Des hommes rouspètent

La parité hommes-femmes formant le nouveau gouvernement Trudeau leur est restée en travers de la gorge. Quinze hommes, quinze femmes… Ils ont exprimé leur déception en invoquant le fait que les femmes qui se sont vu attribuer le titre de ministre ne sont pas de vraies ministres, mais des apprenties ministres, et qu’elles n’ont pas la compétence pour occuper les postes qu’elles vont occuper. Elles seraient donc en apprentissage et rien ne garantit leur capacité de tenir leur rôle.

Je les ai tous lus. Tous les commentaires, les uns après les autres. Et j’avoue que j’ai éclaté de rire. Qui oserait sérieusement penser que la « parité » signifie un nombre égal d’hommes et de femmes hautement qualifiés pour les tâches qu’on va leur confier ?

Ne me demandez pas à moi, qui les ai quand même pas mal fréquentés et connus dans leur quotidien, de croire que tous les hommes politiques ont été des cerveaux extraordinaires, des lumières pour leur époque. J’ai vu défiler Maurice Duplessis à Trois-Rivières, où j’ai habité, et à Rouyn-Noranda quelques années plus tard, et permettez-moi de dire qu’il était assez « ordinaire ». Son équipe de ministres était plutôt à son image.

L’époque Lesage a été plus jouissive. Il y avait dans cette équipe des hommes remarquables, comme Paul Gérin-Lajoie, René Lévesque et quelques autres qui ont aidé à la transformation du Québec, plus une femme, une seule, Claire Kirkland. Personne n’avait jamais entendu parler de la parité, j’imagine.

Les hommes élus à travers le temps n’ont pas toujours été des 120 watts. Certains, d’ailleurs, paraissaient être toujours en veilleuse. On nommait certains d’entre eux ministres parce que politiquement il fallait soigner particulièrement une région ou qu’on estimait avoir des dettes envers ceux qui les avaient fait élire. Les jeux politiques sont étranges parfois, et souvent difficiles à comprendre.

Je n’oserais même pas vous dire que ceux avec qui j’ai partagé le pouvoir sous René Lévesque étaient tous brillants et super intelligents. Ce serait faux. Certains étaient doués, préparés depuis des années pour cette tâche, Parizeau étant sans doute le meilleur exemple, avec quelques autres. Mais il y avait aussi quelques « derniers de classe » à qui il fallait expliquer plus longtemps. Nous avons survécu quand même.

Je refuse de croire que le sexe a à voir avec la compétence, comme certains commentateurs ont voulu le laisser entendre. J’ai connu en politique des hommes parfaitement incompétents. Sauf que, pour les hommes, l’incompétence n’est jamais invoquée comme raison de perdre son poste. Un homme ne peut pas être incompétent. C’est la règle, et comme ce sont les hommes qui fixent les règles, il n’y a aucune raison qu’ils s’en plaignent.

Les femmes réclament l’égalité comme citoyennes à part entière. Il y a 75 ans, grâce au courage et à la patience d’un petit groupe de femmes du Québec, nous avons obtenu un droit essentiel : le droit de voter et le droit d’être candidate. Nous avons mis le temps qu’il fallait pour y arriver, mais nous sommes prêtes, maintenant.

Nous ne deviendrons pas des hommes politiques, ce n’est pas notre objectif. Mais nous apporterons à la politique ce qui lui manque le plus, des idées nouvelles, un sens de la justice pour tous et un désir profond de rééquilibrer le monde qui court à sa perte si nous ne préparons pas l’avenir. Nous aussi, on a un plan.

La parité proposée par Trudeau n’est pas la parité. Il devrait y avoir quinze femmes et quinze hommes égaux, avec des responsabilités équivalentes. Il n’aura tenu son engagement qu’en partie et a choisi de camoufler le tout en ne disant pas toute la vérité. Les femmes sont déçues. Mais elles ne renoncent pas.

L’égalité hommes-femmes est plus facile à vivre chez les jeunes. Des couples que je connais en font une condition de leur vivre ensemble. Certains découvrent le bonheur de cette union des forces où chacun donne le maximum de ses compétences sans représenter un danger pour l’un ou l’autre. Il est fini le temps où une femme ne devait jamais faire d’ombre à son compagnon pour le laisser triompher en tout temps. Les femmes ont appris à dire qu’elles sont capables elles aussi.

Elles poussent leurs études aussi loin que possible. Elles veulent apporter leurs préoccupations jusqu’au sommet des décisions et elles veulent prendre part à la suite des choses. Elles y ont droit. Quand je suis entrée à l’Assemblée nationale en 1976, il y avait 110 députés élus : 105 hommes et 5 femmes tous partis confondus. J’ai éclaté de rire en m’imaginant la réaction des hommes le jour où il y aurait 105 femmes et 5 hommes… Les femmes travaillent à changer cette situation complètement ridicule. Elles sont prêtes et beaucoup sont parfaitement qualifiées. Enfin !

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