La nouvelle ère

La première réaction de Pierre Karl Péladeau à la composition du cabinet de Justin Trudeau a dû laisser les députés péquistes passablement perplexes. « Ce n’est pas de mes affaires », a-t-il déclaré.

Certes, il ne lui appartenait pas de choisir les membres du nouveau gouvernement du Canada, mais il était pour le moins étonnant d’apprendre que le chef du PQ, qui entend démontrer que les intérêts du Québec sont mal servis dans la fédération, n’avait aucune opinion sur le sujet.

C’est plutôt François Legault qui a souligné ce qui crevait pourtant les yeux : aucun des six élus québécois invités à faire partie du Conseil des ministres ne s’est vu confier un ministère clé dans le développement économique. La réponse qui sera donnée à la demande d’aide financière de Bombardier donnera un sérieux indice sur le degré d’influence dont jouira le Québec en cette matière.

M. Péladeau s’est vite rendu compte qu’il lui fallait dire quelque chose. Il a donc noté que les nouveaux ministres n’avaient pas beaucoup d’expérience. Cela n’est cependant pas le présage d’un échec. D’ailleurs, avec les Ralph Goodale, Stéphane Dion, Scott Brison, John McCallum, Lawrence MacAuley, il y a beaucoup plus d’anciens ministres que dans les cabinets formés par Jean Lesage en 1960 et par René Lévesque en 1976, qui sont considérés comme les plus dynamiques de l’histoire du Québec.

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, s’est réjoui de voir M. Trudeau démontrer l’importance qu’il accorde à une collaboration plus étroite entre Ottawa et les provinces en se réservant le domaine des relations fédérales-provinciales, que Stephen Harper avait limitées à un strict minimum.

Les souverainistes auraient aussi intérêt à en prendre note. Certes, M. Trudeau n’a aucune intention de rouvrir la Constitution pour conférer un statut particulier au Québec ou lui accorder de nouveaux pouvoirs, mais bien des Québécois seraient déjà très heureux d’une simple reprise du dialogue.

Sans compter la bouffée de fraîcheur qu’apporte le nouveau premier ministre. Lors de la course à la direction du PQ, ceux qui appuyaient Alexandre Cloutier voyaient d’abord en lui un représentant de la jeune génération, qui saurait présenter le projet souverainiste d’une manière qui rejoindrait les jeunes. À Québec, les libéraux le craignaient bien plus que M. Péladeau. Dans le passage du relais, le camp fédéraliste vient de prendre une longueur d’avance avec Justin Trudeau.

S’imaginer qu’il pourra servir d’épouvantail simplement parce qu’il porte le nom de son père serait une grave erreur. Alors qu’il donne l’impression de faire entrer le Canada dans une nouvelle ère, qui se caractériserait notamment par la protection de l’environnement, la générosité internationale, le respect des autochtones et l’égalité des sexes, le discours de M. Péladeau, qui peine à s’articuler, n’a rien d’inspirant. Même ses députés ont du mal à cacher leur déception, et la multiplication des départs dans son entourage n’améliore pas les choses.

Bien sûr, l’engouement créé par l’arrivée de M. Trudeau tient aussi à un remarquable marketing. Un jeune leader que la planète entière trouve « cool », qui décrispe le protocole et entend imposer la conciliation travail-famille même au plus haut niveau de l’État : après la grande noirceur du régime Harper, comment ne pas tomber sous le charme ?

Cette euphorie sera forcément éphémère. La réalité, avec le lot de problèmes qui l’accompagne, finira par reprendre ses droits. Le Québec est mieux représenté dans le gouvernement fédéral, mais cela ne l’empêchera pas de continuer à perdre du poids démographique, donc politique, au sein de la fédération, dont les grandes orientations seront toujours définies en fonction des intérêts d’une majorité autre.

Même si le climat est actuellement à la détente, il ne faut jurer de rien. Qui sait, le mouvement souverainiste réussira peut-être à mettre fin à ses divisions et à profiter d’une conjoncture redevenue favorable ? Si jamais la tenue d’un référendum revient à l’ordre du jour, les souverainistes risquent de retrouver sur leur chemin un vieil ennemi qui ne demandera sans doute pas mieux que d’en découdre à nouveau.

Tout le monde attendait Stéphane Dion à l’Environnement, où il aurait certainement bien fait, mais les Affaires étrangères reflètent sans doute mieux le respect dû à un ancien chef, qui sera tout aussi apte à redorer l’image du Canada dans le monde. Les dossiers sont nombreux, mais M. Dion est un homme particulièrement studieux.

Un jour ou l’autre, les souverainistes devront reprendre le bâton du pèlerin pour tenter de convaincre la communauté internationale que la question québécoise demeure d’actualité. Pour le moment, M. Dion a bien d’autres chats à fouetter, mais qui de plus qualifié que le père de la loi sur la clarté pour contrecarrer leurs projets ?

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28 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 7 novembre 2015 01 h 26

    Nous verrons bien

    Personne n'est garant de l'avenir. La réaction de M.Péladeau, était peut-être la mauvaise selon vous, moi je la trouve juste en tout points. Les canadiens feront bien ce qu'ils veulent de leur pays, cocentrons nous sur notre économie, et sur le projet d'indépendance. Croyez moi, PKP est très loin d'être fini. Diantre, ça ne fait même pas un an qu'il est chef, donnez lui une chance!

  • Michel Lebel - Abonné 7 novembre 2015 02 h 08

    Bonne nomination

    Bonne nomination de Stéphane Dion aux Affaires étrangères. Mais le Canada ne pourra avoir dans ce domaine que le poids de ses moyens, peu importe le titulaire du poste. Et Stéphane Dion n'est pas un Vaclav Havel ou un Mandela! Mais il fera bien, j'en suis sûr. Pour le reste, on verra avec le temps!


    Michel Lebel

    • Réal Ouellet - Inscrit 7 novembre 2015 13 h 32

      Vous avez raison, Dion n'est ni Vaclav Havel ni Mandéla, il est le père d'une loi antidémocratique...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 novembre 2015 04 h 51

    L’image du Canada

    «Ce n’est pas de mes affaires» dixit PKP.
    Selon son point de vue, c'est tout à fait exact. Et aucune des raisons pour l'être que vous alignez ne change rien à sa vision des choses. Toutes les raisons que vous répertoriez sont des raisons de «Province» et PKP ne veut pas et n’a jamais voulu diriger une «Province», il veut faire un Pays; c’était pourtant très clair. Je ne crois pas qu’il ait changé d’idée. Alors… qu’est-ce que ça change que le «pays voisin» se choisisse un chef autre que celui qu’il avait la veille ? Autant avoir une opinion sur le prochain président américain; ça ne change absolument rien.

    Le seul hic que j’ai entendu est quand il a dit que les nouveaux sont inexpérimentés; il n’y a pas si longtemps, c’était lui qui était inexpérimenté. Celle-là était un peu facile.

    Au moins M. David, vous n’êtes pas tombé dans la trappe que les Québécois ont choisis le fédéralisme en votant Trudeau. Tant que nous y serons, nous remplirons notre droit de voter au fédéral. Le jour où nous serons un Pays, nous sauverons un voyage aux urnes et les élections fédérales, nous les regarderons par curiosité à la télé comme les élections américaines, ou même celles de la France. Malheureusement, les Canadiens devront se choisir des chefs qui viennent d’ailleurs qu’au Québec.

    Et le jour, où nous n’aurons plus à regarder notre représentant mondial faire allégeance (par trois fois) à une Reine, me démontrera enfin que je suis «citoyen» au lieu de «sujet», ça… ça fera pas de tort.

    Et, en plus, « les grandes orientations seront toujours définies en fonction des intérêts d’une majorité autre» n’existera plus. Et «Les affaires étrangères» seront dirigées «ici», car nous ne serons plus une «Province».

    Un «citoyen» du Canada, ça n'existe pas ! Justin nous l'a «prouvé» et il parlait au nom de tous, comme chef de tous les «sujets».

    Pour être «citoyen», il faut vivre dans une République.
    À nous de choisir : «sujet» ou «citoyen».

    Bonne journée.

    • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 7 novembre 2015 12 h 23

      M. PL, comme toujours je trouve votre commentaire très pertinent.

      Mais vous avez oublié une catégorie importante de la société qui travaille fort dans l'ombre:

      A nous de choisir: " sujet", " citoyen" ou " marginal"...

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 8 novembre 2015 08 h 41

      M. Lefèbvre, vous me faites plaisir.

      Hier, lors d'une première lecture de cette chronique, je ressentais comme un malaise, comme un sentiment de déjà vu.

      Le nouveau gouvernement canadien vient à peine d'être édifié qu'il faudrait le critiquer à tour de bras et perpétuer cet affrontement futile, cette guerre de mots, ce chiaulage sempiternel entre les représentants du gouvernement fédéral canadien et ceux du gouvernement québécois.

      Je crois que c'est sur ses actions concrètes que les critiques à l'endroit de ce nouveau gouvernement fédéral viendront... éventuellement.

      Pour le moment, nous devrions nous concentrer sur les actions de notre gouvernement provincial qui fait présentement des ravages dans nos structures sociale, culturelle, économique et politique, ici, dans «la pretty belle province».

      Nous devrions travailler à l'unité des forces indépendantistes et à reprendre le pouvoir pour bâtir un pays ici pour nous et non contre les canadiens. Nous en avons le droit.

      La grande question est de savoir si c'est ce que voulons. Et, à l'heure où on se parle, la réponse à cette question n'est pas évidente. Elle ressemble plutôt, malheureusement, à de l'indifférence.

  • Normand Carrier - Inscrit 7 novembre 2015 06 h 56

    Six mois d'état de grace ....

    Tous nouveaux gouvernements quels qu'ils soient méritent cette tradition d'état de grâce pour lui permettrent de s'acclimater a ses nouvelles responsabilités ..... Les critiques fuseront assez vite après cette évaluation car inévitablement certains se signaleront par des gaffes et des faiblesses et d'autres seront d'agréables surprises ....

    Il est cependant prévisible que l'élection d'un gouvernement centralisateur et multiculturel comme celui de Justin Trudeau et celui du très canadien et fédéraliste Philippe Couillard donnera d'excellentes munitions au camp souverainiste car les nationalistes Québécois seront laissés en plan .... Le bilinguisme y sera favorisé au détriment de la langue , de la culture et de l'identitaire ..... Il ne sera plus question de l'état du Québec mais d'une simple province comme les autres ..... Plusieurs fédéralistes vont s'ennuyer de Bourassa et Ryan lors de cette nouvelle ère ......

  • Jean Lapointe - Abonné 7 novembre 2015 07 h 34

    Pour moi M.Péladeau démontre qu'il a de la suite dans les idées.

    «La première réaction de Pierre Karl Péladeau à la composition du cabinet de Justin Trudeau a dû laisser les députés péquistes passablement perplexes. «Ce n’est pas de mes affaires», a-t-il déclaré.»

    Pierre Karl Péladeau avait bien raison de dire que ce n'était pas de ses affaires la composition du cabinet de Justin Trudeau.

    C'est qu'il a de la suite dans les idées monsieur Péladeau. Quand on trouve que le gouvernement fédéral est de trop pour les Québécois et qu' il vise à faire en sorte qu' il n'y ait plus qu' un seul gouvernement soit celui du Québec, on se contente de faire des observations sur ce gouvernement comme s'il était un gouvernement étranger.Et c'est qu'a fait monsieur Péladeau.

    Monsieur Péladeau se comporte en souverainiste en permanence et je trouve qu'il a bien raison d'adopter une telle attitude.Il est illogique que d' être souverainiste un jour et se comporter comme si on acceptait la fédération canadienne le lendemain. Tous les Québécois et toutes les Québécoises qui ont opté pour la souveraineté devraient suivre son exemple.

    Quand on considère que la souveraineté du Québec exige son indépendance,on ne fait pas un choix comme les autres.Ce choix exige un engagement de toute la personne étant donné qu'il implique qu'on se considère comme Québécois seuelment et non pas comme Canadien.

    Et quand on se considère comme Québécois seulement,on se doit de se comporter comme tel et interpréter les évènements en tant que tel plutôt que de se comporter en Québécois à certaines heures et comme un Canadien à d'autres moments.

    Si le Canada actuel était un véritable pays multinational comme il aurait pu l'être ce serait différent mais ce n'est évidemment pas le cas depuis l'adoption de la nouvelle constitution de 1982, constitution, faut-il le rappeler,qui n'a pas été entérinée par le gouvernement du Québec et qui nous est par conséquent imposée sans notre assentiment.

    Mais cela n'empêchera pas M.Péladeau de réagir quand il le faudra.