La paresse comme vertu chrétienne

Le théologien François Nault, dans «L’Évangile de la paresse», entend illustrer, avec humour et légèreté précise-t-il, les vertus chrétiennes de la sieste, du sommeil et de l’oisiveté.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le théologien François Nault, dans «L’Évangile de la paresse», entend illustrer, avec humour et légèreté précise-t-il, les vertus chrétiennes de la sieste, du sommeil et de l’oisiveté.

Dans la tradition catholique, le travail est valorisé et la paresse, péché capital, méprisée. « L’Église est convaincue que le travail constitue une dimension fondamentale de l’existence de l’homme sur cette terre », écrivait Jean-Paul II dans l’encyclique Laborem exercens. Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei, affirmait même que « l’homme est né pour travailler, comme les oiseaux pour voler ».

Le théologien François Nault, de l’Université Laval, ne partage pas la spiritualité du travail de l’Opus Dei. « Le seul fait d’y penser m’épuise », avoue-t-il, moqueur. Jésus, après tout, ne recommande-t-il pas à ses disciples « de prendre exemple sur les oiseaux, eux qui ne sèment pas, qui ne moissonnent pas, qui ne travaillent pas » ?

Spécialiste de l’oeuvre de Jacques Derrida — épuisant, ça aussi —, Nault, dans L’Évangile de la paresse, entend illustrer, avec humour et légèreté précise-t-il, les vertus chrétiennes de la sieste, du sommeil et de l’oisiveté. L’enseignement de Jésus, note-t-il, se caractérise notamment par « l’absence d’injonction à travailler », ce qu’avait bien compris le grand Blaise Pascal, convaincu que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ». Saint Paul, il est vrai, célèbre le travail, mais non sans préciser qu’il ne vaut que par choix.

Dans son ouvrage Le droit à la paresse (1880), le socialiste athée Paul Lafarge, gendre de Karl Marx, louait la sagesse de l’Église, qui garantissait 90 jours de repos par année au travailleur (dimanches et jours fériés). Il saluait en Jésus « un remarquable prédicateur de paresse ». En 1939, dans un pamphlet intitulé L’Évangile de la paresse — Nault, pas vaillant, a piqué son titre —, le dessinateur et écrivain libertaire français Henri Gustave Jossot décrivait avec plaisir un Jésus flâneur et professeur de fainéantise.

Repos studieux

Exégète raffiné et espiègle, François Nault s’inspire de ses devanciers pour illustrer qu’on trouve bel et bien, dans la Bible, un enseignement favorable à « la paresse choisie comme art de vivre, [à] la paresse comme philosophie », tout en admettant que le gros travailleur qu’il est doit bosser fort pour se convertir à cette oisiveté.

Jésus, rappelle le théologien, débauche des pêcheurs pour en faire de joyeux vagabonds, accomplit des miracles sans effort, par la seule force de sa parole, félicite les ouvriers de la onzième heure, préfère la contemplation de Marie à l’action de Marthe, dort dans une barque sur une mer déchaînée et met l’agitation de ses apôtres sur le compte de leur manque de confiance, illustrant ainsi, écrit Nault, « le puissant lien qui unit la foi et le sommeil », et choisit d’entrer triomphalement à Jérusalem sur un âne. « Jésus ne s’avance pas vers son destin à reculons ou à contrecoeur, souligne Nault. Mais il avance à son rythme. [...] Comme un sage. »

Pour être sagesse, précise toutefois le théologien qui a écrit ce livre pendant une année sabbatique, la paresse doit être bien utilisée, c’est-à-dire permettre un « repos studieux », être une occasion de penser et non de se divertir bêtement, ce qui n’est qu’une autre forme d’agitation. La loi du moindre effort que chante Nault, par sa réjouissante relecture de Bible, ne vaut que si elle libère du temps pour la contemplation.

Dans un tour de passe-passe exégétique, le célèbre dominicain Maître Eckhart affirmait, contre la tradition d’interprétation dominante, que l’épisode mettant en scène Marthe et Marie voulait montrer que la première était plus exemplaire que la seconde, en ce qu’elle incarnait « l’unité de l’action et de la contemplation ». Nault s’en amuse. « N’est-ce pas incroyable, note-t-il, tout ce qu’on peut faire dire aux Écritures, avec un peu d’audace et de malice ? » C’est bien ce qu’on se dit en refermant cet essai vif et badin.

L’Évangile de la paresse

François Nault, Médiaspaul, Montréal, 2016, 160 pages

4 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 22 février 2016 04 h 35

    ENFIN . . .




    U n b a u m e ( l a t e n t ) ! ! !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 février 2016 10 h 10

    Bof !

    J'écrirais bien quelque chose là-dessus, mais... Bof !

    PL

  • Colette Pagé - Inscrite 22 février 2016 10 h 38

    Savoir s'arrêter !

    L'éloge de la paresse et de ne rien faire. Le mal du siècle !

    Pris dans la tourmente du boulot/métro/dodo les couples éclatent souvent faute de communications. Et les siestes, il faut les oublier. En revanche dans les campagnes, les curés ne manquaient pas ce repos salutaire avant bien évidemment de visiter leurs ouailles afin de s'assurer que les couples sans enfant se mettraient au travail. Car la jouissance sans la procréation il fallait la condamner.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 22 février 2016 16 h 52

    Avec une photo comme celle qui chapeaute votre critique,

    comment ne pas être d'accord.