Médias: Un programme très chargé au CRTC

Le lundi 16 février, l'activité sera intense autour du Centre des congrès de Québec. Ce jour-là, le CRTC entreprendra une audience de quelques jours qui portera sur plusieurs demandes importantes dans le domaine de la radio et de la télévision.

C'est d'abord lors de cette audience que sera entendu le projet du duo Sylvain Chamberland/Gaétan Morin d'acheter du groupe Astral la demi-douzaine de stations du réseau AM Radiomédia, dont CKAC. Nous aurons l'occasion d'y revenir.

Mais c'est une audience qui suscitera aussi une difficile discussion sur la liberté d'expression. Car le CRTC étudiera le cas de l'entreprise Genex, qui se présente devant lui pour le renouvellement de la station CHOI-FM, où l'on peut entendre l'animateur provocateur Jeff Filion. Genex est également propriétaire de CKNU, la petite station de Donnacona qu'elle a achetée en 1999 et où sévit maintenant André Arthur, qui intervient également sur les ondes de CHOI.

À l'été 2002, le CRTC avait renouvelé la licence de CHOI pour seulement deux ans, en exigeant que la station respecte un Code de déontologie. Depuis cette date le CRTC a été inondé de plaintes concernant les outrances verbales des deux animateurs et, dans ses documents officiels en prévision de l'audience, le CRTC «constate l'état d'infraction présumé de la titulaire de se conformer à quelques reprises à certaines dispositions du Code de déontologie».

Pour dire les choses en langage moins administratif, le CRTC brandit carrément la menace d'une fermeture: il «s'attend à ce que la titulaire démontre à l'audience les raisons pour lesquelles il ne devrait pas suspendre ou de pas renouveler la licence», écrit l'organisme fédéral.

Cette histoire suscite évidemment un énorme intérêt à Québec. Dans une lettre envoyée au CRTC le maire de la Capitale Jean-Paul L'Allier écrit que «si le CRTC en arrive à la conclusion que l'injure, la grossièreté, la calomnie, la médisance et d'une façon générale un comportement qui donne ce que les Américains nomment "trash radio" sont acceptables et conformes à la liberté d'expression, c'est à lui d'en décider et nous vivrons avec cela. Je crois cependant que son devoir et ses responsabilités ne lui permettent aucun laxisme».

Le journal Le Soleil est également plongé dans le débat puisqu'il a envoyé au CRTC un mémoire sur la question, et l'éditeur Alain Dubuc a même publié un long éditorial il y a quelques jours pour expliquer sa position. Le Soleil ne demande pas de révoquer la licence de CHOI et de fermer la station, écrit Dubuc, car ce serait «contre nos convictions les plus profondes» d'exiger la fermeture d'un média, même si en 1990 Le Soleil plaidait pour la fermeture de CHRC où régnait alors André Arthur, ce qui fut une «erreur» écrit aujourd'hui Alain Dubuc.

L'éditeur plaide plutôt pour le respect intégral et rigoureux, par condition de licence, d'un code de déontologie renforcé, qui favoriserait l'exactitude des faits, l'objectivité, l'impartialité, le respect des droits individuels et de la vie privée, et ainsi de suite.

Le moins que l'on puisse dire c'est que les parties sont plutôt éloignées, Genex demandant plutôt au CRTC d'être relevé de l'obligation de respecter le code imposé en 2002!

Ce sujet est des plus délicats pour le CRTC, souvent accusé de manquer de dents et de minutions contre les médias que le public juge outranciers... mais pour qui la liberté d'expression est considérée comme étant sacrée. Et effectivement, tout geste qui aurait pour effet de limiter la liberté d'expression doit être fait avec la prudence la plus absolue.

Dernier sujet qui sera étudié lors de cette audience au programme décidément fort chargé: le renouvellement des licences de toutes les stations régionales de télévision de Radio-Canada, de TVA et de TQS. Ce ne sont pas les entreprises principales et leurs stations à Montréal qui sont ici en cause, mais plutôt chaque station régionale.

Le sujet permettra de tenir une discussion que plusieurs souhaitent approfondie sur la place accordée aux productions régionales chez les trois grands télédiffuseurs, et surtout sur la place des émissions d'informations locales dans chacune des stations en question. Le sujet est classique et même rabâché: l'information locale c'est comme la tarte aux pommes, tout le monde est pour. Mais quand vient le temps de réduire les dépenses, c'est rarement là que les grands réseaux vont investir...

Le CRTC a d'ailleurs constaté certains manquements des trois réseaux à leurs engagements en ce qui concerne les émissions de nouvelles locales. Il faut donc s'attendre à une laborieuse bataille de chiffres où chaque télédiffuseur voudra additionner le moindre commentaire «local» éparpillé dans sa grille-horaire pour prouver sa bonne foi. Plusieurs groupes, dont la Fédération nationale des communications (FNC/CSN) et l'Union des artistes, se demandent plutôt s'il ne faudrait pas imposer aux réseaux par conditions de licence un niveau strict de productions régionales dans certains domaines.

pcauchon@ledevoir.com
2 commentaires
  • René Pelletier - Abonné 2 février 2004 11 h 55

    Plutôt mou

    Monsieur,

    J'ai trouvé plutôt mou votre commentaire sur la question de la liberté d'expression que le CRTC doit aborder à Québec, le 16 février prochain.

    Il ne suffit pas d'écrire que "tout geste qui aurait pour effet de limiter la liberté d'expression doit être fait avec la prudence la plus absolue". Il faut écrire aussi, dans le même souffle, que la liberté d'expression doit s'exercer dans le respect des autres droits fondamentaux tels le droit à la vie privée, le droit au respect de sa réputation, à la présomption d'innocence, etc.

    La liberté d'expression n'est pas un droit absolu qui aurait priorité sur tous les autres. Les gens du monde de l'information ont trop tendance à l'oublier.

    Merci de votre attention.

  • Claude L'Heureux - Abonné 2 février 2004 19 h 54

    Nivellement par le bas ou les devoirs de l'animation publique

    Les propriétaires de stations radios et télés sont très efficaces pour engranger les $ ou les cotes d'écoutes. Il ne faut surtout pas leur demander de la qualité.

    Cependant il leur faudrais au moins reconnaître que de s'adresser au public est un privilège qui exige des devoirs de bonne communication (bon français qui fait appel à l'intelligence).

    Pendant que l'une se paye un André Arthur ou un Jef Fillion qui dit n'inporte quoi sans accepter la réplique (dictateurs des ondes) l'autre empêche ses têtes à Papineau (Jacques Languiran) de prendre part au débat publique! C'est ça la démocratie Radio-Canadienne! Les rois Arthur aux pays des cons!