Du froid sur le réchauffement

On se réjouit déjà d’anticiper une Conférence des Nations unies sur les changements climatiques de Paris s’acheminant vers un engagement solidaire des 195 pays présents tellement l’urgence de la situation l’impose. Mais pour admettre de façon plus réaliste que la COP21 sera l’occasion de reconnaître collectivement que nous sommes confinés à une adaptation accélérée.
 

Le gouvernement Trudeau vient de sortir le Canada de son déni environnemental vieux de dix ans. En nommant une avocate internationale à la tête d’un ministère de l’Environnement complété du titre de Changement climatique, l’engagement d’Ottawa prend ses distances de la symbolique. En constituant un comité sur « l’environnement, le changement climatique et l’énergie » comprenant de fortes pointures, les libéraux prennent la direction opposée d’un gouvernement précédent sous domination climatosceptique. Surtout, le discours du nouveau premier ministre évoque un certain réalisme. « Le Canada assumera ses responsabilités pour faire face aux impacts du changement climatique […] aux impacts sur l’environnement que l’on voit dans le monde », disait-il. De toute évidence, même une stabilisation apparaît impossible.

Il y a deux semaines, lors d’un grand rassemblement de dirigeants d’entreprises entourant le président américain Barack Obama, le géant des biotechnologies Monsanto avait également évoqué ce froid réalisme. Le spécialiste des OGM affirmait reconnaître la nécessité de s’adapter au changement climatique, situant la COP21 comme une étape importante en ce sens. Les observateurs voyaient derrière cette mobilisation une conversion réelle mais lente de ces mêmes entreprises qui, rappelait-on, ont convaincu l’administration américaine de surseoir à son projet de quotas d’émissions de carbone à l’européenne, et ce, pas plus tard qu’il y a cinq ans.

Pas lent et objectif ambitieux

Le pas est lent vers un objectif ambitieux et une cible soumise à un doute grandissant. On n’y croit plus. Les engagements actuels en matière de réduction des gaz à effet de serre sont insuffisants pour contenir la hausse de la température mondiale aux 2 °C déterminés comme devant permettre d’éviter le point de basculement. Le Climate Action Tracker parle d’une trajectoire de 2,9 à 3,1 °C d’ici 2100. Pour sa part, Climate Challenge rappelle que le seuil critique de concentration de CO2 dans l’atmosphère est dépassé depuis 1988. Que nous sommes aujourd’hui à 87 % du niveau de concentration risquant de provoquer ce que les spécialistes appellent une rétroaction positive. Que les engagements actuels portent sur des pics d’émission s’étendant entre 2020 et 2030, repoussant la neutralité carbone à 2100.

Et ces experts ne manquent pas de souligner que l’actuelle hausse de 0,8 °C de la température moyenne depuis l’ère préindustrielle n’est pas sans déjà produire une fonte accélérée des glaciers et une acidification des océans.

Réunis à Bonn à la fin d’octobre, les négociateurs des 195 pays ont arraché un texte de négociations de 55 pages qualifié d’imparfait et de plutôt illisible. Lundi, France et Chine appelaient de tous leurs voeux la signature d’un accord ambitieux et juridiquement contraignant. Mais le pays le plus pollueur de la planète se faisait, du même coup, reprocher par le deuxième pays le plus pollueur, les États-Unis, son manque de transparence. La Chine venait de publier des statistiques indiquant que le pays avait « massivement sous-évalué » sa consommation de charbon pendant plus d’une décennie.

Peu avant la rencontre de Bonn, le quotidien Le Monde nous apprenait que la rapporteuse spéciale des Nations unies pour le droit à l’alimentation s’alarmait des impacts négatifs sur la sécurité alimentaire découlant des politiques mises en place pour lutter contre le changement climatique. La cible d’éradication de la faim dans le monde d’ici à 2030 est compromise par l’impact du réchauffement sur la production agricole, certes, mais surtout par une insuffisance de pouvoir d’achat causant un problème persistant d’accès à la nourriture pour les plus pauvres et des communautés locales. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques n’y consacre qu’un petit article et ne parle que de production, non de sécurité alimentaire, dénonçait la rapporteuse.

Et les entreprises sont encore nombreuses à croire que tout cela, « c’est pour les écolos », déplorait M. Obama.

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10 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 5 novembre 2015 08 h 32

    Enfin un peu de réalisme !

    Le projet même de de contrôle climatique a à peu près autant de chance de réusite que si l'on projetait de ralentir la vitesse de rotation de la terre pour avoir des journées plus longues....

    Une fois admis que les activités humaine ont une importante empreinte dans l'équilibre climatique le mieux que l'on puisse faire c'est de modifier nos comportements, et.... entretenir l'espoir, et s'adapter ! Rien de plus.

    Et parmis les problèmes qui pointent il y a en tête le fait que le confort de nos sociétés s'est construit pas à pas spécifiquement sur le dévelopement de nos capacités à maîtriser l'énergie. Et il nous en faut beaucoup, beaucoup, beaucoup de cette énergie.

    Une mesure de cette quantité d'énergie est présentée dans le lien suivant, en particulier au premier tableau. Et selon l'auteur la proportion entre ce qu'un homme peut physiquement fournir d'énergie dans un année et ce qui se consomme en moyenne par habitant dans le monde est de 1 pour 200.

    Ajoutez a cela la grand ''volontarisme'' qui caratérise les humains quand il est question de remettre en question, ne serait-ce q'un tout petit-petit peu son confort comme on peut le constater avec les négo du gouvernement avec ses employés..., et l'on au autre très importante raison de modérer les attentes !

    • Raymond Labelle - Abonné 5 novembre 2015 11 h 39

      Un point qui peut peut-être aider. La pollution atmosphérique, en Chine, est devenue un problème important de santé publique pour la population chinoise. La Chine commence donc à avoir intérêt à s'occuper du problème.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 5 novembre 2015 18 h 10

      Wouin, il manque comme un lien ici !
      Premier tableau dans l'article je disais, il démontre que quelques 20 fois plus d'énergie nous est requise qu'il y a 150 ans.

      http://www.manicore.com/documentation/energie.html


      En effet m. Labelle, la Chine a ''le nez dedans'', comme on dit. Assez pour que le problème n'ai rien d'hypothétique, ce qui motive fortement a passer à l'action. Ce qu'elle fait d'ailleurs.

      Reste que de forcer à des actions déplaisantes et d'obliger à une perte de niveau de vie pour une solution qui serait perceptible que plusieurs générations plus tard, et pour un problème peu ou pas perceptible (sauf comme pour des cas comme la Chine), a bien peu de chance d'être politiquement praticable.

  • Denis Paquette - Abonné 5 novembre 2015 09 h 12

    Une horreur indicible

    Il est évident que ca va prendre plus que des septiques pour minimalement protéger le monde des cataclismes appréhendés, vous réalisez le travail de persuasivation que ca va prendre pour convaincre certaines multanationales ayant l'habitude de n'en faire qu'a leur tete, de changer leurs habitudes, ces compagnies ayant des moeurs du début du monde, il ne faut pas faire beaucoup d'histoire, pour comprendre que ce ne sera pas facile, si vous ne me croyez pas aller sur Utube visionner la conquête espagnole et qui était derriere cette horreur épouvantable, dont nous avons hérités plusieurs aspects, ils ont detruits en quelques années plusieurs civilisations ayant plusieurs millénaires d'existence

    • Jean-Yves Arès - Abonné 5 novembre 2015 18 h 13

      Toujours la faute de quelqu'un d'autre m. Paquette, jamais de soi ?

  • Benoit Thibault - Abonné 5 novembre 2015 09 h 24

    Quel intérêt de sursoir Keystone XL ?

    Je me demandais quel seraient les avantages pour transcanada de sursoir pour l'instant à Keystone Xl ? J'imagine l'impact extrèmement négatif qu'aurait un autre rejet du projet par le Président Obama. Quelle mauvaise publicité pour l'autre projet... celui d'énergie Est.

    Cette décision de Transcanada m'apparait d'avantage de nature stratégique, faire profil bas à ce moment ci est dans doute préférable. Petit train va loin (ref les relevé près de St-Augustin) et pendant ce temps on garde la population endormie.

    Cette population endormie est le terreau nécessaire pour que certains politiciens, pas à pas, face avancer le projet.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 novembre 2015 21 h 10

      Stratégie quant à Keystone: attendre et espérer l'élection d'un président républicain peut-être?

  • René Pigeon - Abonné 5 novembre 2015 11 h 29

    La faim et les gaz à effet de serre, l’offre et la demande

    Les deux reportages ci-bas traitent de sujets distincts – la faim et les gaz à effet de serre – mais ils ont un principe et un message en commun. Tous deux se terminent en disant aux citoyens et aux décideurs qu’ils concentrent trop de leur attention et de leurs revendications – sur la production des aliments (l’augmenter) et sur la production des carburants fossiles (la réduire, et de même pour le béton) – alors que nous devrions porter plus d’attention aux facteurs qui touchent la demande de ces produits chez les consommateurs, nos achats des produits visés – c.-à-d. le manque de revenus chez les gens pauvres qui cause la faim et la décision d’acheter ou non un produit (un carburant fossile et le béton) qui engendre des émissions polluantes. Dans le cas des béton et carburants, il faut admettre que l’origine de ces produits n’est pas déclarée comme la loi l’exige pour les ingrédients composants les aliments et cosmétiques sur l’étiquette des produits vendus en magasin. « Sur le même sujet » :
    PERSPECTIVES Du froid sur le réchauffement 5 novembre 2015 | Gérard Bérubé ;
    COP21 - Les experts demeurent sceptiques - 5 novembre | Christian Rioux.

  • Daniel Bérubé - Abonné 5 novembre 2015 12 h 29

    Tant qu'il y aura compétition,

    entre les pays, et ce au niveau commercial, il sera difficile d'en venir a une diminution sérieuse des GES, car quel pays ne sera pas prêt à diminuer "un tant soit peu" ses intentions vertes si c'est ce qui le placera avant ou après un autre pays compétitif ? Comme le sont actuellement les paradis fiscaux, où l'on voit des quantité gigantesque d'argent échapper aux gouvernements, mais qu'aucun n'est prêt à les combattre, sachant que quantité de pays continueront à l'offrir afin d'attirer toute forme de développement et d'investissement étrangers...

    Tant et aussi longtemps qu'une compétition presque sauvage existera entre pays, il sera difficile d'y voir ressortir des accords internationaux sérieux et efficaces. Les vrais changements se feront voir quand les pays cesseront de travailler les uns contre les autres, pour travailler les uns AVEC les autres de façon sérieuse et sincère vers un même but et objectif collectif.