Des Hospices hospitaliers en ces temps sombres

La cuvée Dames Hospitalières en Beaune 1er cru, au tout début des enchères
Photo: © BIVB Michel Joly La cuvée Dames Hospitalières en Beaune 1er cru, au tout début des enchères

Aux attentats parisiens des derniers jours venus assombrir la 155e Vente des vins des Hospices de Beaune, se sont opposés des prix de vente nettement à la hausse par rapport à l’édition 2014, avec 37,82 % pour les blancs et 39,05 % pour les rouges, et une moyenne de 18 880 euros (+37,3 %) par pièce (228 litres).

Une philanthrope française s’appropriait pour sa part la Pièce des Présidents pour la bagatelle somme de 480 000 euros, soit, si le calcul est bon, 1578 euros le flacon (plus de 2000 beaux dollars de chez nous).

Geste charitable qui, en ces temps de barbarie, permet, en plus des autres 575 pièces vendues, de poursuivre l’oeuvre caritative des Hospices dont les sommes atteignaient cette année plus de 11 millions d'euros.

Le top ten (on est en France) confirmait une fois de plus que la marché asiatique accapare toujours près de 50 % des ventes avec, pour cette 155e édition, un amateur américain et cinq français, dont la maison Albert Bichot, qui repartait pour sa part avec quatre lots de derrière les fagots.

Fait à noter, le Clos de la Roche Grand Cru, Cuvée Cyrot-Chaudron, enregistrait pour sa part un record absolu avec 117 700 euros le lot. Encore des chiffres ? Ce serait déplacé, surtout en ces temps d’austérité !

Parlons plutôt du millésime, mais surtout de la dame qui vinifiait sa première récolte parmi les 60 hectares dont dispose les Hospices de Beaune.

Une femme aux commandes

Elle s’appelle Ludivine Griveau, elle a 37 ans, ne mâche pas ses mots et vinifie avec une lucidité, une pertinence, un éclat qui confèrent déjà une bonne dose de luminosité à ses vins, surtout en ce qui a trait aux 15 cuvées en blancs (117 pièces produites).

J’ai pu déguster la totalité des cuvées (48, dont 33 en rouge) et je dois confesser que, bien que peu expérimenté en matière de bourgognes primeurs, ses blancs offraient déjà une « photo » particulièrement aboutie du millésime 2015, parmi les meilleurs, avec le 2005, des dernières décennies.

Aux conversations qui roulaient bon train parmi les collègues, la dame est évidemment attendue avec une brique et un fanal. Normal, le machisme existe encore bel et bien au pays de Molière et de Depardieu !

J’ai préféré lui dire que ses rouges offraient d’étonnantes vivacités (dégustés avant la transformation malolactique et élevage, bien sûr), avec des tonalités fruitées nettes et un sens des climats déjà bien perceptible.

Tanins mûrs et textures confirmaient pour leur part ce millésime 2015 précoce (le 27 août à Pouilly-Fuissé) et un hiver « express », avec de faibles sorties de fruit, plutôt sec dans l’ensemble, mais arrosé ponctuellement par quelques pluies salvatrices. Bref, pas de brique ni de fanal pour moi, mais un verre sans fond et un tire-bouchon folichon à l’horizon !


Dans le rouge
 

Pour ma part, en rouge, magnifiques Volnay 1er cru Santenots (Jéhan de Massol et Gauvin), riches et sèveux Pommard (Suzanne Chaudron) et 1er cru Les Epenots (Dom Goblet) ; Corton amples et profonds (Charlotte Dumay, Docteur Peste et Clos du Roi de la Baronne du Baÿ), sans compter la haute teneur minérale du Mazis-Chambertin (Madeleine Colignon), d’une longueur qu’un élevage soigné balisera ultérieurement avec bonheur.


Dans les blancs
 

Les blancs ? Un petit nouveau dans la famille hospitalière : ce don exceptionnel de 20 ares de 1er cru Côte de Léchet aux Hospices, par la maison Jean-Marc Brocard ici, vinifié par une Bourguignonne « du Sud » ; des meursault qui allient sève et consistance (Goureau, Jéhan Humblot et Baudot), ainsi que des Corton-Charlemagne (Roi Soleil et François de Salins) à élever le péché véniel au rang des beaux-arts.

J’espère seulement croiser ces cuvées dans 10, 15 ou 20 ans, histoire de me nourrir à la fois le corps et l’intelligence, tout en espérant que les hommes auront alors compris qu’ils ne peuvent vivre que d’amour et… de beaux vins.