L’argument fallacieux

Dans les idées absurdes et autres arguments fallacieux que l’air du temps, dans ses instants d’égarement, laisse parfois émerger, celle-là occupe forcément une place de choix : la chute du prix du baril de pétrole, que l’offre et la demande placent désormais près de la barre des 30 $, pourrait ralentir ou compromettre les projets de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution atmosphérique.

Comment ? En modérant l’urgence de s’éloigner des énergies fossiles qui renouent désormais avec un prix abordable, en renforçant, par effet de contraste, la démesure de la dépense pour lui substituer des énergies renouvelables et, pire encore, en redonnant de l’attrait aux véhicules énergivores dont les réservoirs, dans les circonstances, n’alimentent plus, pour un temps du moins, un gouffre financier.

Poursuivre sur le mauvais chemin parce que ça ne coûte pas cher : l’équation a ce simplisme auquel aime bien carburer le présent. Elle circule aussi depuis quelques mois un peu partout, ici comme ailleurs, y compris sur des antennes sérieuses où les perspectives écologisantes sont abordées d’ordinaire avec un peu plus de densité et où, forcément, appréhender et convoquer le ralentissement d’une transition énergétique sur la base d’un prix du baril qui baisse relève d’une profonde ineptie. C’est un peu comme si un alcoolique multirécidiviste repoussait soudainement sa cure de désintoxication en évoquant un meilleur accès à l’alcool tout comme son prix moindre.

 

Fin d’un cycle

On a compris depuis des lunes que, bien avant les histoires de cul, l’argent est un puissant moteur pour la prise de décisions, les meilleures comme les pires. Et certaines de ces décisions, à commencer par celles qui ont posé il y a plusieurs années les bases d’un réchauffement climatique, commandent aujourd’hui que cette relation entre profitabilité aveugle et inertie face à la pollution arrive enfin à un point d’échéance salutaire.

Le Brent, comme on dit dans le milieu, peut bien frayer avec les 30 $ et s’approcher, dramatiquement pour les spéculateurs, des 20 $, comme l’ont claironné des experts au début de la semaine dernière, les faits environnementaux, eux, ne sont pas près de changer : 2015 a été de loin l’année la plus chaude enregistrée à l’échelle mondiale, a indiqué il y a quelques jours la NASA, aux États-Unis, conjointement avec l’Agence nationale océanique et atmosphérique, tout en rappelant que dans les vingt dernières années, l’humanité de l’hémisphère nord a dû composer avec une contraction du nombre d’hivers plus chauds que la moyenne, et ce, au rythme d’un hiver sur trois ou quatre.

N’en déplaise aux climatosceptiques, les gaz à effet de serre, lâchés dans l’atmosphère par l’industrie, les transports, l’élevage bovin — oui, celui qui fait le très populaire steak haché — sont responsables de tout ce marasme, mais également d’un accroissement de la température moyenne au Canada de 1,3 degré Celsius par rapport à la moyenne historique des 68 dernières années. Et si on fermait immédiatement le robinet du CO2, 10 à 30 % de ces émissions continueraient malgré tout à agir sur le climat pour les 1000 prochaines années.

Contre la dépendance

Le baril peut être à 30 $, la pollution atmosphérique va continuer à être responsable de la mort prématurée chaque année de 3,3 millions d'humains sur terre, selon une enquête accablante dévoilée au début de cette année par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une finalité qui touche principalement les nouvelles économies, Chine et Inde en tête, mais pas uniquement : en Grande-Bretagne, les victimes de la particule fine et autres composantes létales de l’air sont désormais en croissance de 5 à 7 % par année, appelant forcément, là-bas comme ailleurs, à l’adoption d’un plan un peu moins dans le verbe et un peu plus dans l’action pour sortir de la dépendance à des sources d’énergie qui tuent, sournoisement et en silence, finalement bien plus que les accidents de vélo sans casque.

Ce plan pourrait d’ailleurs reposer sur le prix du baril, dont la différence avec le sommet historique qu’il a atteint en 2008 — à 147 $ — pourrait être injectée par les acheteurs, pour chacun des 85 millions de barils vendus quotidiennement, dans un fonds visant à accélérer la transition énergétique. Pourquoi pas ? Vous savez, un fonds pour développer l’électrification des transports routiers et ferroviaires, pour éradiquer la centrale au charbon de la surface du globe, pour stimuler toutes ces innovations qui captent, enrayent et valorisent le gaz à effet de serre plutôt que de le laisser courir vers notre perte. Un plan, en somme, pour se réjouir bel et bien de la chute du prix du pétrole, mais pour de bonnes raisons cette fois.

5 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 1 février 2016 08 h 22

    Prix de l'essence

    En 1985, le GRAME avait eu une idée similaire: augmenter progressivment le prix de l'essence de 50¢ à 2 $ et utiliser l'argent ainsi récolter pour financer la transition énergétique (mais aussi en partie pour dédommager les plus pauvres).

  • Denis Paquette - Abonné 1 février 2016 10 h 52

    Enfin si nous vivons assez vieux nous le saurons

    il y a des cycles que l'on pourrait qualifier de naturelles mais est ce de ceci ce dont il s'agit ou est-ce plutôt des cycles issus de positions doctrinaires, voila selon moi ou se trouve la difficulté, tout ce qui dépend des doctrines me semble plus difficile a percevoir et surtout a modifier car ca implique tellement les égos des gens et les différentes ordres du monde enfin ca ne sera pas la premiere fois qu'une civlisation peut être compromise

  • Denis Blondin - Abonné 1 février 2016 11 h 45

    Une argumentation fallacieuse

    J'apprécie d'habitude vos chroniques mais celle-ci me laisse vraiment pantois.
    D'abord, elle est très mal écrite, avec des phrases alambiquées et étirées sur tout un paragraphe.
    Quand on réussit à la lire, on finit par comprendre un raisonnement qui est aussi alambiqué. D'abord, vous remettez en question le fait que les bas prix de l'essence contribuent à faire augmenter sa consommation, notamment par l'achat de véhicules énergivores. C'est pourtant une évidence, confirmée par les chiffres de ventes de véhicules. Votre argument de rejet repose sur une sorte de fantasme, voulant que tout soit différent s'il existait une sorte de Plan, tombé du ciel, et canalisant les flux monétaires dans les bonnes directions. Mais une tel Plan n'existe pas et ne peut pas exister dans l'immédiat.
    Votre argumentation serait plus cohérente si vous admettiez d'abord les évidences, soit l'impact négatif des bas prix, et si vous proposiez ensuite des pistes de solution. Par exemple, que notre propre État, pour commencer, taxe l'essence à un niveau beaucoup plus élevé, comme en Europe. Nous savons malheureusement qu'il ne le fera pas de lui-même, pas plus ici qu'aux États-Unis, car le prix de l'essence est l'une de ces "Vaches sacrées" que les gourous libéraux ne dénoncent jamais. Cela ne devrait pas nous empêcher de le réclamer.

    Denis Blondin

  • Luc Quesnel - Abonné 1 février 2016 12 h 45

    L'argument fallacieux

    Il est tard.
    Durant les dernières décennies, le citoyen bien pensant a acheté le pétrole en dessous du prix coûtant. Le fameux principe polueur-payeur veut que le prix d'un bien ou d'un service ne soit pas fixé sans inclure l'ensemble des frais associés (tous) à sa consommation. Le pétrole est consommé (le prix de l'essence) sans tenir compte de ce concept. La société doit (nous tous, même ceux qui n'en consomme pas) donc assumer les coûts de la polution, de la destruction des milieux naturels et des espèces animales (la vie) et des maladies afin de garantir les marges de profits aux actionnaires des grandes corporations.
    Le pétrole n'est pas le seul exemple de cette vision suicidaire et à courte vue qui permet de vendre en bas du prix coûtant et de faire des profits (l'économiste Coase a nommé cela les externalités). Pensez au plastique qui se retrouve, aujourd'hui partout, jusque dans la chair des poissons !
    Les citoyens et les gouvernements se mentent quant à la perrennité de leur vision économique. Dans ce contexte, l'idée trop tardive mentionnée par M. Deglise est certainement à propos mais le désastre, je crois, nous attend au prochain tournant.

  • Denis Drapeau - Abonné 1 février 2016 14 h 43

    Quand l'idée n'est pas claire, le texte s'en ressent

    Rien ne vaut l'immortelle Nicolas Boileau pour nous expliquer ce qui cloche dans cet article.
    «Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
    Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
    L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
    Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
    Et les mots pour le dire arrivent aisément.»