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Sériemania

Dans le courriel l’autre semaine, une autre lettre bien sentie d’une téléspectatrice avertie, majeure et cultivée qui s’en prend aux Pays d’en haut, « énième séraphinade » de Radio-Canada. Elle se dit « terriblement déçue » et regrette que Le Devoir n’ait pas publié « une véritable critique sur ce qui finalement s’avère une oeuvre médiocre ».

Elle cite des répliques, dont Donalda lançant « J’taime pas, s’tu assez clair », pour finalement s’en prendre au grand tout. « Je ne peux pas croire qu’au pays du Québec (comme dirait l’incarnation anachronique du curé Labelle de la série), nous n’avons pas un scénariste qui se force un peu pour nous donner de la saveur dans le dialogue. Cette mollesse se retrouve aussi dans le jeu des acteurs, la réalisation, le rythme. […] Pourquoi tant de productions médiocres, tant au cinéma qu’à la télévision ? »

Et pan. J’ai reçu d’autres mots de la même eau depuis le début de la saison d’hiver, toujours très sévères avec certaines productions québécoises, surtout anti-Pays d’en haut en fait. Les gens se manifestent rarement pour dire leur admiration de quoi que ce soit, y compris du journalisme ou du journaliste.

L’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans cette preuve supplémentaire que les fictions québécoises suscitent les passions, grandes et petites, positives ou négatives. Pour faire cet effet, évidemment, il faut bien qu’elles soient regardées et suivies, ces productions.

Sans rire, il n’y a à peu près que les Canadiens pour susciter autant d’amour plus ou moins déçu. D’ailleurs, dans les deux cas, il est bien question de faire les séries…

Les championnes

Le Québec est fou de ses feuilletons. Dans la semaine du 23 au 29 novembre, sept fictions occupaient les dix premiers rangs des émissions les plus regardées au Québec francophone. Il y avait dans l’ordre Unité 9, Pour Sarah, Boomerang, Yamaska, O', Au secours de Béatrice et Mémoires vives. Les trois autres places appartenaient au Banquier (2e), à Tout le monde en parle (7e) et à Vlog (9e).

Des contes d’un bord, le jeu variété de l’autre. Le tout pour retricoter serré le « pays du Québec » franco autour des écrans.

En remontant la liste publiée par Numéris on peut rajouter Les pêcheurs, Nouvelle adresse et L’auberge du Chien noir pour aboutir avec des téléromans ou des séries dans la moitié des vingt émissions championnes de l’auditoire.

Les niveaux de popularité aussi étonnent. Toutes les dix premières places étaient millionnaires. Unité 9 attirait alors près de 2,1 millions de fidèles et Pour Sarah 1,5 million. Le premier épisode des Pays d’en haut il y a trois semaines a scotché 1,4 million de curieux aux écrans.

Le volume ne garantit pas nécessairement la qualité. La troisième saison des Beaux malaises, toujours aussi attrayante, fait bien le plein d’un million et demi de fidèles le mercredi soir. La deuxième saison de Série noire, encensée par la critique, n’a drainé que 231 000 personnes le vendredi 15 janvier à ICI RC Télé. Il faut dire que la nouvelle plateforme Tou.tv Extra avait déjà passé le râteau parmi les fans.

Il faut aussi le répéter : toutes ces émissions, y compris les fictions, sont écrites, produites et réalisées ici. Au Canada anglais, pendant la même période fin novembre, la faveur allait à des émissions sur la Coupe Grey et des séries américaines plus ou moins originales (NCSI, Castle, Quantico…).

Le Québec est d’ailleurs de plus en plus fou de ses fictions. En 2009, pendant la même dernière semaine de novembre, le top 10 ne comprenait que deux séries, soit Lance et compte et Le gentleman.

Cocorico

La France vit aussi une sorte de minisériemania nationale. L’emprise, diffusée par TF1, vient de réaliser la cinquième audience de 2015, devant la production américaine The Mentalist. Dans le top 10 annuel des fictions, 7 sont tricolores contre 5 en 2013. Le profil type du téléspectateur des séries est en fait une téléspectatrice (à 80 %) jeune en plus (88 % de 15-24 ans), une tranche d’âge pourtant réputée réfractaire à la télé à maman.

Les audiences sont au rendez-vous parce que l’offre se bonifie. La production a rajouté 600 heures d’antenne l’an dernier. Le journal Les Échos expliquait la semaine dernière que cette explosion de productions nationales s’explique en partie par le coût de plus en plus élevé des acquisitions de séries américaines. Une heure du Mentalist peut maintenant se payer 750 000 $. À elle seule, la chaîne TF1 a investi plus de 210 millions dans la production l’an dernier.

La qualité semble s’améliorer dans une production peu réputée pour en donner. Le blogue de référence Le Monde des séries disait récemment beaucoup de bien de la mini-production En immersion, oeuvre policière qui « se regarde comme un long film nerveux habillé d’une réalisation soignée ».

Cela semble une bonne suggestion à faire à ma correspondante qui doit se remettre de ses sépharinades. Il y a aussi Blue Moon, thriller policier de Luc Dionne (Omerta) avec Karine Vanasse disponible en bloc sur Club Illico dès ce lundi. On s’en reparle dans quelques heures…

3 commentaires
  • Louise Boisclair - Inscrite 25 janvier 2016 11 h 27

    Série inutile

    Je ne peux critiquer à fond la série Les pays d'en haut, car je ne la regarde pas. Tout d'abord, je ne suis pas d'accord avec ce "remake". Une série ce fut bien suffisamment sur ce sujet. Bien d'accord avec l'anthropologue Bouchard, il y a beaucoup d'autres histoires qui auraient pu être scénarisées. Ensuite, avec les extraits que j'en ai vus, il est clair qu'on veut attirer une nouvelle clientèle avec plus de scènes érotiques et le franc parler d'aujourd'hui. Je préfère occuper mon temps à des choses plus constructives...

  • Hélène Gervais - Abonnée 25 janvier 2016 19 h 07

    Je ne comprends pas ...

    pourquoi ces téléromans sont aussi populaires. Ce sont des drames l'un après l'autre. Je ne trouve pas cela divertissant du tout. Personnellement je préfère de beaucoup des émissions d'information. Et je trouve que Radio-Canada mise beaucoup trop sur les téléromans.

  • Luc Le Blanc - Abonné 25 janvier 2016 21 h 08

    La «version non-censurée»

    Voilà comment on a racollé plus d'un million de spectateurs en leur annonçant une énième mouture de ce roman. Et cette fois, on semble n'en conserver que l'idée pour dévier de l'oeuvre en tous points (langue, attitude, décors, costumes, etc.). Il semble qu'on n'avait rien de mieux à raconter... éteignons et lisons autre chose!