Rentes indexées, une assurance inflation plus accessible

Le cabinet Mercer a piloté une autre grosse transaction, dans l’univers des rentes indexées cette fois. Les régimes de retraite offrant des prestations indexées ont pu observer qu’il a été possible de faciliter l’accès à une assurance inflation.

Mercer avait déjà affiché son leadership en mars 2015 en pilotant une transaction du type « swap de longévité », protégeant Bell Canada contre l’augmentation constante de l’espérance de vie. Le régime de retraite de Bell signait alors une police d’assurance de 5 milliards de dollars, transférant à la Sun Life la responsabilité du passif actuariel du régime. La semaine dernière, Mercer annonçait avoir joué le rôle de conseiller principal « pour la plus importante transaction d’achat de rentes effectuées à ce jour au Canada », la valeur totalisant 530 millions. Deux entreprises canadiennes, indépendantes l’une de l’autre, ont regroupé leurs achats de rentes afin de réduire les coûts de la prime.

Plutôt anodin et banal escompte sur volume ? Risque de longévité étant, « les assureurs se montrent plutôt frileux quant aux rentes indexées et leurs primes sont très coûteuses, parfois prohibitives », explique Benoit Hudon, responsable de l’innovation pour le domaine Retraite chez Mercer. Le cabinet a établi un partenariat avec la Financière Sun Life afin de d’établir la mécanique et de comprendre pourquoi les assureurs exigent un tel niveau de primes dans ce segment. La réponse est venue des contraintes en matière de réserves légales et du coût des instruments financiers associés pour remplir ces exigences.

Bref, il fallait trouver une approche pour que l’assureur, appelé ici à prendre en charge l’obligation du régime de verser une rente indexée, puisse abaisser son propre risque. On a déniché des régimes qui offraient des risques d’inflation complémentaires, l’un affichant une sensibilité à l'inflation basse, l'autre une sensibilité élevée. « On couvrait le spectre complet, ce qui a permis à l’assureur de trouver un instrument financier moins cher et d’abaisser la prime exigée. » Sans entrer dans les détails techniques, Benoit Hudon ajoute qu’outre cette complémentarité entre les deux caisses de retraite, le succès de la transaction reposait sur le synchronisme de l’opération. « C’est la première fois qu’on arrivait à coordonner le tout. »

Il semble que l’expérience canadienne ait fait écarquiller les yeux de nombre d’assureurs au Royaume-Uni, pourtant novateurs en la matière.

Reproduire le modèle

 

Au final, « chaque promoteur de régime était auparavant d’avis que les rentes indexées selon l’inflation étaient trop coûteuses. Le fait de regrouper les achats des deux régimes en une seule transaction a permis à l’assureur de réduire son exposition globale au risque lié à l’inflation et d’offrir aux deux promoteurs de régimes une tarification beaucoup plus intéressante », peut-on lire dans la documentation de Mercer.

Cela dit, ce type d’opération ne peut se faire à grande échelle. Mais l’on peut reproduire le modèle. « Effectivement, on peut penser, par exemple, à des régimes offrant des profils d’espérance de vie différents », illustre Benoit Hudon. Et d’autres combinaisons peuvent être imaginées, proposant des jeux de complémentarité entre les différents risques auxquels font face les gestionnaires de régimes à prestations déterminées (fluctuations de marché, inflation, longévité). Le tout avec pour objectif d’abaisser et de diversifier celui de l’assureur.

Quant aux caisses de retraite intéressées, les régimes proposant des rentes indexées ou partiellement indexées selon l’inflation se retrouvent surtout dans le secteur public et parapublic, peu dans le secteur privé. Le risque de longévité est généralement couvert par les cotisations et partagé entre l’employé et l’employeur. « La grande leçon que l’on tire de cet exercice est que le marché tient trop souvent pour acquis que certaines transactions ne sont pas possibles. Nous venons de démontrer que l’on peut sécuriser les prestations, les assurer à coûts moindres et gérer l’impact sur les états financiers en libérant l’entreprise ou l’organisation de ce risque moyennant le versement d’une prime », conclut Benoit Hudon.

Le besoin existant, l’idée est venue à Mercer de mettre sur pied une plateforme d’achat de rentes en ligne proposant transparence et outils de suivi. La solution était disponible aux États-Unis et au Royaume-Uni. Elle l’est désormais au Canada. On crée ainsi un marché affichant la tarification et les joueurs en présence, souligne Benoit Hudon.

Le cabinet rappelle que les gestionnaires parviennent à bien gérer les risques d’ordre financier, liés à la volatilité des marchés et aux taux d’intérêt. Ce qui n’est pas nécessairement le cas pour celui lié à l’augmentation de l’espérance de vie des bénéficiaires, dont la protection ne couvre que 1,5 % de l’actif total sous gestion.

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