Au diapason

Tout nouveau gouvernement qui représente une rupture avec le régime précédent veut agir vite pour marquer sa différence. Justin Trudeau ne fait pas exception. Dix jours seulement après l’assermentation de son cabinet, il a quelques réalisations à son actif. Le questionnaire long du recensement a été rétabli. Les scientifiques fédéraux ont retrouvé leur liberté de parole et les diplomates, leur liberté d’action.

En vérité, le gouvernement n’avait pas le choix d’agir vite dans ces dossiers. Le recensement aura lieu en 2016 et attendre de lâcher la bride sur les chercheurs et les diplomates aurait exigé de maintenir une muselière qu’il avait promis d’enlever.

Ces décisions n’étaient pas difficiles à prendre non plus et avaient l’avantage d’illustrer rapidement l’engagement libéral en faveur de l’ouverture, de la liberté d’expression, du respect de l’expertise des fonctionnaires et de décisions fondées sur les faits et la science.

 

Ces signaux, auxquels s’ajoutent des gestes en faveur d’une plus grande coopération avec les provinces, ne sont pas anodins car ils aident les libéraux à mettre en oeuvre des promesses nettement plus complexes à réaliser, comme celles touchant les réfugiés syriens et les changements climatiques.

Prenant au sérieux ce message, les fonctionnaires ont répondu à l’appel et mis les bouchées doubles. Heureusement pour le nouveau gouvernement, car sans eux, son objectif d’accueillir 25 000 réfugiés syriens avant le 1er janvier 2016 serait demeuré un mirage. Peu de gens d’ailleurs croyaient ou croient encore qu’il est possible d’y arriver. Mais grâce à la fonction publique qui s’est mise à pied d’oeuvre, il y a de bonnes chances que les libéraux remportent leur pari.

Dans le dossier des changements climatiques, la conférence de Paris à la fin novembre impose un échéancier trop serré aux libéraux pour qu’ils s’y présentent avec un plan bien ficelé puisqu’ils veulent le concevoir avec les provinces. Le premier ministre Trudeau ne pourra, par conséquent, proposer de nouvelles cibles de réduction des gaz à effet de serre à Paris. Il sera pris avec celles du gouvernement Harper, soit une réduction d’ici 2030 de 30 % des émissions par rapport au niveau de 2005.

Mais le gouvernement veut convaincre le reste de la planète que le Canada dont tous se méfiaient il y a peu veut maintenant agir. Pour le démontrer, la nouvelle ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a participé à la réunion préparatoire, quelques jours à peine après son assermentation, avec l’aide encore des fonctionnaires, et M. Trudeau sera au sommet pour le lancement des travaux, en compagnie de la plupart de ses homologues provinciaux.

Ils se seront rencontrés au préalable, le 23 novembre, mais une si courte rencontre ne peut suffire pour démêler l’écheveau d’intérêts politiques, régionaux, économiques et environnementaux. Au-delà de déclarations d’intention générales, ce sera surtout leur présence à Paris qui servira à convaincre le reste du monde du changement d’orientation du Canada. (Leur coopération sera toutefois mise à l’épreuve dans les semaines suivantes, M. Trudeau ayant promis, dans les 90 jours suivant le sommet, d’accoucher avec elles d’un plan et de cibles faisant consensus.)

 

Dans ce dossier comme dans celui des réfugiés, le gouvernement fédéral ne peut y arriver seul, M. Trudeau et ses ministres le reconnaissent volontiers. Tout au long de la campagne électoral, le chef libéral a d’ailleurs martelé que son but était de rassembler les Canadiens, dont les provinces, derrière des causes communes.

Là où Stephen Harper aimait tout contrôler et décider, Justin Trudeau préfère miser sur la concertation, le dialogue et la transparence. Il en a même fait l’ordre de marche de ses ministres.

Dans un geste jamais vu de mémoire récente, il a rendu publiques vendredi les lettres adressées à ses ministres et dans lesquelles il leur présente le mandat qu’il leur confie. À tous, il répète qu’il a promis un « vent de changement » à Ottawa et qu’il compte sur eux pour établir de meilleures relations avec les provinces, les municipalités, les groupes sociaux, les autochtones, les médias et les citoyens.

« Si nous voulons que les Canadiens et les Canadiennes aient confiance en leur gouvernement, nous avons besoin d’un gouvernement qui fait confiance aux Canadiens. Si nous faisons des erreurs, nous devons les reconnaître sur-le-champ. Les Canadiens et les Canadiennes n’exigent pas de nous que nous soyons parfaits, mais ils s’attendent à ce que nous soyons honnêtes, ouverts et sincères dans nos efforts pour servir l’intérêt public », écrit-il.

Cette approche peut faciliter l’acceptation, à terme, de choix difficiles, mais bien sûr, cela ne met pas le gouvernement à l’abri du mécontentement. Il devra toujours répondre des résultats obtenus et des décisions ne relevant que de lui, que ce soit en matière de politique étrangère, de justice ou de développement économique.

Toutefois, plus de transparence ne peut qu’aider à mieux en juger et ce sont les citoyens qui, si M. Trudeau et son équipe sont fidèles à leur parole, pourraient en sortir gagnants.



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