Saveurs: La petite épicerie des «Ferrari»

Albert «Ferrari» Paquette et Linda «Ferrari» Cavallero, le coeur mais aussi la tête de Pâtes Sorelli.
Photo: Albert «Ferrari» Paquette et Linda «Ferrari» Cavallero, le coeur mais aussi la tête de Pâtes Sorelli.

À Sainte-Anne-de-Sorel, non loin du magnifique lac Saint-Pierre, Albert Paquette et Linda Cavallero tiennent un petit trésor d'épicerie qui porte le nom de Pâtes Sorelli. Affichant fièrement les couleurs vert et rouge, la boutique signale à l'extérieur sa joie d'être italienne. On y vient pour les pâtes fraîches, évidemment, mais aussi pour bien d'autres délices à l'italienne. Notre chroniqueur gourmand Philippe Mollé raconte la passion de ce couple pour l'Italie.

Pour promouvoir l'Italie du roi Enzo, la délégation commerciale italienne devrait engager Albert «Ferrari» Paquette et Linda «Ferrari» Cavallero. Cette Italie serait alors celle de la Formule 1, qui rassemble les foules et les passions, pas seulement dans la Petite Italie à Montréal mais aussi à Sainte-Anne-de-Sorel, non loin du magnifique lac Saint-Pierre.

Dans le fief de ce qui a longtemps été le centre industriel de la sidérurgie québécoise, Sorel essaie de sortir de sa torpeur et de se débarrasser de la réputation dépassée et mafieuse qui lui colle à la peau. Sur le boulevard Fiset, une toute petite épicerie verte et rouge signale à l'extérieur sa joie d'être italienne. Ici, on pense en italien et on essaie de rallier la population aux bienfaits de la pasta et de la saucisse forte à l'italienne.

Le choc des cultures

Albert Paquette, natif de Montréal, est issu d'une famille d'épiciers installée à Verdun. À l'emploi d'une boucherie de Montréal, il y apprend très jeune les rudiments du métier qu'il pratique encore aujourd'hui. Dans les années 60, il quitte Montréal pour s'installer à Tracy, en Montérégie. Il n'en repartira plus.

Employé dans une boucherie du coin, c'est là qu'il rencontre son futur beau-père, M. Cavallero, un Italien immigré qui, pour faire vivre sa famille, y fait des heures supplémentaires. De là, une solide amitié naîtra entre les deux hommes, une amitié qui mènera Albert jusque dans la famille italienne, où on ne badine pas avec la nourriture et encore moins avec la famille.

En fait, Albert s'intéresse davantage à la fille qu'à la réalisation des pâtes ou à l'histoire des Abruzzes, en Italie, terre d'origine du papa Cavallero. Les préliminaires étant plus longs à l'époque, il faudra quatre ans à Albert pour convoler en justes noces avec Linda Cavallero, la belle Italienne de Sorel, lieu de naissance de la maman.

Le grand voyage au pays des oliviers

C'est en 1978 que la famille Cavallero au grand complet décide de faire un voyage-souvenir qui, sept semaines durant, la mènera en France et en Italie. Un retour aux sources pour le papa de Linda, qui renoue avec ses Abruzzes natales. Là se produira, dans un petit magasin de la piazzetta du village, un événement qui bouleversera la famille Cavallero.

Semblant tout reconnaître autour de lui, Albert Paquette se rappelle soudainement être venu en ces lieux dans une autre vie. Curieusement, il se souvient alors y avoir été bourreau, un métier qu'il associe prestement au métier qu'il pratique aujourd'hui. Pour compliquer les choses, il se met à parler l'italien, lui qui ne l'a pourtant jamais appris.

Depuis ce jour, avec son épouse Linda, Albert voue un culte à tout ce qui touche l'Italie, de ses produits alimentaires aux rutilantes Ferrari rouges qui font étinceler la vie d'Albert. Linda, coiffeuse de son état, décide vers 1996 d'ouvrir sa petite épicerie, dont elle se dit présidente et propriétaire. À Sorel, il est difficile, avoue-t-elle, d'inculquer une vie à l'italienne. Elle se souvient encore, il n'y a pas si longtemps, avoir rencontré des clients qui imaginaient réchauffer les pâtes fraîches à la façon des nouilles japonaises, soit en versant de l'eau bouillante dessus. Pourtant, elle garde courage et continue à expliquer patiemment les bienfaits de l'huile d'olive et à initier des novices dont le goût est marqué par des habitudes difficiles à changer.

Le futur à l'italienne

Malgré la conjoncture économique difficile dans la région soreloise, Linda et Albert croient en leur région et n'hésitent pas à miser sur elle. Même si leurs deux enfants, maintenant adultes, n'assurent pas la relève, ils souhaitent encore agrandir leur commerce et continuer à promouvoir le reggiano, le jambon de Parme et le marsala al uovo qu'Albert verse généreusement sur son panettone.

L'Italie n'a-t-elle pas toujours contribué au rapprochement des peuples et des produits? Dans sa petite boucherie qu'il partage non loin de là avec le frère de Linda, on rêve à Venise, à la cacciatore et à la polenta. À travers la porte qui mène à la cuisine filtre un air d'opéra. C'est là que Linda fabrique ses pâtes maison, tout comme son père et sa grand-mère maternelle l'ont fait jadis. Sur le boulevard Fiset, à Sorel, une tour de Babel se tient droite et défend les couleurs italiennes. La petite épicerie des Ferrari est devenue grande et porte désormais le nom de Pâtes Sorelli. Comme quoi, à Sorel, il n'y a pas que les Hells Angels.

Pâtes Sorelli
271, boulevard Fiset
Sorel-Tracy
(450) 746-9941

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Biblioscopie

Le Grand Livre de la cuisine italienne
Marabout
2003, 247 pages

Un bel ouvrage qui présente tous les produits indispensables à la cuisine italienne. On y explique aussi les rudiments de la cuisson des pâtes, qui diffèrent selon que celles-ci sont sèches ou fraîches. De belles recettes, des classiques comme des nouveautés, bellement illustrées et qui enrichissent ce bien beau livre qui se termine sur de délicieuses recettes de biscotti et un glossaire de tous les produits utilisés.

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Gastroscopie

Un nouveau trois-étoiles en Angleterre

Heston Blumenthal est un ancien huissier qui a finalement bien tourné. Restaurateur autodidacte, il vient d'obtenir sa troisième étoile du Michelin à Bray-on-Thames, une petite ville de 8000 habitants à l'ouest de Londres, qui compte ainsi, avec Michel Roux, un autre restaurant étoilé.

Salon des vins et spiritueux 2004

C'est du 22 au 25 avril 2004 que se déroulera au Palais des congrès de Montréal le Salon des vins et spiritueux, qui rassemble 30 pays et pas moins de 2500 produits. Pour en savoir davantage sur les heures d'ouverture et les prix d'entrée: www.salondesvins.com.

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Suite et fin des meilleures boutiques et épiceries pour se procurer de bonnes huiles d'olive

Le Cartet
106, rue McGill
Montréal

Belle gamme d'huiles fines importées avec les plus grandes espagnoles, portugaises et bien sûr italiennes.

Marché Adonis
2001, rue Sauvé
Montréal

Une épicerie classique pour trouver le meilleur des produits grecs et libanais, sans parler des huiles tunisiennes. Un commerce incontournable pour ses olives.

Épicerie européenne
560, rue Saint-Jean
Québec

Dans cette belle maison, on importe certaines huiles d'Italie, comme la belle D.O.P. Santa Croce. Beau choix d'huiles fines, y compris celles de Provence.

Épicerie J. A. Moisan
699, rue Saint-Jean
Québec

Une autre très belle boutique de Québec, qui offre un grand choix d'huiles d'olive comme la Premium de Carm, la Moulin Saint-Michel ou encore les plus grandes huiles italiennes.

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La recette de la semaine

Osso buco aux petites olives noires

- 4 tranches de jarret de veau de 300 g chacune
- 1 gros oignon émincé
- 1 poireau émincé
- 6 anchois hachés
- 2 branches de céleri
- 4 gousses d'ail écrasées
- 1 carotte en petits dés
- 500 g de tomates en boîte
- 12 olives noires dénoyautées
- 125 ml de vin rouge
- 500 ml de bouillon de boeuf
- 1 bouquet garni
- 45 ml d'huile d'olive (30 ml pour le veau)
- 30 ml de beurre
- 30 ml de persil haché
- 15 ml de zeste d'orange
- 15 ml de zeste de citron
- Sel et poivre au goût
- Quantité nécessaire de farine

Salez et poivrez les morceaux de jarret, puis enfarinez-les. Faites chauffer l'huile d'olive, faites-y revenir les légumes deux minutes, puis réservez-les dans un plat qui va au four.

Dans la même casserole, ajoutez le beurre et le restant d'huile et faites revenir les morceaux de jarret pendant deux à trois minutes de chaque côté.

Disposez les jarrets sur les légumes, déglacez la casserole au vin rouge et versez le tout sur la viande. Complétez avec la tomate grossièrement écrasée, le bouquet garni et l'ail, puis assaisonnez de nouveau. Versez le bouillon et laissez cuire au four à couvert pendant une heure et demie à 350 °F.

Mélangez le persil, les olives hachées, les zestes de citron et d'orange, puis versez le mélange sur la viande.

Faites cuire encore dix minutes à 300 °F avant de servir avec la sauce.