À pleins tubes

David Bowie est partout, y compris dans les stades et les amphithéâtres où ses mots et sa musique résonnent en incontournables qu’ils sont.

Space Oddity. Avant même le stade, il y a l’autobus. En l’occurrence, celui qui nous mène au nouvellement rebaptisé Sullivan Stadium (anciennement Schaefer) à Foxborough. À l’université, des gars ont organisé un voyage à un match des Patriots de la Nouvelle-Angleterre et même si je n’ai pas une damnée tôle, j’ai acheté un ticket, me disant dans mon Ford intérieur que j’aurai simplement à rogner sur le foie gras et le caviar et à étirer le Dîner Kraft et le riz minute pendant quelques mois. Nous sommes le 13 novembre 1983, et nous sommes partis à 3 heures du matin. Il fait un temps improbablement radieux pour ce moment de l’année. Les combines à grands manches et les gants thermal seront superflus.

Dans l’autocar, les autorités compétentes ont de toute évidence manqué de prévoyance — sans doute en proie à un excès de surexcitation, il faut les comprendre, elles sont de fervents partisans des Dolphins de Miami, l’équipe visiteuse ce jour-là — et n’ont embarqué qu’une seule cassette, ce qui fait qu’on entend les mêmes tounes aux 18 minutes ou à peu près. J’ai oublié toutes les autres, mais une m’est restée scotchée au cogito et le sera jusqu’à la fin de mes jours : Major Tom, de Peter Schilling, sortie quelques semaines auparavant. Four, three, two, one… Ce n’est pas Bowie, mais c’est une allusion directe à lui. And I’m floating in a most peculiar way. Les Patriots l’emporteront finalement 17-6 dans un match plutôt soporifique : Dan Marino ne complète que 14 de 37 passes tentées et Steve Grogan termine 12 en 26. J’en sortirai avec une casquette flambant neuve des Giants de New York, ce qui forcera un nouvel étirement du riz minute.

Samedi, les Chiefs de Kansas City ont bouffé tout rond les Texans de Houston par le score très tennis de 30-0. Mais la prochaine étape sera pas mal moins de la tarte : les Pats dans leur antre fort inhospitalier, le Gillette Stadium qui a succédé au Sullivan qui était devenu Foxboro sous Victor Kiam, celui-là même qui avait tellement aimé le rasoir qu’il avait acheté la compagnie. Les Pats et Major Tom Brady…

Under Pressure. Celle-là, ils la jouent pour narguer l’adversaire quand celui-ci arrive à la croisée des chemins et n’a pas le choix de livrer ou non la proverbiale marchandise, aussi ne l’a-t-on pas entendue lorsque Blair Walsh s’est pointé sur le terrain au TCF Bank Stadium, sur le campus de l’Université du Minnesota. Il était à la maison, après tout. Et en fait de pression, on avait déjà vu bien pire. Dimanche, les Vikings tiraient de l’arrière 10-9 sur les Seahawks de Seattle avec quelques secondes à jouer et tout ce que Walsh avait à faire, c’était de botter le ballon entre les poteaux sur 27 verges. Il avait déjà réussi trois placements dans le match et franchement, pour un botteur de sa trempe, cette distance représente une formalité.

Mais voilà, les formalités, encore faut-il s’en acquitter même si la démarche est ennuyante à mourir. Et si la remise était parfaite, le teneur n’a pas été en mesure de placer les lacets du ballon du bon côté, c’est-à-dire hors de la vue du botteur. Selon les experts, il s’agit moins d’une question de physique que de mental : avec les lacets derrière, la trajectoire du ballon ne sera pas nécessairement incohérente mais la psyché du botteur, si. Et il est déconseillé de jouer dans la caboche d’un artiste des unités spéciales.

Walsh a donc raté son coup, et pas à peu près. Il a répondu aux questions des reporters d’enquête pendant 12 minutes puisqu’il appert que « j’ai échoué, je m’en veux à mort, je présente mes excuses à tout le monde et je vais de ce pas me cacher au fond d’un trou » ne suffit pas. Mais la vraie interrogation aurait dû être : Can’t we give ourselves one more chance ?

Ashes to Ashes. Pour ce qui est de retourner poussière, peu font preuve d’autant de brio que les Bengals de Cincinnati. Les « Bungles » n’avaient pas remporté un traître match éliminatoire depuis le 6 janvier 1991 (hé, c’était contre les Oilers de Houston) et samedi soir, ils se sont arrangés pour que la joyeuse séquence ne s’arrête pas en si bon chemin. Ils mènent 16-15 dans les deux dernières minutes et ils trouvent le moyen de commettre un échappé et d’écoper de deux punitions d’une stupidité incommensurable menant à un botté de précision ennemi. Strung out in heaven’s high, hitting an all-time low

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