L’indispensable sérénité

Jean-François Lisée avait été ostracisé par les militants péquistes pour les avoir avertis que Pierre Karl Péladeau était une « bombe à retardement ». On pourrait même parler d’une bombe à fragmentation dont les éclats ont volé dans toutes les directions cette semaine.

Il n’y a rien d’illégal à ce qu’une entreprise de la taille de Quebecor World ouvre des filiales dans des paradis fiscaux, comme l’a rapporté La Presse vendredi. C’est monnaie courante. Quand M. Péladeau a déclaré que lui-même ne l’avait jamais fait, il ne pouvait pas ignorer que les entreprises dont il avait fait l’acquisition pour former cette multinationale s’adonnaient déjà à ces pratiques, et il n’y a pas mis fin.

Le chef du PQ plaide que Quebecor World était une entité distincte de Québecor, mais cela ne change rien au contrôle qu’il exerçait. En jouant sur les mots, il a induit la population en erreur, ce qui ne l’a pas empêché de reprocher au premier ministre Couillard d’avoir ouvert un compte de banque à Jersey à l’époque où il travaillait en Arabie saoudite.

Réclamer que La Presse fasse aussi enquête sur l’utilisation des paradis fiscaux par Power Corporation n’est pas un argument. Comme les entreprises de cette taille, le holding de la famille Desmarais en bénéficie certainement, mais elle ne l’a jamais nié. Surtout, aucun de ses membres ne dirige un parti politique.

 

Après une autre semaine où leur chef a fait parler de lui pour les mauvaises raisons, les députés péquistes auraient eu droit à un petit répit. Il doit devenir exaspérant de le voir tomber bêtement dans le panneau chaque fois que ses adversaires tentent de lui faire perdre son sang-froid.

Sa réaction intempestive aux interrogations parfaitement légitimes de l’opposition sur la légalité du futur institut de recherche sur la souveraineté soulève des doutes aussi bien sur sa capacité de contrôler ses émotions que sur son aptitude à mener un débat sur le terrain politique.

M. Péladeau n’est pas le premier chef du PQ à faire une obsession de Power Corporation, qui a toujours utilisé tous les puissants moyens à sa disposition pour maintenir l’unité du Canada. Dans son cas, cela prend cependant une tournure si personnelle qu’on croit moins entendre un leader souverainiste que le patron de Québecor, qu’il prétend pourtant avoir mis entre parenthèses.

Si sa conception du journalisme le porte réellement à croire que les journalistes de La Presse sont simplement des « petits soldats » qui sont tenus d’exécuter fidèlement les ordres de la famille Desmarais, comment peut-il s’étonner que certains craignent pour l’indépendance des médias qui font partie de son propre empire ?

Quelle que soit l’aversion qu’il éprouve pour les Desmarais, M. Péladeau se dessert avec ces règlements de compte à répétition, qui lui donnent des allures de fier-à-bras qui ne correspondent pas à image qu’on se fait d’un aspirant au poste de premier ministre. Malgré son tempérament bouillant, il devrait laisser le sale travail à d’autres.

Le chef du PQ peut difficilement imaginer à quel point ses adversaires se réjouissent de le voir déraper avec une telle régularité. Le gouvernement ne peut que bénéficier de ces distractions, qui font oublier ses propres bourdes, mais les libéraux prient le ciel pour que les péquistes n’arrivent pas à la conclusion qu’il serait suicidaire de se lancer dans une campagne électorale avec un chef aussi imprévisible.

 

La politique est une chose très sérieuse, qui ne saurait être prise à la légère, mais elle comporte aussi un aspect ludique qu’il faut savoir apprécier pour y survivre longtemps.

On peut contester le bilan de Jean Charest ou de Robert Bourassa, mais certainement pas leur résilience. Les deux hommes avaient en commun d’apprécier au plus haut point le jeu politique. Même dans les moments difficiles, ils y prenaient plaisir, peut-être même plus que dans les périodes plus calmes.

M. Péladeau a démontré dans sa vie antérieure qu’il ne craint pas l’adversité, mais il ne donne pas l’impression d’éprouver le moindre plaisir à exercer son nouveau métier. La politique est sans doute plus frustrante que les affaires, elle peut même devenir franchement exaspérante, et il n’a peut-être pas la sérénité sans laquelle elle finit par devenir insupportable.

Rien n’illustre mieux sa difficulté d’adaptation que ses relations avec les journalistes. Les politiciens ne les tiennent généralement pas en très haute estime, quand ils ne les méprisent pas carrément. Jean Charest disait qu’un politicien qui conteste la presse est comme un poisson qui conteste l’eau. C’est son habitat naturel. Robert Bourassa n’avait pas son pareil pour apprivoiser la presse parlementaire. Claude Ryan, qui venait pourtant du milieu journalistique, ne pouvait pas la supporter. Son séjour à la tête du PLQ n’a pas été un grand succès.

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58 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2016 01 h 13

    Des gens courageux

    Indispensable et sérénité, deux mots tellement importants a une époque ont ne révélait pas le nom du geolier, les hindous ont même créer une cathégorie particulière d'humains, qu'ils ont appelés, les intouchables, peut etre aurons-nous toujours de besoin de gens pour faire une job de bras, j'ai le gout d'ajouter quel gens courageux

  • Normand Carrier - Inscrit 23 janvier 2016 07 h 04

    Ne pas prendre la politique au premier degré ......

    Il y a beaucoup de souverainistes qui apprécient la combativité de PKP et sa volonté de faire du Québec un pays qui sont des qualités essentielles dans cette tache magistrale mais PKP ne peut entreprendre toutes les batailles et devra demeurer plus zen devant les injustices et l'adversité ......

    Il est évident que la position de la CAQ sur l'institut sur l'indépendance était démagogique et la comparaison avec René Lévesque fallacieuse mais pourquoi commenter les propos de Fournier qui n'agissait comme la mouche du coche .... PKP comme tous les indépendantistes considèrent que le rôle joué d'une facon hypocrite par la famille Desmarais qui a injecté des centaines de millions pour maintenir l'unité canadiennne et déterminer qui sera le futur chef du PLQ ...... André Pratte éditorialiste a La Presse a fondé L'idée fédérale qui a bénéficié du statut d'organisme de bienfaisance dont la liste des donateurs est tenue secrète mais tous savent que c'est financé par la famiglia Desmarais .... On peut comprendre le sentiment d'injustice lorsqu'on lui refuse le même statut .....

    Malgré tout ce qu'on peut reprocher a PKP , il a fait du Journal de Montréal un journal d'opinion ou se cotoient une quinzaine de chroniqueurs de toutes les opinions et de toutes les tendances contrairement a Gesca qui n'a jamais toléré un chroniqueurs souverainiste dans son équipe ....

    Il est impensable de voir dans le JdeM des chroniqueurs et des journalistes prendrent position dans le débat sur la fiscalité comme deux scribes de La Presse viennent de le faire dans ce débat ..... Les organes de presse qui appartenaient a PKP se veulent plus blanc que blanc pour ne pas se faire accuser d'ingérence alors que les jouneaux concurrents se servent a volonté comme dans un bar ouvert ....

    Malgré toutes ces injustices PKP doit apprendre la patience et devenir plus zen face a l'adversité autrement la situation sera très difficille a tenir dans ce monde impitoyable de la politique .........

    • Marc Perron - Inscrit 23 janvier 2016 09 h 08

      Gesca n'a jamais toléré un chroniqueur souverainsite? Vous en êtes bien certain? Je me souviens d'un certain Pierre Foglia, il y a fait toute sa carrière.

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 janvier 2016 09 h 36

      " Gesca qui n'a jamais toléré un chroniqueurs souverainiste dans son équipe "

      L'ancien chroniquer vedette de La Presse - Pierre Foglia - était un indépendantiste M. Carrier!

      " Malgré tout ce qu'on peut reprocher a PKP , il a fait du Journal de Montréal un journal d'opinion ou se cotoient une quinzaine de chroniqueurs de toutes les opinions et de toutes les tendances [...] "

      Je ne sais pas ce que le Journal de Montréal est devenu aujourd'hui, mais au moment du Printemps érable, je peux vous dire que les commentateurs progressistes se faisaient très rares dans ce quotidien Montréalais.

    • Richard Lupien - Abonné 23 janvier 2016 10 h 38

      Monsieur Perron

      Parce que Foglis drainait des dizaines de milliers de lecteurs

      Richard Lupien

    • Sylvain Rivest - Abonné 23 janvier 2016 11 h 00

      Marc Perron, Pierre Foglia était l'exception qui confirme la règle.

    • Normand Carrier - Inscrit 23 janvier 2016 11 h 09

      Je me souviens d'un certain Pierre Foglia , chroniqueur social et non politique a été un des seuls a parler d'indépendance .... Je constate encore aujourd'hui que ce journaliste de bonne renommé sert encore de caution a Gesca .... Je réitère qu'aucun journaliste politique n'a osé préconiser l'indépendance du Québec ..... Même Marissal après vingt ans a La Presse n'a pas osé .......
      Plusieurs ont fait des jobs de bras contre la PQ et la souveraineté ...
      Monsieur Boulanger , si vous osez élargir vos horizons , daignez lire a l'occasion toutes les opinions qu'il y a dans ce journal très ouvert aux opinions dont plusieurs chroniqueurs critiquent PKP allègrement ..... Ca , c'est la démocratie ......

    • Colette Pagé - Inscrite 23 janvier 2016 11 h 29

      Hormis Pierre Foglia qui était une exception qui confirme la règle aucun autre journaliste n'oserait décliner sa foi en l'indépendance du Québec.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 23 janvier 2016 12 h 58

      Foglia était davantage un humoriste, un amuseur, ou encore la règle d'exception qui donnait à Gesca un semblant de neutralité et un mince couche de crédibilité!

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 janvier 2016 14 h 59

      @ M. Carrier

      "Monsieur Boulanger , si vous osez élargir vos horizons , daignez lire a l'occasion toutes les opinions qu'il y a dans ce journal très ouvert aux opinions dont plusieurs chroniqueurs critiquent PKP allègrement ..... Ca , c'est la démocratie ...... "

      Merci pour votre suggestion M. Carrier. Cela étant dit, lors du Printemps érable, je peux vous dire que les commentateurs au sein de ce journal " très ouvert aux opinions " se situaient presque uniquement dans le champ droit. À ma connaissance, le seul qui s'inscrivait dans le champ gauche était M. Lauzon.

    • Normand Carrier - Inscrit 24 janvier 2016 07 h 32

      Monsieur Boulanger , votre unique préoccupation et questionnement se situe sur l'angle de gauche ou le degré de socialisme contenus chez les chroniqueurs du JdeM ......
      De mémoire en 2012 , il y en quelques uns qui approuvaient les manifestations étudiantes et en 2016 , il en a autant qui sont a gauche pour compenser ceux qui sont très a droite ...... Pour répondre aux préoccupation de plusieurs , dites-moi si les journeaux de Gesca dont La Presse approuvaient les manifestations étudiantes ?
      Les seuls jouneaux qui expriment une diversité d'opinions sont le JdeM et Le Devoir ........

    • Patrick Boulanger - Abonné 24 janvier 2016 21 h 39

      @ M. Carrier

      M. Carrier, qui sont ces " quelques-uns " dans votre commentaire précédent?

      Patrick Boulanger

      P.-S.: pourquoi me parlez-vous de Gesca et de la La Presse?

  • Jacques Lamarche - Inscrit 23 janvier 2016 07 h 17

    Crever l'abcès! Abattre des tabous!

    L'influence de la famille Desmarais sur la vie politique du Québec est considérable! Les victoires du NON lui sont en grande partie imputables! Son rôle, depuis une douzaine d'années, s'est encore accru en raison d'une entente signée avec Radio-Canada, laquelle notamment donne plus de visibilité à ses journalistes vedettes.

    Pour une fois, un homme donne la réplique à un empire qui n'a cessé de faire la guerre au projet de pays et à ses promoteurs! Gesca n'a pas donné dans la dentelle pour discréditer les Parizeau, les Boisclair, les Marois, ... et répandre que le Québec était petit et démuni! Ou encore qu'un pays serait le fruit amer d'un repli! Pure folie! Pour une fois, bien que la forme puisse manquer de grâce, un homme ose affonter un géant et parler cru et franc devant un empire politico-médiatique qui fait depuis longtemps la pluie et le beau temps.

    Bonne chance, M. Péladeau! Restez calme et soyez plus malin! L'adversaire ne reculera devant rien!

  • Richard Lupien - Abonné 23 janvier 2016 07 h 52

    L'indispensable honnêteté.

    Selon Michel David« aucun des membres du holding de la famille Desmarais ne dirige un parti politique…. » Mais ne serait-il pas convenable d’ajouter que plusieurs membres et dirigeants du parti libéral du Québec ont leur entrée au Domaine Sagard en Charlevoix, domaine de l’empire Desmarais. Où on ne parle pas seulement de chasse au faisan.

    Et il ne faudrait pas non plus oublier que Monsieur Jean Charest, à l’époque où il était premier ministre et chef du parti libéral du Québec recevait ((( secrètement ))) annuellement la somme de $ 75,000. Qui venait d’où ? Quelqu’un connaitrait-il la réponse?

    Enveloppe brune qu’il a dû refusée. C'est par une indiscrétion du député Jean D'Amour, alors président du parti, que cet élément a été révélé au grand public en 2008.

    Richard Lupien
    Ormstown

    • Richard Lupien - Abonné 23 janvier 2016 12 h 24

      On le savait monsieur Boulanger, mais qui donnait cette somme annuellement au PLQ?

      Richard Lupien

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 janvier 2016 15 h 04

      @ M. Lupien

      M. Lupien, vous m'intriguez. D'où provient votre questionnement sur la provenance du 75 000$?

  • Tristan Roy - Abonné 23 janvier 2016 08 h 37

    ...comme une course de vélo

    PKP aurait été beaucoup plus efficace en dehors du PQ ou il aurait pu justement commander une ligne éditoriale souverainiste à tout l'empire Québecor. Mais il s'est lancé. À lui d'en tirer le meilleur parti.

    Il devrait voir ça comme une course de vélo. Pour remporter une longue épreuve, il faut conserver ses forces, laisser les membres de l'équipe rouler devant et lui couper le vent. Ne pas perdre d'énergie à pester contre les commanditaires de l'équipe championne qui est devant. Ça lui fait perdre du terrain. Garder l'oeil sur la route. Ne penser qu'à son propre objectif. Laisser à d'autres de passer temporairement devant pour aller déranger l'adversaire, voir le faire tomber...

    Et surtout ne pas abandonner avant le fil d'arrivé, on veut voir ce sprint final! Allez, il faut reprendre ses esprits et se concentrer sur chaque tour de pédalier...