Santé: La pratique quotidienne

Je ne le croyais pas, j'étais prête à partir en guerre : Subway qui annonce des wraps Atkins, avec le logo et tout. Je flairais l'arnaque. Erreur fatale.

Il a beau être mort et enterré, le génie du marketing survit à Robert Atkins. Vous savez, c'est lui qui vous autorise à manger du bacon pour maigrir mais qui coupe les hydrates de carbone et le sucre. L'une des sources d'inspiration de Montignac, en passant. Atkins était cardiologue, son approche nutritionnelle (ANA) l'a rendu multimillionnaire, son centre à New York est toujours aussi populaire, ses livres se vendent bien, merci, et voici qu'il s'associe à une chaîne de restauration rapide.

On ne compte plus le nombre de célébrités hollywoodiennes — dont Renée Zell machin, qui a grossi pour Bridget Jones et maigri avec Atkins — qui se réclament de ce qui n'est pas une diète mais bien un style de vie. Ce fut l'éclair de lucidité du bon docteur, et une façon pour lui de se faire des clients éternels (la clinique de New York suit 60 000 personnes !) : changez pour toujours vos habitudes alimentaires, vous perdrez du poids et resterez mince. Les études tombent les unes après les autres, la plupart pour lui donner raison.

Je vous parle de ça alors que je reviens d'une « cure » aux tisanes citron miel ou gingembre pour cause de mauvaise digestion ; j'ai rêvé de tous les wraps de la Terre les yeux ouverts quand je faisais de l'insomnie, et je vous laisse deviner mon humeur — quand la digestion va mal, n'est-ce pas, c'est encore pire que le SPM. Je vous entends me demander ce que je ne digérais pas de la vie, peut-être... Ben, c'est janvier, au cas où ça vous échapperait, vous qui ne souffrez de rien. Janvier l'arctique, janvier le gris, janvier les épidémies de rhume et de grippe...

En passant, vous avez vu le rapport préliminaire de Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis, la Mecque des maladies contagieuses, qui démontre que le vaccin de cette année n'a pas été efficace contre la souche Fujian ? Tout de même, bravo aux hôpitaux qui ont commencé à réagir en savonnant et en masquant les contagieux. Mieux vaut tard... Les cliniques sans rendez-vous suivront-elles le mouvement ?

N'empêche, que faites-vous dehors avec la grippe ? Tout sauf l'urgence, ne pensez-vous pas ? Vous faites de la fièvre ? Alitez-vous, buvez votre litre et demi. Vous avez mal partout ? Trouvez une âme charitable pour un petit massage. Mais restez chez vous ! Si vous êtes une personne âgée, c'est le temps de profiter du contrat que vous avez signé avec un médecin de famille : téléphonez à son bureau — qui sait, votre médecin fait peut-être des visites à domicile, et vous tombez justement sur la bonne journée ! Il faut savoir demander... même à son député : les visites à domicile, ce sont aussi des crédits.

Parce que, franchement, finir sur une civière dans un corridor éclairé au néon, pensez-y cinq minutes. Le bruit, alors que vous avez mal à la tête... Vous voulez dormir mais vous ne pouvez pas le faire alors que vous savez que le sommeil répare le corps. Il faut dormir, dormir, dormir... dans le calme et le noir, de préférence.

Personne ne me convaincra que les urgences sont l'endroit pour se faire soigner : mon beau-frère a fait une infection à déclaration obligatoire, on l'a envoyé à l'urgence pour une prise de sang et, après quatre heures d'attente, on lui a dit que ce serait encore long ; il est sorti sans demander son reste. La Santé publique, inquiète, lui a téléphoné — lui aussi, il était inquiet, figurez-vous. Ça prend combien de temps, une prise de sang, à votre avis ? Deux minutes et huit heures d'attente ? Aller à l'urgence pour une prise de sang, je vous demande un peu...

L'urgence, c'est tout et n'importe quoi, et accessoirement une urgence. Porte d'entrée mon oeil. Détournement de soins, gare de tri comme si nous étions des marchandises. Numérotées. Quand j'entends des médecins dire tranquillement qu'il y a trois fois plus de gens que de civières autorisées... et qu'il faut prendre son mal en patience... Cette culture de l'urgence, je ne l'écrirai jamais assez, n'a rien à voir avec des soins de santé. C'est malade !

Pendant que les politiciens font ronronner leur discours sur l'amélioration des soins hospitaliers, nous supportons l'insupportable avec fatalisme. S'il faut se réjouir que l'hygiène devienne un enjeu (!), le prochain dossier sera-t-il celui de la stérilisation des instruments ? À ce jour, en Ontario, neuf hôpitaux ont reconnu avoir mal fait leurs devoirs, avec des conséquences sur leurs patients. Parce qu'eux, ils ont l'obligation de faire une revue de leurs pratiques de stérilisation. Que trouverait-on si on exigeait la même chose ici ? (N'oublions pas le scandale du matériel à usage unique « recyclé ».)

En effet, contrôler les infections attrapées en allant se faire soigner est un défi de notre temps... Chaque année, près de 800 000 personnes contractent une infection à l'hôpital en France. Aux États-Unis, on estime à 32 000 morts la conséquence de ces maladies nosocomiales... Le dossier est lourd, même chez nous !

Foin de ces problèmes, enthousiasmons-nous un instant pour l'Institut de cardiologie : 50 bougies, célébrons. On ne le félicitera pas pour son site Internet mais pour tous ses succès. Et aussi, ce qui devrait intéresser tous les bons coeurs en santé, pour la prévention... qui passe par l'alimentation. Pendant qu'aux États-Unis le débat fait rage sur la reformulation de la pyramide alimentaire, attendrons-nous leur décision pour suivre le mouvement ? On aura à la base les fruits et les légumes, sait-on jamais !

Rester en santé est la meilleure façon de ne pas être malade, les bouddhistes disent que rien ne résiste à la pratique quotidienne : la maladie non plus.

- http://atkins.com/archive/2003/12/30-801662.html