côte atlantique française, on a élaboré une pomme de terre d’exception : la bonnotte, qui, au départ, pouvait sembler banale, est devenue une fierté régionale, puis nationale, que tout le monde s’arrache, y compris les grands chefs à travers le monde.

Pourtant, cette espèce ancienne avait été abandonnée pendant une trentaine d’années avant d’être réhabilitée par l’Institut national de recherche agronomique (INRA). Cette pomme de terre primeur est maintenant commercialisée jusqu’au Japon.

Le Québec ne manque pas de ressources en agroalimentaire, mais souvent, c’est le manque de constance et de rigueur qui prévaut.

Il ne faut pas imaginer pouvoir affronter des multinationales comme General Foods, Nestlé, Agropur et autres grandes marques qui peuvent, même avec un produit ordinaire, soutenir la vente en magasin, payer pour le placement de produit et lancer une campagne de marketing, de dégustation et de rabais.

Il reste alors l’innovation, la créativité et la tendance du moment qui permettent à de petites PME de briller dans la cour des grands, ce qui peut même parfois déranger ces derniers.

Les artisans fromagers en sont un exemple, tout comme les Viandes biologiques de Charlevoix, la laiterie Chalifoux de Sorel ou le jambon Gaspor dans les Laurentides, qui ont su concevoir au bon moment des produits de niche, certes, mais qui à la longue deviennent populaires auprès des consommateurs.

L’alimentation prioritaire

Le Québec a une chance inouïe, celle d’avoir des consommateurs curieux, de plus en plus à l’écoute du monde et prêts à faire passer leur alimentation au rang de priorité.

Chaque région devrait recenser les valeurs locales et maximiser l’intérêt pour le développement. Le cas des huîtres en eau profonde de la famille Vigneault s’affiche désormais comme une réussite. Le homard de Gaspésie profite d’une traçabilité et d’un caractère du crustacé qui s’apparentent à une AOC.

Mais il faut aller plus loin, se doter de bases scientifiques, et des nouvelles techniques dont l’alimentation du futur a besoin pour être concurrentielle.

Le débat actuel sur l’érable sera bénéfique à long terme. Rappelons qu’il y a seulement cinq ou six ans, il était impossible de trouver en magasin du jambon d’Espagne, par exemple. Cela nous oblige à égaler de tels produits ou même à faire mieux pour protéger les marchés existants.

Le libre commerce entraîne une réflexion qui ne devrait pas être réservée aux grandes multinationales de l’alimentation, qui, malgré tout, font aussi des erreurs de mise en marché.

Les PME, souvent installées en région, peinent à être écoutées. Des fonctionnaires souvent déconnectés de la situation, qui ne vont pas dans les salons de l’alimentation, sont pourtant les premières instances pour comprendre la réalité des marchés.

En avril, à Montréal, aura lieu le grand Salon international de l’alimentation (SIAL), qui, pour de nombreuses PME, est la porte d’entrée sur le monde. Sommes-nous prêts, en 2016, au Québec, pour affronter le libre-échange ? La question demeure.

Découverte

Chocolats glacés : un plaisir sans commune mesure. Essence Glacier ne cesse d’innover en créant de véritables chefs-d’oeuvre dignes d’Épicure. Cette fois, Jean Marc Guillot, un des fondateurs et associés, a élaboré des chocolats fourrés de crème glacée au café, à la banane, ou encore de sorbets à la framboise ou au fruit de la passion. On les retrouve en épicerie fine et chez IGA, au comptoir des glaces et sorbets.
 

Dans la bibliothèque

Saveurs
Traité de légumologie
Michel Paré et Gaëtan Picard
Num éditeur
Québec, 2016, 40 pages

Ce tout petit livre est comme une mise en bouche pour les amateurs de jardinage, et surtout de légumes. On y compare les légumes à des êtres humains. Êtes-vous radis, tomates ou petits pois ? Un traité chargé d’humour pour qui ne veut pas rester légume.

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