L’ineptie du chef

L’article 9 de la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec, que le gouvernement Bouchard avait fait adopter en réplique à la Loi sur la clarté référendaire de Stéphane Dion, est on ne peut plus clair : « Le gouvernement doit veiller au maintien et au respect de l’intégrité territoriale du Québec. »

Samedi, le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Ghislain Picard, a déclaré sans la moindre équivoque que le droit à l’autodétermination que réclament les autochtones pourrait à terme se traduire par la partition du territoire québécois.

Les journalistes affectés à la couverture du conseil national du PQ ont tout naturellement voulu savoir ce qu’en pensait Pierre Karl Péladeau. Le Québec serait-il divisible ? Sa réponse les a complètement médusés. « C’est un vaste chantier, je ne peux pas répondre à cette question », a-t-il répondu. Ils ont eu beau reformuler la question à plusieurs reprises, il n’excluait toujours pas cette possibilité. Plus encore, « c’est quelque chose qui continuera à être discuté ».

Ses adjoints ont rapidement compris qu’il y avait un sérieux problème. Heureusement, un deuxième point de presse était prévu après le discours de clôture de M. Péladeau, qui allait en profiter pour corriger le tir. Sauf qu’il n’a rien corrigé du tout. Apparemment imperméable aux conseils qu’on peut lui donner, il a de nouveau parlé du « vaste chantier », mais toujours sans spécifier que l’intégrité du territoire ne saurait être remise en question. C’est seulement au milieu de soirée qu’un communiqué a été publié pour préciser qu’elle devrait être respectée.

 

Dès le début de la course à la chefferie, tout le monde a pu constater les limites de la culture politique de M. Péladeau, qui avait manifestement la tête ailleurs dans les années qui ont suivi le référendum de 1995, quand des dizaines de municipalités avaient adopté des résolutions réclamant leur rattachement au Canada en cas de séparation du Québec.

Le plus grave est cependant le manque criant de sens politique de M. Péladeau. Qu’un chef du PQ n’ait pas le réflexe d’établir d’entrée de jeu le principe de l’inviolabilité du territoire québécois est tout simplement aberrant. Ses anciens adversaires dans la course, Bernard Drainville et Martine Ouellet, l’ont fait spontanément.

Ce premier conseil national auquel M. Péladeau se présentait en qualité de chef constituait une sorte de test. S’il est clairement le plus mauvais orateur à avoir dirigé le PQ, le fond de son discours était passable. Les habitués de ces rencontres savent toutefois que ce sont souvent les imprévus qui font la manchette et qu’il faut savoir les gérer.

Personne ne le dit encore publiquement, mais les contre-performances répétées de M. Péladeau commencent à inquiéter sérieusement. S’il réussit à mettre les pieds dans le plat sur une question aussi élémentaire, comment pourra-t-il survivre à une campagne électorale de 33 jours, quand les occasions de trébucher vont se multiplier ? Au train où vont les choses, pourra-t-il même tenir jusqu’à l’élection ?

Même avec la meilleure volonté, on peut mettre les pieds dans le plat. C’est très bien de vouloir tendre la main aux communautés culturelles. Tous les efforts pour les convertir à la souveraineté ont beau avoir échoué dans le passé, le PQ a le devoir de poursuivre le dialogue. De là à reconnaître une sorte de droit de veto aux non-francophones en disant qu’il ne sera pas possible de faire l’indépendance sans eux, il y a cependant une marge. Dire qu’on pourrait très bien se passer de leur appui, comme l’avait fait Jacques Parizeau, était sans doute maladroit, mais les francophones sont encore bien assez nombreux pour assurer une confortable majorité au Oui, pour peu qu’ils le veuillent.

 

Dans tous les partis politiques, les militants ont des réflexes de type pavlovien. Dans un conseil général du PLQ, il suffit de prononcer le mot « Canada » pour déclencher un tonnerre d’applaudissements. Samedi, il a suffi que Ghislain Picard, qui est un fin renard, prononce le mot « souverainiste » pour récolter une ovation, alors qu’il s’agissait d’un énorme quiproquo. Ce n’est pas parce que M. Péladeau prononce le mot « pays » à tout bout de champ qu’il a nécessairement les qualités requises pour mener le Québec à l’indépendance.

Il n’est pas normal que le mécontentement créé par les politiques d’austérité du gouvernement Couillard ne profite pas le moindrement au PQ, dont les intentions de vote stagnent. Au même stade de son existence, les tentatives de réingénierie du gouvernement Charest avaient eu pour effet de propulser le PQ 12 points devant les libéraux, alors qu’il accuse actuellement 3 points de retard. M. Péladeau est sans doute le chef dont la lune de miel aura été la plus courte.

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60 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 24 novembre 2015 00 h 56

    M.David

    Auriez vous quelque chose à nous dire? Je trouve que vos articles, encore une fois, manque totalement d'objectivité. C'est à tout fait normal, dans une société démocratique, que les opinions varient. Mais le nombre de choses que vous reprochez à M.Péladeau commence vraiment à s'accumuler. Si ce n'est pas de l'acharnement de votre part contre lui, je ne sais pas ce que c'est mais ça y ressemble drôlement. Si vous avez tant de choses à dire à M.Péladeau, pourquoi ne pas aller le confronté directement en personne au lieu de tenter de le salir et de le détruire via vos chroniques?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 24 novembre 2015 08 h 40

      Vous en avez des choses à dire, pour rétablir l'objectivité? Ne nous en privez pas. Vous avez toute la place, ici.

    • Patrick Daganaud - Abonné 24 novembre 2015 08 h 53

      Les propos de Michel David sont pleins de bon sens.

      La performance de PKP à la tête du PQ inquiète.

      Ses fondements politiques sont pour le moins déficitaires.

      Son adéhésion aux principes d'une social-démocratie est absente.

      C'est de l'ordre du constat.

      Quiconque tient à un pays (David en est) n'est, à ce stade, pas rassuré par ce chef.

      Il doit faire beaucoup, beaucoup mieux.

    • Patrick Daganaud - Abonné 24 novembre 2015 09 h 11

      Cyr Guillaume,

      Nous sommes tous tristes des bévues de PKP et du fait indéniable qu'il ne fait pas profiter le PQ de l'ineptie effroyable de la gouvernance libérale.

      Nous voudrions qu'il soit à la hauteur.
      À ce stade, il ne l'est pas.

    • Colette Pagé - Inscrite 24 novembre 2015 10 h 06

      Écrire que le chef du PKP manque de culture politique en regard de l'indivisibilité du Québec, qu'il se met souvent les pieds dans les plats et qu'il est le plus mauvais orateur à avoir dirigé le PQ, ce qui correspond à la vérité, est-ce là de l'acharnement, du salissage et un manque d'objectivité ? Disons en tout respect qu'affirmer le contraire serait plutôt de l'aveuglement volontaire.

      À l'instar de Michel David qui, dans l'exercice de sa fonction de journaliste parlementaire prend le pouls des députés du PQ et de ses dirigeants, de plus en plus de chroniqueurs politiques s'interrogent si le chef du PQ tiendra jusqu'à la prochaine élection.

    • Clermont Domingue - Abonné 24 novembre 2015 16 h 56

      Se peut-il que dans le choix des militants,le milliard ait pesé plus que la culture politique ou les qualités du chef?

    • Cyr Guillaume - Inscrit 24 novembre 2015 19 h 49

      M.Daganaud, si on passe notre temps à changer la personne qui s'asseoit dans la chaise du chef, sous quelque prétexte que ce sois (pas assez à gauche, pas assez à droite, pas assez au centre, pas assez pressé de faire l'Indépendance Nationale) on tourne en rond. Le PQ en à brûlé plus d'en chef ''charismatique'', Lévesque, Parizeau, Bouchard, et Mme Marois aussi quand à moi. On ne peut pas éternellement attendre le messie. À l'instant nous avons M.Péladeau qui possède une expertise totalement sans précédent en matière de finance, bon d'accord ce n'est pas le plus charismatique, mais il apprendra, il à le temps, il lui reste près de trois ans. Laissons la chance au courreur. Et puis vous en connaissez un chef du PQ qui n'a pas fait d'erreurs vous? Pas moi.

  • Denis Paquette - Abonné 24 novembre 2015 01 h 31

    Un individu sans charisme

    Peut ëtre serait-il temps que les québécois se rendent compte que PKP n'est pas le bon cheval, je n'ai jamais vu un individu avoir aussi peu de talents pour la politique, qui a vraiment envie de s'identifier a cette individu sans charisme , je ne pense pas que cet individu puisse diriger autrement que par décrets, est ce, ce que nous voulons.

    • Marc Davignon - Abonné 24 novembre 2015 10 h 12

      Sans saveur ni odeur!

      On se demande encore pourquoi le PQ n'a pas gagné les dernières élections!

      Regardez les chiffres. Vous constaterez que l'appui chute dès que Monsieur se présente comme député.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 24 novembre 2015 05 h 31

    Les mots suivront....

    Un jour ou l'autre, il va falloir s'entendre avec les communautés autochtones et leur donner les instruments requis pour leur épanouissement. C'est un objectif primordial et le sens à donner aux mots évoluera. Les mots suivront. Les langues humaines évoluent ainsi et il faut les utiliser pour le bien de tous.

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 novembre 2015 10 h 21

      Tout à fait d'accord. Il faut même les convaincre qu'ils auront plus d'avoir dans un Québec indépendant que dans le Canada. Rappelons les anciennes alliances, et célébrons chaque année la Grande Paix de Montréal.

  • Dominique Boucher - Abonné 24 novembre 2015 05 h 43

    PKP : un électron libre

    PKP en quelques mots : un électron libre, apparemment pas très futé sur le plan politique, dangereux pour le PQ, pour la cause indépendantiste et pour le Québec en général si par malheur il parvenait à en être le Premier ministre...

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 24 novembre 2015 05 h 45

    "Maîtres chez soi"...

    M. David, votre texte crédibilise mes supputations d'hier, disant justement à votre instar que l'"Effet PKP" m'a tout l'air en fin de compte d'un super pétard mouillé!

    Mais vous auriez moins approuvé le reste, ou je faisais remarquer aux Péquistes qu'ils sont les mieux placés pour se solidariser envers les requêtes audacieuses des autochtones, mués essentiellement par le Désir de se gouverner en fonction de leurs idéologies distinctives, dans un territoire qu'ils considerent en vertu de raisons Historiques, le leur...

    Ne faut-il pas être un peu gonflé pour fourbir a la populace un tas de raisons existentielles de se battre pour l'autonomie afin de gagner ses élections, mais refuser d'octroyer au véritable "peuple fondateur" leur Pays, alors qu'ils ont exactement les mêmes justifications que nous pour l'exiger, et au cube! Les flics du Canada ne violent pas les francophones qui rodent en opinant: "No crime, it's just a frog!"...

    Moi, je reste dubitative sur le Rêve Souverainiste, car je me tape souvent la période de question, et me mets drôlement a en avoir ma claque que Couillard esquive tout et n'importe quoi en arguant que ce serait bien pire séparés du Canada (salve d'applaudissements)!

    Pu capable! D'autant plus que ca me paraît pas mal "nombriliste" pour vrai de clamer:"Avec tous les "purs laine" francos, on l'a notre 51% et au diable le reste!" Il m'apparait poche d'entreprendre l'érection d'une Cathédrale très onéreuse avec 49% de la main d'œuvre qui ne veut rien savoir de mettre la main à la pâte, car il la trouve très sécurisante, eux, la Grande Cathédrale nous abritant déjà.

    L'opposition ne pourrait-elle pas proposer un jour un projet plus rassembleur que Phil soit enfin tenu d'inventer des parades sensées aux nombreuses faiblesses que l'on peut soulever dans sa piètre gouvernance, et d'ainsi montrer un bel exemple de résilience à nos autochtones, à qui revient bien plus la place qu'aux colons que nous sommes, tant qu'à moi?

    • Patrick Daganaud - Abonné 24 novembre 2015 08 h 57

      Il ne (nous - vous?) manque, Catherine, que votre éclairage.