L’avenir sans pétrole

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, avait une théorie intéressante pour expliquer la distance que le premier ministre Philippe Couillard a prise envers l’exploitation des hydrocarbures sur l’île Anticosti et l’utilisation du gaz dans les années à venir, durant son récent séjour à Paris.

« Le premier ministre n’était pas à Paris pour faire la promotion des hydrocarbures. Il était clair qu’il était là pour faire la promotion de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques », a déclaré M. Arcand. Il n’est pas le premier à noter que M. Couillard a tendance à ajuster son discours en fonction de ce qu’il croit être agréable à l’oreille de ses interlocuteurs, mais il est plutôt étonnant que cette adaptation, qui confine parfois au double langage, soit soulignée par un de ses ministres.

Jusqu’à présent, les incursions de M. Couillard sur la scène internationale n’ont pas toujours été très heureuses, qu’il s’agisse de son unilinguisme anglais à Reykjavik ou de la rebuffade qu’il a subie en Chine, où on lui a brutalement signifié que le porc québécois devrait se trouver d’autres débouchés.

De toute évidence, il entendait s’assurer que sa participation à la conférence sur les changements climatiques soit un franc succès. Jean Charest avait découvert avant lui que l’environnement était un domaine où le Québec pouvait affirmer sa spécificité sans s’empêtrer dans la Constitution.

Il faut dire que l’incurie du gouvernement Harper dans ce domaine lui facilitait beaucoup les choses. Pour rivaliser contre cette nouvelle coqueluche internationale qu’est Justin Trudeau, qu’on encense même quand il ne dit rien, M. Couillard devait beurrer plus épais, quitte à laisser M. Arcand rassurer l’industrie pétrolière, dont on peut comprendre la perplexité.

 

Le feu vert donné à la cimenterie de Port-Daniel, tout comme les limites imposées à l’examen du projet d’oléoduc Énergie Est, qui ne tiendra pas compte des GES produits par le pétrole qu’il transportera, peuvent faire douter des préoccupations réelles du premier ministre, mais il n’en sera pas moins de plus en plus difficile d’ignorer l’inquiétude grandissante de la population à propos du réchauffement de la planète.

En toute justice, il faut dire que M. Couillard n’a jamais été très emballé par la perspective d’exploiter le pétrole de schiste de l’île Anticosti, alors que la balance des avantages et des inconvénients est très incertaine. On peut d’ailleurs penser que ce passionné de pêche se désolerait sincèrement du saccage de ce joyau, d’autant qu’il semble y avoir surtout du gaz. Située à 80 kilomètres des Îles de la Madeleine, l’exploitation du gisement Old Harry risquerait aussi de provoquer une véritable catastrophe en cas de déversement.

 

S’il s’agit d’un dilemme pour le gouvernement Couillard, ce l’est plus encore pour le PQ. Depuis le voyage que Pauline Marois avait effectué en Norvège à l’été 2008, plusieurs croyaient que le pétrole fournirait enfin l’argument qui rassurerait la population sur la viabilité d’un Québec souverain.

Il n’y a jamais eu unanimité sur la question au sein du parti, mais les divisions ont éclaté au grand jour durant la course à la chefferie. Si Pierre Karl Péladeau voyait toujours dans le pétrole un « atout majeur pour la souveraineté », Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Pierre Céré s’y opposaient catégoriquement, tandis que Bernard Drainville tentait de trouver un compromis en le présentant comme une « énergie de transition » vers une économie verte.

Même dans une perspective transitoire, l’acceptabilité sociale risque de ne plus être au rendez-vous. Alors que l’ensemble de la planète tente d’orchestrer la sortie d’une économie dominée par les hydrocarbures, se lancer aujourd’hui dans l’exploitation du pétrole équivaudrait à commencer à fumer à l’âge de 50 ans.

Alexandre Cloutier avait lancé un avertissement durant la course : si le PQ optait pour le pétrole, il pouvait oublier toute idée de rapatrier les jeunes. On pourrait ajouter qu’il devrait aussi renoncer à tout espoir d’alliance avec Québec solidaire. Autrement dit, « l’atout majeur » risque plutôt de devenir un obstacle majeur.

Même Jean Charest avait reconnu qu’un Québec souverain serait viable. Le grand argument de M. Péladeau est plutôt que la souveraineté rendrait les Québécois plus riches. Si la comptabilité du fédéralisme demeure un objet de débat, personne ne peut nier que les revenus du pétrole contribueraient de façon significative à accroître le niveau de richesse d’un État indépendant. Qu’en serait-il s’il fallait y renoncer ?

En réalité, il n’est pas peut-être nécessaire de convaincre les Québécois qu’ils seraient plus prospères en quittant le Canada. Il leur suffirait sans doute de savoir qu’ils ne le seraient pas moins.


 
17 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 15 décembre 2015 07 h 13

    " Alexandre Cloutier avait lancé un avertissement durant la course : si le PQ optait pour le pétrole, il pouvait oublier toute idée de rapatrier les jeunes. " (M. David)

    Je suis bien d'accord avec M. Cloutier. J'espère que M. Péladeau l'est aussi.

  • Guy Lafortune - Inscrit 15 décembre 2015 07 h 48

    Il leur suffirait sans doute de savoir qu’ils ne le seraient pas moins.

    Ayoye, tout cet article là pour ça???

  • Jean Lapointe - Abonné 15 décembre 2015 08 h 02

    Ce qui importe c'est que nous prenions nos propres décisions dans tous les domaines.

    «En réalité, il n’est pas peut-être nécessaire de convaincre les Québécois qu’ils seraient plus prospères en quittant le Canada. Il leur suffirait sans doute de savoir qu’ils ne le seraient pas moins.» (Michel David)

    Je lis régulièrement le blogue de monsieur Péladeau.

    Je remarque qu' il insiste surtout sur l' importance pour les Québécois de prendre toutes leurs affaires en main dans tous les domaines.

    Ce qui semble dominer chez lui c'est la nécessité pour les Québécois d'être libres de prendre leurs propres décisions.

    En plus il se dit d'avis que le Québec deviendrait plus prospère s'il était indépendant politiquement.

    Et, si je l'ai bien compris, il entend créer un centre de recherche dont la tâche sera entre autres de montrer pourquoi il y a de bonnes chances qu'il en serait ainsi.

    Il a des intuitions et on ne peut pas dire qu'il ne connaît pas le milieu des affaires. Ce qui veut dire que ses intuitions elles ont de bonnes chances d'être fondées, C'est ce qu'il semble vouloir documenter davantage.

    Il est évidemment impossible de prouver de façon certaine que le Québec serait plus prospère s'il était indépendant que s'il restait enfermé dans la fédération canadienne mais il est sûrement possible de montrer de quels avantages il pourrait disposer s' il le devenait et s'il profitait de ces avantages.

    Quoi qu'il en soit, ce qui importe c'est que nous puissions être libres de prendre nos propres décisions sans avoir le fédéral dans les jambes et pas exclusivement pour des raisons économiques mais parce que nous sommes une nation et parce qu'en tant que nation nous voulons plus de liberté pour pouvoir agir davantage en fonction de nos propres intérêts.

  • François Dugal - Inscrit 15 décembre 2015 08 h 03

    Le discours de la séduction, petite et grande

    Monsieur le premier ministre Couillard ne dit pas ce qu'il pense et ne pense pas ce qu'il dit; écoutons-le.

  • Alain Lavallée - Inscrit 15 décembre 2015 08 h 08

    Comparaison boiteuse au sujet d'Anticosti: le Québec "fume" déjà abondamment

    Si le Québec développe l'extraction du pétrole d'Anticosti au cours des prochaines années, ce n'est pas comme un adulte qui apprendrait à fumer à 50 ans, puis que cet adulte fume déjà abondamment.

    C,est plutôt un adulte de 50 ans qui aprrend un nouveau métier, développe une nouvelle compétence, il apprend disons à cultiver du tabac. ou à cultiver de la marijuana ... quitte à fumer son tabac plutôt que celui qu'il importe.