On veut des noms

Si l’on sait faire preuve d’un tant soit peu de réalisme, l’on sait pertinemment qu’il est tout à fait possible que l’on ne gagne jamais rien au fil d’une longue vie sportive. Cela aide d’ailleurs à éviter la déception et la frustration, des états d’âme susceptibles de causer une foule de maladies et de grever encore davantage un système de santé déjà débordé.

Mais peut-on envisager qu’à partir d’un certain moment donné, l’on ne perde plus ? Que la défaite soit carrément rayée du domaine des potentialités ? Que l’avenir soit si radieux qu’il faille porter des verres fumés pour l’envisager, ainsi que le psalmodiait le poète insouciant de sa situation financière ? Voyons voir.

Relativement tôt, à un âge encore tendre, je fus intrigué par les Warriors de Golden State, de l’Association nationale de basketball. Bien oui, j’avais la tête ainsi faite, et selon mon psy, ça n’a pas tellement changé depuis. Car si toutes les autres équipes de tous les sports portaient soit le nom d’une ville, soit celui d’un État, soit celui d’une province, soit celui d’un groupe d’États (les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, ce sont vous que je regarde), les Warriors faisaient cavalier seul avec un surnom d’État.

Les noms changeaient d’ailleurs de temps en temps sans même qu’un club ait à déménager, et ils continuent de le faire. Les Oilers de l’Alberta sont devenus les Oilers d’Edmonton. Les Seals d’Oakland sont devenus les Golden Seals de la Californie. Les Marlins de la Floride sont devenus de Miami. Les Cardinals et les Coyotes de Phoenix sont devenus de l’Arizona. La marque historique appartient aux Angels, qui, tout en restant à peu près à la même place depuis 1961, ont été les Angels de Los Angeles, puis de la Californie, puis d’Anaheim, et sont maintenant les Los Angeles Angels of Anaheim, une création fort probablement issue des cogitations d’un comité qui trouvait que sa réunion avait assez duré et était grandement tenté d’aller prendre un verre.

À cet égard, l’une des modifications d’appellation les moins remarquées — et dont à peu près personne ne se souvient — est survenue dans les années 1970. Et je vous jure qu’elle est rigoureusement authentique même si vous éprouverez du mal à en trouver la preuve hors de tout doute raisonnable. Ça se passait par un dimanche soir alors où je regardais attentivement un match de l’Association mondiale de hockey au réseau TVA. Pendant un entracte, le présentateur Pierre Proulx fit savoir que les Nordiques de Québec ne seraient plus les Nordiques de Québec. Je fronçai un sourcil. Le droit, si ma mémoire ne me joue pas de tours.

Non, messieurs-dames, assoyez-vous bien sur votre canapé, les Nordiques de Québec seraient dorénavant connus sous le nom de Nordiques du Québec.

Il s’agissait, devait-on comprendre à travers les proverbiales branches, d’une tentative de montrer que Canadien tout-puissant n’était plus seul à occuper son territoire. Cela passa bien entendu complètement inaperçu.

Mais on s’égare sérieusement. Revenons aux Warriors de Golden State.

Pendant de nombreuses années, après un championnat de la NBA en 1974-1975, les Warriors ont pas mal servi de paillasson sur lequel les autres formations prenaient plaisir à s’essuyer, ça tombe bien, les baskets. Heureusement pour eux, il y avait pour expérimenter la misère en leur compagnie leurs homologues californiens des Clippers de Los Angeles. Être deux à l’ombre des Lakers — et même trois le plus clair du temps si l’on prend en compte les Kings de Sacramento —, voilà qui contribue à libérer un peu de cette pression qui paralyse.

Mais là, ça va mieux. Au printemps dernier, les Warriors ont remporté le titre. Et mardi, ils ont vaincu les Pacers de l’Indiana pour porter leur fiche cette saison à 23-0. La marque précédente de collage de victoires à l’amorce d’une campagne dans la NBA était de 15, ce qui montre un peu que les gars ne veulent pas trop savoir grand-chose. (Et souvenez-vous, quand Canadien en a ramassé neuf il y a quelques semaines, vous avez eu des hallucinations de Coupe. Imaginez quel genre de mental ils ont présentement à Oakland.)

Avec un pareil rendement, et compte tenu du fait que les Warriors se contentent rarement de gagner, ayant plutôt tendance à écraser la concurrence, il va sans dire qu’il se trouve des observateurs pour se demander s’ils perdront de nouveau un jour.

De fait, la séquence est à ce point impressionnante qu’elle a attiré l’attention des Harlem Globetrotters, qui subodorent que leur propre série victorieuse record pourrait être menacée.

Elle est de 3589 gains. Il s’agit donc d’un dossier à suivre intensément au cours du prochain siècle.

1 commentaire
  • Gilles Roy - Inscrit 10 décembre 2015 05 h 52

    Les beaux jours de l'AMH

    Dites monsieur Dion, le «rebranding» des Nordiques (me rappellle que la cérémonie impliquait les représentants de quelques villes, Rimouski par exemple), ça date d'avant ou d'après que Gilles Grattton se soit dévêtu après la fin de match pour demander une augmentation de salaire (le bain de minuit manière aréna, qu'on avait appelé cela)?