Une autre époque

Lors du premier essai, en 2012, Lowe’s avait reçu le message clair du gouvernement libéral qu’il n’était pas le bienvenu à la tête de Rona. Près de quatre ans et un autre essai plus tard, le géant américain a la bénédiction du gouvernement libéral.
 

Lowe’s remet cela. Le géant américain fait une offre que les actionnaires de Rona ne peuvent, cette fois, refuser. Et le blocage politique est confiné aux protestations de l’opposition. Même les marchands affiliés à la bannière québécoise et les fournisseurs se disent aujourd’hui familiers avec la façon de faire de Lowe’s au Canada. Une autre époque.

En 2012, l’intérêt de Lowe’s pour Rona soulevait une inquiétude généralisée. Même l’offre, alors à 14,50 $ l’action, faisait sourciller des actionnaires comme la Caisse de dépôt. À moins de bonifier l’offre à 16 $ ou 20 $, voire de la doubler, l’américain ne pouvait espérer faire vaciller bien des allégeances, disait-on. C’est fait. Le numéro deux de la rénovation aux États-Unis propose 24 $ l’action ordinaire, soit 65 % de plus que le prix offert il y a près de quatre ans, à peine 17 % de plus pour Lowe’s si l’on tient compte du plongeon du dollar canadien, passé de la parité à 71 ¢US dans l’intervalle. Mais pour les actionnaires, on passe du simple au double par rapport au cours de fermeture de mardi avec une proposition multipliant par 11 le bénéfice d’exploitation prévu en 2016, selon les analystes. Nous ne pouvions offrir de manière organique cette croissance à nos actionnaires, ont soutenu mercredi les dirigeants du quincaillier québécois.

Incursion québécoise

Aussi Lowe’s, présente depuis peu au Canada, se proposait une incursion en sol québécois, reluquant notamment les baux vacants de Target. Le simple fait que le détaillant américain eut multiplié les rencontres avec des fournisseurs québécois l’automne dernier alimentait bien des rumeurs. Bref, il était devenu aussi évident qu’imminent que Rona aurait été condamnée à gérer la décroissance sous l’incursion d’un imposant concurrent sur son marché, ont ajouté les dirigeants de l’entreprise québécoise.

Enfin, Rona est passée d’une entreprise en déclin, gravitant autour du risque de décote par les agences, à une entreprise renforcée, restructurée. En 2012 on disait de Lowe’s qu’il n’avait d’intérêt que pour les 79 magasins à grande surface de Rona au Canada. Or, l’étiquette québécoise a retrouvé aujourd’hui ses lettres de noblesse, permettant à son modèle d’affaires empruntant aux magasins de proximité et à la culture entrepreneuriale de cohabiter avec l’approche grande surface de Lowe’s. Si l’Américain veut déverser 3,2 milliards (incluant la dette), elle croit forcément en la marque et au réseau de Rona, ont encore soutenu les dirigeants de l’entreprise de Boucherville.

Quant aux marchands affiliés et aux fournisseurs, plutôt récalcitrants à l’offre en 2012, ils se disent aujourd’hui rassurés par la façon de faire de Lowe’s dans le reste du Canada, selon ICI Radio-Canada. Sa politique d’approvisionnement local, comptant pour 70 % de ses achats, convainc davantage que cet éventuel accès au pouvoir d’achat du détaillant américain, plutôt limité à l’échelle québécoise.

En août 2012, le ministre des Finances de l’époque, Raymond Bachand, avait provoqué la surprise généralisée en montant rapidement aux barricades. Il avait tôt fait de déclarer que Lowe’s n’était pas le bienvenu, que son éventuelle offre pour Rona desservait les intérêts du Québec et du Canada. Il invitait Investissement Québec à bâtir une coalition de blocage, et exhortait le gouvernement canadien à monter au front. C’était avant le rendez-vous électoral de septembre.

Il proposait un retour à cette acquisition « émotive » de Provigo par Loblaw, réalisée en 1998, pour dire qu’il y a eu « beaucoup de promesses à court terme » autour de l’engagement du détaillant ontarien de prioriser l’achat québécois. Pour revenir à son expérience chez Metro entre 1981 et 1989 et évoquer que dans ce type de transaction, « la première chose qui se produit est la rationalisation des achats ».

En 2013, les analystes de l’IREC concluaient également à un déplacement du centre de gravité, les marques maison développées par Provigo ayant été remplacées par celles de Loblaw alors qu’il ne restait plus que 300 personnes au siège social de Provigo, contre 1200 en 2000. L’étude de l’IREC portait alors sur la vulnérabilité de Metro, dernier distributeur alimentaire d’importance stratégique ayant son centre décisionnel au Québec.

3 commentaires
  • Gilles Delisle - Inscrit 4 février 2016 09 h 04

    "La première chose qui se produit est la rationalisation des achats"

    Ce qui était vrai hier, ne le serait plus aujourd'hui! Cette phrase de M. Bachand n'a pas perdu de son acuité en 2016. On verra dans l'avenir, si les belles paroles des dirigeants de Lowe's se vérifieront!

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 4 février 2016 10 h 11

    C'est pas grave!

    C'est seulement un réseau de distribution! Un detail!
    Bon, quand allons-nous nous débarrasser du middleman qui est le Canada et finalement nous joindre au EU?

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 4 février 2016 15 h 57

      Oui, et avec le dollar US en plus.