René Angélil était un magicien

Un jour, il a trouvé sur le bord de la route une petite fille tout à fait inconnue qui lui a dit : « Je voudrais être chanteuse. » Quand il l’a entendue chanter, il a eu les larmes aux yeux. Il a entrepris un changement complet de la petite, l’a obligée tout doucement à devenir une femme et quand il a vu qu’elle était enfin prête, il lui a offert le monde à ses pieds.

La mort est cruelle. Elle fauche sans regarder où elle coupe. Elle s’en fout, c’est évident. Elle frappe au hasard, riches comme pauvres, célèbres ou inconnus, sans jamais considérer les dommages qui vont en découler. Elle a le bras long et elle fauche où que vous soyez, dans votre lit, dans votre voiture ou au Burkina Faso à aider le pauvre monde. Elle n’arrête jamais.

Moi, ce qui me console un peu, c’est quand ceux qui vont mourir ont « beaucoup » vécu, qu’ils ont voyagé, qu’ils ont visité le monde, qu’ils ont goûté à tout, qu’ils ont aimé longtemps ou souvent, au choix, qu’ils n’ont jamais demandé combien de temps il leur restait à vivre et qu’ils partent le sourire aux lèvres, heureux d’aller voir ailleurs s’ils y sont.

Je ne peux même pas dire que je connaissais bien René Angélil. Je sais que j’ai été très touchée quand il m’a appelée pour me demander d’écrire une chanson pour Céline, et je sais qu’il a été touché quand je lui ai fait parvenir ma chanson moins de 24 heures après sa demande. La chanson avait été facile à écrire, car d’une certaine façon, elle racontait la perte d’un homme d’exception qui avait été dans ma vie pendant plus de 30 ans, et les mots pour dire ma peine venaient facilement.

Quand je l’ai entendue, chantée par Céline pour la première fois, j’ai réalisé tout ce qu’elle pouvait signifier pour elle. Et pour René. Il était déjà malade et il le savait. Son combat était déjà commencé. Il aura lutté jusqu’au bout, sans laisser un pouce de cette vie qu’il aimait tant.

Il n’y a probablement pas assez de mots pour décrire l’immensité du coeur de René Angélil. Il ne barricadait pas son argent dans des paradis fiscaux. Il préférait donner une partie de sa richesse aux hôpitaux, aux démunis, à ceux que la vie ne gâtait pas. Combien de voyages à Las Vegas a-t-il payés à des gens qui n’y auraient jamais mis les pieds ? Et il aimait Céline comme bien peu de femmes auront été aimées dans ce bas monde. Il lui a tout appris. Il lui a tout transmis. Et pour Céline, peut-être bien qu’il ne sera jamais totalement absent. Il continuera de la guider.

J’ai rêvé à lui il y a deux jours. On était dans un lieu dont il disait que c’était le ciel et je lui répondais que si c’était ça le ciel, il allait y avoir bien du monde déçu. Il m’a répondu en riant, avec sa voix inoubliable : « Attends… Quand Céline va monter sur le stage, tu vas voir un miracle arriver… »

Je ne peux pas vous confirmer que le ciel existe. Et mon rêve s’est terminé avant que le spectacle ne commence, alors je n’ai pas vu le miracle non plus. Mais j’ai vu René comme je l’ai vu la dernière fois dans un coin de loge à TVA pendant que nous attendions Céline tous les deux.

En le quittant, je lui ai fait la bise et je lui ai dit bonne chance. Ça l’a fait rire, et j’aimais l’entendre rire.

Il ne fait aucun doute que Céline va en avoir plein les bras avec les enfants, dont deux qui sont encore bien petits. Toute la famille est éprouvée en plus par la perte d’un des fils de « Maman Thérèse ». J’ai entendu quelqu’un dire qu’au moins elles ne manqueront pas d’argent. J’ai trouvé ça bien petit. Surtout que Céline a gagné son argent grâce à son talent et au travail acharné de René, qui lui a donné tous les outils nécessaires pour poursuivre une carrière dont on parlera encore longtemps.

Chapeau René. Repose en paix, tu l’as mérité. Si par contre il t’arrivait de trouver le ciel et qu’il existe vraiment, fais-nous signe. Depuis le temps qu’on nous raconte n’importe quoi sur le sujet, un signe de ta part serait encourageant. Profite de tes temps libres pour remettre de l’ordre là-haut, car je crois qu’ils en ont bien besoin.

N’abandonne rien, René. L’éternité, ça va être long en diable, alors prépare des spectacles avec beaucoup d’étoiles, histoire qu’on s’offre un peu de bon temps.

Ce n’est pas parce qu’on est mort qu’on va arrêter de rire et de chanter. Je sais que tu l’aimerais celle-là, René.

À ton éternité, mon ami. Bonne route. Merci pour la formidable leçon de vie que tu nous laisses.

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