Venu de loin

Dans le grand désordre des choses, on retrouve d’abord Mike Piazza. Cette semaine, l’ancien receveur des Dodgers de Los Angeles et des Mets de New York (notamment) a été élu au Temple de la renommée du baseball, devenant du coup le premier joueur dont le nom a été plus ou moins associé à l’absorption de certaines substances condamnables par la plus élémentaire des morales à accéder au Panthéon. Remarquons que, contrairement à d’autres, Piazza n’a pas fait l’objet d’une enquête, n’a pas été nommé dans le rapport Mitchell sur l’absorption de substances et n’est pas vraiment considéré comme un gros client de son pharmacien préféré à la Roger Clemens, Mark McGwire ou Barry Bonds.

Mais quoi qu’on pense de la chimie individuelle et de ses retombées potentiellement néfastes pour la jeunesse, il faut accorder à Piazza un certain crédit. Car nous aimons les négligés, n’est-ce pas, ceux qui déjouent les pronostics et se gaussent des probabilités, qui partent de rien et finissent avec pas mal. Nous sommes génétiquement comme ça, programmés pour appuyer le petit, quitte à ce qu’il devienne gros en chemin.

Or en 1988, Piazza a été réclamé par les Dodgers au 62e tour du repêchage amateur des ligues majeures, 1390e au total. Ça, Madame, c’est loin, et cela signifie généralement que vous êtes promis davantage au poste de préposé à l’entretien dans l’abri du club visiteur qu’à celui de tête sur une plaque à Cooperstown. Et si les Dodgers l’ont choisi, ce n’est même pas parce qu’ils croyaient qu’il y avait là un quelconque talent caché : c’est plutôt le légendaire Tom Lasorda, alors gérant de l’équipe, qui avait voulu faire plaisir au père de Piazza, un ami proche. L’autobiographie de Piazza s’intitule d’ailleurs Long Shot, ce qui en dit autant sur ses chances initiales de percer que sur les retentissants coups de circuit, aidés ou pas, qui allaient suivre.

Ailleurs dans une brûlante actualité, il nous est loisible de nous pencher sur le cas de Johnny Manziel, le quart-arrière des Browns de Cleveland qui fait les délices des consommateurs de trucs qui ne les regardent pas en se rendant régulièrement dans des sauteries à forte teneur en réjouissances même s’il a régulièrement promis qu’il ne le ferait plus et en s’y faisant photographier, ce qui est bien sûr suivi d’une diffusion cyberpublique.

Remarquez, on aimerait bien les voir, les consommateurs de trucs, s’ils étaient eux aussi membres des Browns. Parions qu’ils seraient également tentés de se changer les idées en recherchant les émotions fortes induites par les festivités de groupe avec un verre à la main, et parfois aux deux mains. Une liste des choses les plus idiotes faites par Manziel comprend du reste la mention « Avoir accepté de se joindre aux Browns » après avoir été repêché par eux en 2014 : le désastre était attendu.

Quel degré d’intérêt suscite « Johnny Football » ? Mettons ceci : deux stations de télévision de Cleveland ont dépêché des reporters d’enquête pour aller faire le pied de grue devant sa résidence. Et cela donne les résultats que vous pouvez imaginer, qui ne font rien pour rebâtir notre foi en l’humanité déjà sévèrement mise à mal.

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