Ferretti sans compromis

C’est en 1946, en 5e année du primaire, que s’éveille la conscience politique d’Andrée Ferretti. Aujourd’hui, à 80 ans, elle raconte son parcours politique et son désir d’indépendance avec intelligence, fougue et simplicité.
Photo: Martine Doyon C’est en 1946, en 5e année du primaire, que s’éveille la conscience politique d’Andrée Ferretti. Aujourd’hui, à 80 ans, elle raconte son parcours politique et son désir d’indépendance avec intelligence, fougue et simplicité.

Un indépendantiste plus radical qu’Andrée Ferretti, ça n’existe pas. Seul Gaston Miron, peut-être, était habité par des convictions aussi intenses que celles qui animent la pasionaria de l’indépendance. « Pour moi, écrit cette dernière, la politique n’est pas l’art du compromis, mais celui de la puissance de changer le cours des choses. Elle ne saurait par conséquent être réduite à l’exercice du pouvoir. »

Avec fierté, Ferretti affirme avoir reçu, dès le berceau, le « sens de la liberté » et elle n’hésite pas à se dire « par nature radicale », dans la mesure où elle a « toujours voulu agir sur la cause profonde des effets destructeurs de notre aliénation ». Ses combats en ce sens, sa vie durant, n’ont fait que raffermir sa détermination. Aujourd’hui, à 80 ans, dans Mon désir de révolution, elle raconte son parcours politique avec intelligence, fougue et simplicité, dans le but de convaincre les jeunes de la nécessité de l’indépendance.

À l’école du patriotisme

En 1946, en 5e année du primaire, Ferretti devient patriote en écoutant sa jeune religieuse enseignante raconter en classe, avec passion et chagrin, la défaite des plaines d’Abraham et les destructions de villages qui ont suivi. « J’ai fondu en larmes, confie l’écrivaine. Peine rapidement remplacée par la colère. J’avais onze ans. » Elle lit, l’été suivant, des oeuvres de F.-X. Garneau et de Lionel Groulx. Sa conscience nationale se développe — « la connaissance de l’histoire est l’assise principale de tout désir de révolution, son fer de lance le plus efficace », écrit-elle aujourd’hui —, ce qui ne va pas sans souffrance.

Ce même été, sur une plage, quand elle entend ses compatriotes s’exprimer dans un français mutilé, elle pleure de nouveau. Elle saisit déjà, d’une certaine façon, ce qu’elle comprendra clairement plus tard, c’est-à-dire que « la pauvreté de notre langue était la conséquence de notre statut de colonisés », celui qui nous imposait et nous impose encore trop souvent de parler anglais pour obtenir un emploi décent. Ces pages sont justes et belles.

Comme bien des filles de cette époque, Ferretti devra quitter l’école à la fin de la première année du secondaire. Elle ne cessera toutefois jamais de s’instruire, de lire et de réfléchir. Adulte, elle obtiendra un bac en philosophie de l’UQAM.

Admirative des rebelles de notre histoire — la Corriveau, les patriotes et bien d’autres —, la jeune femme devient indépendantiste en 1956, en assistant à un cours de l’historien Maurice Séguin. Ce dernier lui fait comprendre les « impacts structurels pervers de la Conquête anglaise sur le développement économique, social et culturel du Québec, privé des pouvoirs d’un État national apte à lui assurer la maîtrise de son destin ».

En 1962, sa lecture de La fatigue culturelle du Canada français, le grand essai d’Hubert Aquin, lui confirme la justesse de son engagement. « Il est en effet épuisant de devoir toujours prouver la légitimité de son existence, de devoir toujours s’exporter hors de soi-même pour se faire reconnaître », explique-t-elle.

Fidèle à cette logique, Ferretti, qui assume sans honte le qualificatif de « pure et dure », refusera toujours les faux-fuyants. Pour elle, le projet de souveraineté-association est « un objectif déplorable » parce que « d’une revendication de liberté comme enjeu fondamental de l’entreprise d’émancipation, il passe à une revendication d’égalité ».

Là où l’indépendance affirme la pleine dignité du peuple québécois dans sa « singularité irréductible », la souveraineté-association se contente d’une demande de reconnaissance et d’égalité adressée à l’autre qui nous méprise et « traduit un profond sentiment d’infériorité et d’impuissance ». Aussi, « René Lévesque n’était pas indépendantiste », conclut Ferretti, qui se réjouit du fait que Pierre Karl Péladeau, lui, semble l’être.

Militante du RIN

En 1963, à 28 ans, la militante se joint au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN). Sans condamner les jeunes felquistes, elle ne croit pas à l’action violente, étant bien conscience du fait que, sur ce terrain, « c’est le Canada qui tient le gros bout du bâton ». Pour elle, l’indépendance n’adviendra « qu’au moment où la majorité du peuple aura été convaincue de son absolue nécessité, prête donc à la réaliser et à l’assumer ».

C’est aussi la raison pour laquelle elle entretient des doutes quant à l’efficacité de l’action électorale — elle s’opposera à la transformation en parti du RIN et à la fusion de ce dernier avec le Mouvement souveraineté-association de Lévesque — pour lui préférer une « action politique de sensibilisation et de mobilisation du peuple ». En octobre 1970, Ferretti, militante non violente, sera arrêtée et emprisonnée pendant 51 jours, avant d’être libérée sans accusation.

Profondément déçue par les résultats des référendums de 1980 et de 1995, Ferretti, qui rend ici hommage à ses compagnes et compagnons de route Gaston Miron, Hubert Aquin, Gérald Godin, Michel Chartrand, Hélène Pedneault, Pauline Marois, Djemila Benhabib et Robert Laplante, ne désarme pas.

Plus que jamais convaincue de l’urgence de faire « sortir le Québec de l’enfermement provincial pour le faire accéder au monde », de la nécessité de l’indépendance afin que le Québec devienne « le sujet responsable de son destin » en se libérant de la tutelle canadienne et en résistant contre une mondialisation marchande destructrice des États nationaux et des cultures spécifiques, Ferretti invite la jeunesse québécoise à saisir la chance unique qui lui est offerte de contribuer à la naissance d’un pays libre dans le monde au lieu de se contenter de vivre dans une province malmenée dans le Canada.

De tout son être, vibrant dans sa prose ardente, la pasionaria propose une admirable leçon de liberté.

L’auteure sera au Salon du livre de Montréal en séance de signatures le samedi 21 novembre.

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Mon désir de révolution

Andrée Ferretti, XYZ, Montréal, 2015, 148 pages

2 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 novembre 2015 14 h 01

    Comme elle a raison cette femme héroique

    de se demander:"pouquoi vivre dans cette province tant malmenée par le Canada".Cette ignorance de notre histoire,ce syndrome de notre faiblesse que les fédéralistes nous enfonce dans la gorge a tour-de bras en commencant par Couillard qui dit hair les souverainistes comme si l on etait des djihadistes. Comme Fournier qui non seulement ne défend pas notre langue mais l attaque hypocritement .Comme Trudeau pere et Jean Chretien et tant d autres compatriotes l ont fait avant eux.Vous remarquez que je n use pas d aucune epithete pour qualifier ces individus.Suite au texte d'hier de Josée Blanchette,je demandais simplement au Pere Noel de réveiller les Québécois endormis sciemment ou pas. J-P.Grisé

  • Lucien Cimon - Inscrit 22 novembre 2015 15 h 42

    Il suffit de quelque personnes comme elle, femmes et hommes, à sa gouverne, pour que tout un peuple se tienne debout.
    Merci, Madame Ferretti, de tout ce que vous avez fait; merci de continuer de nous inspirer.