Budget réduit

Il appert que vivre avec un budget réduit à la retraite n’est pas si dramatique. Voire qu’on s’en tire plutôt bien avec un revenu de remplacement de 60 %, et ce, même dans la conjoncture dominée par la chute du dollar canadien et la flambée du prix du panier des aliments. Au-delà du mythe du 70 %…

La majorité des retraités (88 %) sondés par la Financière Sun Life ont une vision positive de la retraite. « De plus, 32 % d’entre eux ont affirmé qu’ils ont été particulièrement surpris de constater comment ils sont parvenus à vivre avec un budget réduit et 10 % ont indiqué que leurs dépenses étaient moins élevées que prévu », lit-on dans les conclusions du sondage publiées mercredi. Ce sondage en ligne a été mené par Ipsos auprès de 4010 Canadiens, comprenant autant de travailleurs que de retraités. Sa marge d’erreur est de 2,19 %.

« C’est la première fois que nous calculons le pourcentage du revenu gagné avant le départ à la retraite dont les retraités ont besoin pour vivre. Et malgré la conjoncture économique, les retraités canadiens s’en tirent plutôt bien en vivant avec environ 60 % du revenu qu’ils gagnaient avant leur départ à la retraite », a mis en exergue le président de la Financière Sun Life au Québec, Robert Dumas.

Malgré l’inquiétude

Mais l’inquiétude demeure persistante et la perception diffère selon que l’on est travailleur ou retraité. Ainsi, les conclusions du sondage Ipsos Reid réalisé pour la Sun Life, l’an dernier soulignaient que plus du tiers des personnes qui sont actuellement sur le marché du travail — comparativement à un retraité sur sept — croient qu’il y a un risque élevé que leur épargne-retraite ne suffise pas à répondre à leurs besoins jusqu’à la fin de leur vie.

Les retraités canadiens vivent avec 62 % du revenu (64 % au Québec) qu’ils gagnaient avant leur départ à la retraite. Le sondage de cette année indique également qu’en moyenne, les dépenses mensuelles courantes (nourriture, logement, soins de santé, impôts) des retraités s’élèvent à 2611 $, contre 3431 $ pour les travailleurs. Les dépenses mensuelles des retraités canadiens sont donc inférieures de 24 % (21,5 % au Québec) à celles des travailleurs.

En octobre dernier, une chronique reprenait la réflexion proposée par le cabinet Brassard Goulet Yargeau sur cette règle du pouce en planification financière fixant à 70 % le revenu de remplacement avant impôt une fois la retraite venue. Il était dit que d’entrée de jeu cette règle ne tient pas compte des particularités de chacun, qu’il s’agisse d’un célibataire gagnant 100 000 $ ou d’une personne avec conjoint et quatre enfants gagnant également 100 000 $. Sans compter que les besoins varient avec l’âge, étant différents à 65 ans ou à 90 ans. À l’inverse, lorsque les revenus sont bas, le taux de remplacement est parfois nettement supérieur à 70 %. « Il est ridicule de penser qu’une personne dont le revenu avant impôt est de 20 000 $ durant la période active pourra se contenter de 14 000 $ à la retraite », était-il souligné.

Parmi les considérants, le cabinet soutenait que la règle de 70 % omet les valeurs et les objectifs personnels rendant caduc le lien avec le coût de vie à la retraite. Sans compter que le train de vie change avec le temps, qu’il n’est pas le même à 60 ou à 85 ans. Et que nombre de personnes comptent continuer de travailler un certain temps durant leur retraite.

Autres considérants

Aussi, la situation d’un couple et celle d’un célibataire ne sont pas les mêmes. Le fractionnement du revenu à la retraite peut également fausser le ratio. Et la règle fait fi du capital détenu, d’un éventuel héritage, d’une police d’assurance-vie… Elle sous-entend que le train de vie dépendra entièrement des revenus. Que ces revenus sont stables, imposés à 100 % par surcroît. Certes, cette imposition s’applique aux salaires, aux revenus nets de loyer, aux rentes et aux revenus d’intérêts. Toutefois, d’autres formes de revenus font l’objet d’un traitement fiscal différent, comme le gain en capital et les revenus de dividende, alors que d’autres revenus ne le sont pas, tels le supplément de revenu garanti, les crédits d’impôt ou un retrait d’un compte d’épargne libre d’impôt.

S’ajoute à cette longue liste une considération liée au rendement de bonification désormais inhérent aux régimes publics de retraite. En se basant uniquement sur l’espérance de vie, les analystes estiment généralement que le point d’inflexion entre prendre sa retraite à 65 ans et reporter ses prestations à 70 ans est lié aux probabilités de vivre au-delà de 82 ans. Ils vont aussi fixer l’âge optimal pour prendre sa retraite autour de 68 ans, toujours selon l’espérance de vie officielle.

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