Le goût de l'avenir - 2: «Une bonne job, un bon boss...»

Le monologuiste Yvon Deschamps avait bien nommé l'une des aspirations les plus communes: «une bonne job, un bon boss...» Malgré les mutations du marché du travail, le désir de trouver un emploi stable, rémunérateur et gratifiant reste au coeur des préoccupations de toute personne, et ce, dès l'école. Ne se définit-on pas, le plus souvent, lorsque l'on se présente à un inconnu, par ce que l'on fait dans la vie? Bref, par son travail.

L'emploi stable demeure la meilleure garantie de sécurité du revenu. Mais l'emploi comporte également de multiples avantages non financiers. Le marché du travail est le lieu principal où prennent forme les droits ainsi que la vie sociale, où se développent l'estime de soi et la personnalité, le sens des responsabilités et de l'initiative. La stabilité favorise la productivité, l'innovation et la loyauté à l'entreprise, l'engagement et la motivation.

Depuis quelques années, la situation de l'emploi s'est améliorée au Québec. La proportion de personnes actives sur le marché du travail et le pourcentage d'entre elles qui occupent effectivement un emploi ont atteint en 2002 des niveaux inégalés.

Cependant, le tiers de la main-d'oeuvre québécoise (36,4 % en 2001) occupe un emploi que l'on dit atypique (temps partiel, temporaire, sur appel, saisonnier, autonome), soit 1,2 million de travailleurs, un bond spectaculaire depuis 1976 (16,7 %). Le phénomène n'est pas proprement québécois et il s'explique par plusieurs facteurs comme l'utilisation des nouvelles technologies et la concurrence étrangère accrue. Des travailleurs autonomes choisissent cette situation pour concilier travail et famille ou par désir d'autonomie.

Mais dans un rapport publié en 2003, le professeur en relations industrielles de l'Université Laval, Jean Bernier, et deux collègues, contestent la vision idyllique du travail atypique. «Le recours à ces formes nouvelles n'est pas uniquement synonyme de flexibilité ou de diversité; il entraîne aussi une précarité des conditions de travail et de vie de plusieurs travailleurs, voire leur exclusion du champ d'application du droit du travail.»

La diversification des statuts d'emploi est sans doute là définitivement. La norme absolue de l'emploi à temps plein toute l'année et toute la vie est abolie. La montée du travail autonome, les changements d'emplois plus fréquents, la nécessaire requalification tout au long de la vie, le prolongement au-delà de 65 ans de la vie professionnelle, le désir d'enfant aussi, vont entraîner des entrées et des sorties plus fréquentes du marché du travail. Il faut dédramatiser le caractère tortueux de ces parcours professionnels. Mais il faut absolument adapter les régimes de protection sociale (assurance santé, assurance salaire, santé et sécurité au travail, normes minimales, assurance parentale, etc.), que ceux-ci soient privés ou publics, à cette nouvelle conjoncture. Le revenu minimum garanti est-il la solution miracle que certains souhaitent? Pas s'il engendre des générations d'exclus.

Des employeurs découvrent, avec la pénurie appréhendée de main-d'oeuvre (640 000 nouveaux emplois à pourvoir entre 2002 et 2006) que c'est en aménageant le temps de travail et en donnant de bonnes conditions à leurs employés qu'ils garderont les meilleurs.

Près de 20 % des nouveaux emplois à pourvoir dans les prochaines années seront offerts à des détenteurs d'un diplôme universitaire. La proportion des emplois requérant un haut niveau de compétence va augmenter. Voilà certes un défi pour le système d'éducation. À l'opposé, le nombre d'emplois pour les personnes faiblement scolarisées va diminuer. Il reste que le gros des emplois disponibles requerra un niveau de formation collégiale ou secondaire (environ 60 %). C'est dans la vente et les services (170 000) que l'on retrouvera la plus forte concentration des emplois à pourvoir, soit le secteur où l'emploi est sans doute le plus instable et le plus précaire.

L'emploi dépend évidemment de l'activité économique, passe par la formation de la main-d'oeuvre, l'innovation et l'entrepreneuriat, domaines dans lesquels maints efforts ont été déployés mais où les résultats doivent être meilleurs. Comment faire? À côté de l'économie capitaliste, il faut reconnaître le rôle de l'État et l'apport de l'économie sociale.

L'activité économique dépend aussi des marchés étrangers. La mondialisation lance des défis inédits. Pour une usine qui ouvre, une qui ferme à la suite de la décision prise dans un siège social situé à Chicago ou à Hong-Kong. Les consommateurs d'ici se précipitent chez Wal-Mart pour acheter à bas prix des produits fabriqués en Chine tandis que les emplois de leurs parents et amis s'envolent vers l'Asie. Nos agriculteurs ou nos fabricants de meubles sont en concurrence avec des entreprises dont le personnel est payé 1 $ l'heure. Nous fûmes libre-échangistes. Allons-nous le rester? Si oui, à quelles conditions?

Le niveau et la qualité de la vie de chacun dépendent des réactions des pouvoirs publics et des leaders du monde des affaires et des milieux financiers. On ne peut pas laisser l'emploi précaire et l'insécurité devenir la norme. Comme le personnage du chanteur Martin Léon qui travaille chez Kiki BBQ: «c't en attendant...» En attendant quoi?

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Une amie m'a fait remarquer deux erreurs dans ma chronique de la semaine dernière : il y avait bien cinq et non quatre enfants dans le téléroman Quelle famille! et le prénom de son auteure s'écrit bien Janette (Bertrand). J'ai tout de même reçu encore une centaine de messages de lecteurs et de lectrices désireux que je les tienne informés du projet de créer un lieu d'animation des débats publics au Québec auxquels les citoyens pourront participer (voir ma chronique du 12 janvier). Nous sommes maintenant près de 250 inscrits. Si la chose vous intéresse aussi, écrivez-moi à vennem@fides.qc.ca. Je transmettrai bientôt à ces personnes plus d'information sur ce projet.

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