Les chiqueux de guenille

Pour établir la valeur du travail d’un député, qui est sans équivalent dans la société, le comité présidé par l’ancienne juge à la Cour suprême Claire L’Heureux-Dubé avait utilisé les meilleures méthodes d’évaluation disponibles. Il avait cependant reconnu être incapable d’inclure dans ses calculs une conception du service public selon laquelle ceux qui l’assurent doivent nécessairement être moins payés, ni les préjugés à l’endroit de la classe politique en général.

Un autre facteur tout aussi difficile à quantifier est la mauvaise foi que manifeste l’opposition, peu importe le parti dont elle est issue, chaque fois qu’un gouvernement propose une hausse, réelle ou apparente, de la rémunération des élus. Cette fois-ci encore, le PQ semble bien déterminé à faire partie du problème plutôt que de la solution.

Il est bien évident qu’une hausse de salaire de 31 % apparaît totalement inacceptable quand on la compare à une augmentation de 3 % en cinq ans, c’est-à-dire un appauvrissement dans les faits, que le gouvernement offre aux employés du secteur public et qu’il leur imposera peut-être par une loi spéciale. S’il avait voulu braquer les syndicats pour justifier une telle loi, il n’aurait pas pu trouver mieux. Cela semble encore plus scandaleux quand on pense à la coupe de 50 % que le ministre prétendument responsable de la « solidarité sociale », Sam Hamad, projette d’infliger aux jeunes bénéficiaires de l’aide sociale, qui doivent déjà se débrouiller avec une allocation de 616 $ par mois.

Bernard Drainville, qui est responsable du dossier au PQ, sait très bien qu’en réalité, la rémunération des députés de l’Assemblée nationale n’augmentera pas, dans la mesure où ils paieront plus d’impôt et où, surtout, leur contribution à leur régime de retraite augmentera de façon substantielle. Au total, la réforme proposée se traduira par une économie annuelle de 400 000 $ pour les contribuables.

Qui plus est, la réforme n’entrerait en vigueur qu’après les élections d’octobre 2018, alors que l’équilibre budgétaire aura été atteint et que l’austérité devrait en principe être chose du passé. Cela devrait au moins répondre aux objections de François Legault.

 

Tout cela est trop compliqué à expliquer au bon peuple, fait valoir M. Drainville. Pour un communicateur de sa trempe, voilà un aveu d’impuissance étonnant. Les contribuables savent bien faire la différence entre le revenu brut et le revenu net, dont les montants apparaissent sur leur chèque de paie. Pour peu qu’on fasse un petit effort pour leur expliquer ce qu’il en est, ils comprendraient parfaitement.

Sauf que le leader parlementaire de l’opposition officielle n’est pas disposé à faire cet effort. Au contraire, il court les micros pour jeter de l’huile sur le feu de l’indignation. Pendant des années, le député de Marie-Victorin a plaidé en faveur d’une autre façon de faire de la politique, de manière à faire baisser le niveau de cynisme dans la population. La fausse indignation contribue autant à l’alimenter que les fausses promesses.

Bien sûr, les propositions salariales faites aux employés de l’État sont faméliques et les coupes projetées à l’aide sociale sont odieuses, mais cela ne justifie pas une telle démagogie. Peu importe la conjoncture, il y aura toujours des besoins plus urgents que ceux des élus. Si les députés bénéficiaient d’un quelconque enrichissement, il y aurait sans doute lieu de s’indigner. Prise dans sa totalité, la réforme proposée s’inscrit au contraire parfaitement dans le contexte budgétaire actuel.

Françoise David, qu’on ne peut certainement pas soupçonner de convoitise pécuniaire, a déclaré que toute hausse de la rémunération globale sera inacceptable, mais cela ne ferme pas la porte à un réaménagement. Si même Québec solidaire donnait son accord, il faudrait vraiment être un chiqueux de guenille pour s’opposer.

 

Il faut saluer la volte-face du leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, qui a finalement consenti à présenter des projets de loi distincts sur la rémunération des députés et les indemnités de départ en cours de mandat.

M. Fournier ne se faisait sûrement aucune illusion sur l’accueil que son vis-à-vis péquiste réserverait au volet rémunération, puisqu’il aurait eu la même réaction si les rôles avaient été inversés. Il n’aurait pas davantage pu résister à la tentation de déchirer sa chemise.

Il a néanmoins pris acte de l’écoeurement provoqué par la multiplication des départs de députés qui ont abandonné leur siège sans raison autre que la frustration ou une meilleure perspective de carrière tout en empochant une plantureuse indemnité. S’il avait tout inclus dans un seul projet de loi qu’il savait inacceptable à l’opposition, on l’aurait plutôt soupçonné de vouloir maintenir une pratique qui a surtout profité aux élus libéraux depuis la dernière élection générale. Pour une fois, applaudissons.

47 commentaires
  • Roland Dussault - Inscrit 14 novembre 2015 02 h 29

    CHACUN SON RÔLE

    Ce n'est pas à l'opposition de démonrer la pertinence des projets de Loi du Gouvernement et encore moins de devoir faire des pirouettes pour y arriver. Le temps n'est pas du tout propice à y voir une pertience d'action de ce type. On ne s'avantage pas ou on ne peut prétendre aller chercher des avantages financiers quand on les refuse aux citoyens qui eux aussi ont droit à des améliorations. Y'a pas de chiquage de guenilles là-dedans. Et la CAQ, elle? M. David! Ne seriez-vous pas le seul chiqueux de quenilles ici? Pour le moment, il y aurait lieu d'empêcher que se répète le cas Norbourg, avec de la cohérence.
    Roland Dussault

    • Cyr Guillaume - Inscrit 15 novembre 2015 04 h 50

      Et comment! Vous résumez ici si bien ma pensée M.Dussault! M.David fait encore fois preuve de son acharnement à blâmer le PQ, et à laisser bien paraitre les deux autres partis d'oppositions à savoir la CAQ et QS. C'est drôle, ces deux là ne sont jamais critiquer. Applaudir Jm Fournier? Mais sur quelle planète vit-il? Vénus où Mars?

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 novembre 2015 06 h 20

    À la pièce

    Les députés travaillent à la pièce. Plus certains font partie de comités, de commissions et autre éléments d'administration parlementaire, plus ils sont payé et c'est normal. Aujourd'hui, ils annoncent qu'ils veulent tous gagner le salaire de celui qui travaille le plus pour le travail de celui ou celle qui en fait le moins et ça... ce n'est pas normal.
    Qu'est-ce qui est compliqué à comprendre là-dedans ?

    J'ai travaillé à l'heure toute ma vie. Mon copain gagnait le même salaire à l'heure que moi. Si je ne faisais que 40 heures et que lui en faisais 60; son chèque de paye était plus gros que le mien. Qu'est-ce qui est compliqué à comprendre là-dedans ?

    Certains députés font beaucoup d’heures, d’autres en font moins. Et vous voulez leur donner tous le même salaire ? Là, je ne comprends plus. Vous croyez sincèrement que les députés en font «plus» parce qu’ils aiment ça ? Ils en font plus parce que c’est «payant». Ça… je le comprends.

    Comprenez une chose : Nous le peuple, malgré que vous vous amusez à mal expliquer : On «comprend». Les Fournier qui essaient de nous en passer une petite vite et les Drainville qui disent qu’on ne «comprendrait» pas, se trompent tous les deux.
    Salaire «égal» à travail «accompli»; à la pièce ou à l’heure. Le «salaire» devient un «dû» que lorsque le travail est «exécuté» ! Vous n’êtes pas payé pour ce que vous «êtes», vous l’êtes pour ce que vous «faites». Qu'est-ce qui est compliqué à comprendre là-dedans ? Vous, le comprenez-vous ?

    Ceux qui font partie de tous les comités, de toutes les commissions et autres, pour faire plus d’argent, le comprennent. Et ceux qui ne le font pas s’accommodent de ce qu’ils gagnent. Ça aussi je le «comprends». Le «temps supplémentaire» est une question de priorité personnelle. Donner le salaire «maximum» à celui qui le fait le «minimum», ça… je ne le comprends pas.

    Surprise… Nous «comprenons» et c’est «Non».

    Bonne journée.

    PL

    • Yves Corbeil - Inscrit 14 novembre 2015 13 h 32

      Vous avez raison et si c'est le genre de société qu'on veut bien qu'on instaure tout de suite le minimun de revenue garanti pour tous le monde. Comme ça il n'y aura pas de chicane tous le monde trouvera son due peut-importe sa contibution. Après, on chiquera tous la guenille ensemble parce qu'il y en aura une méchante gang qui restera assis sur son beigne en profitant de la contribution de ceux qui se donnent la peine de gagner leurs pitances. Ça se passe déjà comme ça mais au moins on ne l'encourage pas dans notre façon de gérer le tout actuellement.

      La méthode Hamad proposé, ne pourrait-elle pas être s'appliquer au parlement, un revenue à l'apport réel de chacun. Si c'est bon pour le peuple ça devrait être bon pour eux aussi. On serait gagnant gagnant.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 15 novembre 2015 04 h 27

      M.P.L., Votre commentaire m'a singulièrement plu. Quoique je vous trouve un peu brutal vis à vis M. David. J'espère qu'il est plus solide que moi, car je souhaite vigoureusement le voir poursuivre longtemps sa brillante et Selon moi, très appréciée carrière pour le Devoir, et votre ton est ma foi limite cinglant!..

      Vous imaginez-vous attifé d'un mandat tel le sien? A mon sens, il éclaire tjs justement le "bon peuple" sans les prendre pour des tarés, comme le font tristement bp de "grands" de ce monde... Moi j'aurais plus tendance à dire merci, mais c'est sans doute du a Jésus mon copain, ma branche de sapin.

      Mais après le pot, les fleurs, ce qui m'a tant plu, c'est l'effort vigoureux que l'on sent dans votre main lorsqu'il s'agit de faire reconnaître le jugement très sous-estimé du "bon peuple".

      Moi aussi en lisant, je me suis dit exactement la même chose, Tadoussac! C'est moi ça le "bon peuple" et j'ai absolument tout compris ce calcul justificatif sans avoir à me triturer le cerveau! Et j'ai en effet été un peu déçue que m. David parle d'aveu d'impuissance plutôt que de flagrant aveu de mépris du "bon peuple".

      Et oui, bien vu, même si je comprends, je trouve que même si on économiserait 400 000$, on économiserait bien plus si au lieu on faisait une baisse salariale pour les députés qui glandent à l'assemblée. la on parlerait de Grosses Économies sans ne frustrer personne, genre les centres pour malades mentaux menacés de fermeture alors que Barrette annonçait en grandes pompes a tout le Québec faire de nous sa priorité il y a quelques semaines. Bullshit! J'ai personnellement écrit à Phil a cet égard...

      Je devais aussi faire des heures de fou (70h/ sem) pour avoir un salaire intéressant me permettant de refoutre le camp de cette Patrie que j'horripile. Je sais ce que c'est "mériter sa paie", même si ça fait un bail tout ça!

      Merci de la part d'une autre qui ś'est sentie diminuée alors qu'on estropiait encore une fois le " bon peuple"...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 novembre 2015 05 h 23

      Merci de m'avoir lu.
      @M. Corbeil, vous croyez vraiment que changer le nom de «Bien-être social» pour «salaire minimum garanti» va changer quelque chose ? Que celui ou celle qui le reçoit va se sentir mieux dans sa peau parce que ça se nomme «salaire» ? C'est un point de vue et c'est surtout à l'autre bout du spectre de ce dont je parle qui est que nos députés seront les mieux payé au Canada, qu'ils fasse quelque chose ou pas pour «gagner» leur «salaire maximum garanti».

      @ Mme. Bouchard, oui, mon style d'écriture est plutôt direct. Vous devriez m'entendre parler... c'est pire ;) «Mériter sa paie»; je loue tous les jours que je l'ai fait maintenant que je suis à ma retraite et remercie tout ce qui existe de ne pas devoir y retourner. Ce fut très dur physiquement et mentalement de pousser mon «paresseux intérieur» pour qu'il bouge afin de faire bien vivre ma famille. C'est le plus dur combat que j'ai mené avec mon plus grand adversaire : «Moi-même».

      Bonne journée.

      PL

  • Normand Carrier - Inscrit 14 novembre 2015 06 h 37

    Le peuple est suffisamment enragé .....

    Avec cette austérité qui mène a ces coupures de toutes sortes pour les contribuables et cette apauvrissement pour les employées de l'état , le peuple est mécontent et cette augmentation pour les députés est inappropriée en ce moment même si elle s'appliquerait en 2018 ..... C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ... Assez c'est assez et il faudra voir plus tard ......

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 novembre 2015 12 h 07

      Évidemment, si on s'emploie à débiter au « peuple » des demi-vérités, on pourra espérer tirer projet de cette « rage ». La puante duplicité avec laquelle Drainville entretient la confusion montre à quel point sont chef a été bien avisé de le nommer leader.

      Cela n'intéresse apparemment personne, mais la proposition du comité consultatif, qui n'est qu'un réaménagement de la rémunération globale aura un coût net de 4%, sans prendre en compte les économies réalisées par le resserrement des modalités des allocations de transition.

      Au lieu de réclamer d'un ton vengeur que les élus s'appliquent à eux-mêmes des conditions inéquitables, on serait mieux avisé d'exiger qu'ils en aient autant au service de ses employés... à moins que ça non plus, ça n'intéresse personne, à part le petit profit démagogique qu'on peut en tirer de façon partisane.

    • Normand Carrier - Inscrit 14 novembre 2015 13 h 53

      Charge facile contre Bernard Draiville monsieur Desjardins ..... Avez-vous entendu Francois Legaul et madame David dire qu'ils étaient pour cette augmentation ? Mais non ils sont contre ......
      Pour prendre cela avec un peu de hauteur , il faut regarder la caricature de Garnotte qui résume bien la situation ..... Il est quant même surprenant que Michel David et Alain Dubuc soient sur la même longueur d'onde ..... Qu'esce qui se cache derrière cela ?

    • Patrick Boulanger - Abonné 14 novembre 2015 18 h 42

      @ M. Carrier

      M. Carrier, voici un article du Devoir datant du 25 septembre dernier qui souligne que QS est pour la hausse du salaire des députés: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/451037/le

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 novembre 2015 21 h 14

      Monsieur Carrier «Pour Mme David, le projet de loi 79, qui reprend les recommandations du rapport l’Heureux-Dubé, a l’immense avantage de rendre transparentes les conditions de rémunération des élu.es et de proposer plus d’équité.»

      Cela veut dire qu'elle est contre? Elle s'opposerait à la transparence et à l'équité, tout comme à toute augmentation de la rémunération globale. Dommage pour vous qu'elle dise le contraire de ce que vous prétendez ici.

      Quant monsieur Legault, il peut bien en penser ce qui lui plaira, quant à moi. De toute façon, cela ne change rien à l'inélégance de la rhétorique de Drainville. Par ailleurs, si on ne trouve pas mieux pour discréditer une position que d'y accrocher le nom d'Alain Dubuc...

    • Normand Carrier - Inscrit 15 novembre 2015 06 h 21

      Bon , ils sont contre avec des nuances , bravo mais ils sont aussi contre parce qu'ils ne peuvent faire autrement ayant écouté tout le mécontentement de leurs électeurs car cela n'a aucun bon sens de lancer ce pavé dans la mare actuellement , ne croyez-vous pas monsieur Desjardins ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 novembre 2015 12 h 01

      Une fois ces nuances faites, monsieur Carrier, je ne peux qu'être d'accord avec vous quant à l'opportunité de présenter ces deux projets de loi à ce moment précis. On se demande quelle mouche a piqué le ministre.

  • Denis Paquette - Abonné 14 novembre 2015 08 h 20

    Comment inverser le processus

    Quelle belle expresion que vous avez choisie, mon père l'utilisait souvent, sommes nous entrée dans une ère ou les volontés sont démesurées et le pouvoir quasi nul, ne dit- on pas que le pouvoir est de plus en plus ailleurs, mon opinion est que les chiqueux de guenilles seront de plus en plus nombreux, bonne semaine brave homme

  • Michel Bazinet - Inscrit 14 novembre 2015 08 h 45

    Cohérence

    Garnotte aurait eu avantage à lire votre excellent papier avant de publier sa caricature de ce matin; la rigueur intellectuelle et la vérité sont d'excellents remède au cynisme.

    • Yves Corbeil - Inscrit 14 novembre 2015 15 h 34

      Vous avez raison pour la rigueur libéral. Une truite dans la poêle vaut mieux que deux saumons dans l'océan... en attendant qu'ils reviennent pour la fraie en 2018.