La suite des choses

Stéphane Dion ne cessera jamais d’étonner. Connaissez-vous quelqu’un d’autre que l’échec de l’accord du lac Meech a converti non pas à la souveraineté, mais au fédéralisme ? Voilà maintenant qu’il suggère à Pierre Karl Péladeau d’engager des fonds publics pour faire la promotion de l’indépendance. Encore un peu et il lui recommandera de s’inspirer du programme des commandites !

Le hic est que M. Dion propose aussi de remettre la tenue d’un référendum à un deuxième mandat. Autrement dit, il reprend intégralement le scénario que Bernard Drainville a dû abandonner en catastrophe au beau milieu de la course à la direction du PQ, après avoir constaté son effet démobilisateur sur les militants.

À l’opposé, Lisette Lapointe voudrait revenir à l’élection référendaire, dont le PQ avait rejeté le principe au congrès de 1974, mais en haussant la barre afin d’éliminer le déficit démocratique qu’elle risquerait d’entraîner. Il ne suffirait plus de faire élire une majorité de députés souverainistes pour déclarer l’indépendance. Il faudrait aussi que les partis souverainistes obtiennent la majorité des voix.

Cela suppose évidemment qu’ils réussissent à conclure une forme d’alliance, ce qui est loin d’être fait, comme en témoigne le refus de Françoise David de participer au lancement de la mise en vente de reproductions des affiches du OUI de 1995.

Un tel scénario permettrait peut-être de limiter les intrusions illégales venues de l’extérieur dans la campagne, comme cela s’est produit en 1995, mais il deviendrait beaucoup plus difficile de la faire porter au moins en partie sur le bilan du gouvernement Couillard. Plus que jamais, les libéraux feraient de la souveraineté l’unique enjeu.

Autre inconvénient : faute d’avoir obtenu le mandat pour déclarer l’indépendance, un gouvernement souverainiste élu avec moins de 50 % des voix pourrait-il légitimement se consacrer à en poursuivre la promotion ? Il serait paradoxal qu’après avoir fait campagne presque exclusivement sur la souveraineté, on doive se contenter d’offrir un « bon gouvernement » provincial.

 

M. Péladeau a indiqué à plusieurs reprises qu’il privilégie la tenue d’un référendum en bonne et due forme et qu’il dira clairement avant l’élection d’octobre 2018 si un gouvernement qu’il dirigerait en tiendra un ou non durant un premier mandat.

Le chef du PQ n’a cependant aucun intérêt à annoncer ses couleurs prématurément. Déjà, le premier ministre Couillard ne manque aucune occasion de présenter la souveraineté comme l’Apocalypse. Il ne serait que trop heureux de lancer la campagne référendaire dès maintenant.

Personne ne peut soupçonner M. Péladeau de tiédeur souverainiste. Le poing qu’il a brandi au début de la campagne de 2014 a peut-être nui au PQ, mais il n’a laissé aucun doute sur ses intentions. Le flou devra plus tard être dissipé, mais on le laissera choisir son heure, sans le harceler comme on l’a fait jadis avec Lucien Bouchard, à qui on n’a jamais cessé de reprocher ses « conditions gagnantes ».

 

En matière de la clarté, c’est moins la loi de Stéphane Dion que le référendum écossais qui a établi la nouvelle norme. La question posée dans le récent sondage CROP ne laisse place à aucune ambiguïté : « Voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant ? » La réponse est tout aussi limpide : le non l’emporte par le score de 64 à 36.

La clarté de la question a cependant l’avantage de rendre l’argumentaire plus simple. En 1995, il était très difficile d’expliquer en quoi consisterait cet État hybride, dont Jacques Parizeau ne voulait manifestement pas plus que le Canada anglais, et qui aurait censément été souverain tout en continuant à envoyer des députés à Ottawa.

L’entente tripartite à laquelle la question référendaire faisait référence énumérait une foule de domaines dans lesquels le Québec et le Canada pourraient agir de concert « en fonction de la dynamique des institutions communes et du rythme de leurs aspirations » : commerce international, représentation internationale, transport, institutions financières, défense, politiques fiscales et budgétaires, environnement, postes… et « toutes autres matières que les parties considéreraient d’un intérêt commun ». Pas facile d’expliquer les avantages de la souveraineté quand on prétendait vouloir tout faire ensemble.

On semble tenir pour vérité d’Évangile que les jeunes ont définitivement tourné le dos à la souveraineté. Il est vrai que le NON atteint un sommet de 70 % chez les 18-34, selon CROP. Ils sont cependant de loin les plus nombreux (66 %) à se dire « avant tout Québécois ». Ils sont également légèrement plus nombreux (49 %) à être d’avis que « le Québec a la capacité de devenir un pays indépendant ».

Malgré la morosité ambiante, il y a là des indices encourageants pour la suite des choses. Encore faut-il trouver le ton approprié et reconnaître que la société québécoise n’est plus celle d’il y a 20 ans, encore moins celle des patriotes.

15 commentaires
  • Roland Dussault - Inscrit 31 octobre 2015 02 h 27

    LE TEMPS DES PARTENARIATS EST BIEN RÉSOLU

    Politiques bien entendus. Nous en avions psychologiquement besoin vu notre conditionnement à la peur sur lequel d'ailleurs Philippe Couillard essaie de tabler comme l'ont fait tous les chefs libéraux honteusement depuis 1966. Celui de l'ALENA nous est suffisamment profitable. Mais par contre celui du Canada du Pacifique promet trop de nous faire mal.
    Et nous n'avons plus besoin d'évoquer un partenariat rassurant pour sortir de notre dépendance.Toute les dépendances nuisent. Il faut le constater.
    Ce qui nous reste à trouver, c'est comment, tout en restant exemplairement démocratiques, empêcher une minorité de nous imposer une dictature de groupe par habitude.
    Roland Dussault

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 31 octobre 2015 05 h 43

    20 ans

    «La société québécoise n’est plus celle d’il y a 20 ans»
    Mais nous ne sommes pas encore disparus, nous ne sommes même pas encore entrés en CHSLD. Nous sommes ce qui est nommé affectueusement, les vieux qui votent encore pour la souveraineté. Les jeunes qui ont voté en 95 et les vieux qui la supportent encore sont «les mêmes personnes». Et oui, beaucoup d'entre nous ont voté Justin cette fois-ci, parce que nous cherchons toujours une «solution». Nous ne prenons rien pour acquis. Tout reste à faire encore. Rien n'est écrit dans le béton.

    Ces «jeunes» qui s'imaginent que le changement c'est un nouveau modèle de téléphone, n'ont pas connu le temps où il n'y avait même pas de télé. Certains de mes oncles et certaines de mes tantes, qui ont votés pour Duplessis, sont encore alentours. Ça a été très vite; 20 ans...c'est rien. Je trouve ça très drôle quand j'entends «dans le passé»; ce «passé» c'est «ma vie» et elle n'est pas ni finie, ni «passé date». Je paye encore des impôts.

    Le plus drôle, c'est quand on «m'explique» comment «ça fonctionne» ou comment ça «devrait fonctionner» par des gens qui n’étaient même pas au monde quand j’ai commencé à voter, ça c'est hilarant.

    Bourassa ??? J'ai entendu «en direct» les discours de Jean Lesage et son «Maitrrre chez-nous» ! Et mes tantes qui me répètent encore qu'elle le trouvait «ben beau».
    Évidemment, elles commencent à radoter un peu, le «nouveau» ne les impressionne pas beaucoup. Mais... elles «votent» encore en se posant la question «Y'é t'y bleu ou si y'é rouge ?» Elles ? Elles ont connu le temps où il n'y avait même pas d'autos.

    Changé vous dites... ché pas !?! Mais entre il y a 20 ans et les Patriotes, y a nous qui avons rêvé le Québec indépendant et l'avons porté au bord de la réalité. Si les choses se passent bien, nous y serons pour apposer notre X encore une fois. Ne nous discartez pas trop vite, la valeur sûre pour un Québec indépendant, c'est encore nous.

    Bonne journée.

    PL

  • Roger Blais - Abonné 31 octobre 2015 05 h 54

    La morosité ambiante

    Je suis d'accord avec votre évaluation de l'ambiance mais j'apprécie plus particulièrement les indices encourageants que vous dégagez du dernier crop relativement aux jeunes. C'est là le vrai défi des souverainistes, car sans les jeunes point de salut.

    Roger Blais

  • Normand Carrier - Inscrit 31 octobre 2015 07 h 26

    Les jeunes n'ont pas connu le référendum ....

    Dans notre circonscription de Montarville , la candidate du Bloc avait 23 ans et son exécutif était composé d'une majorité de jeunes de 17 a 32 ans .... C'est peu dire ce que plusieurs jeunes s'impliquent en politique et sont souverainistes .... Mais il faut réactualiser la souveraineté et l'adapter au futur enjeux socio-économiques du 21 ième siècle .... Ces jeunes sont intelligents et pleins de ressources et ne demandent pas mieux que de participer aux enjeux politiques mais il s'agit de leurs en parler ....Ils sont avant tout Québécois a 66% et ne peuvent souscrirent a une souveraineté qu'ils n'ont pas entendus parler comme nous qui avons connu les consultations de 1980 et 1995 ....

  • Charles Talon - Abonné 31 octobre 2015 08 h 36

    La suite

    Avec Péladeau, ça passe ou ça casse... Sa position est, on ne peut plus, claire. Le goût de l'indépendance va revenir à plusieurs, s'ils en entendent parler par des personnes crédibles... M. Péladeau est très crédible... Son équipe aussi. Peut-être pourra-t-il convaincre le milieu des affaires si frileux.
    L'autre tâche, unifier les forces du oui... Mme David qui se prétend indépendantiste a beaucoup d'autres priorités... Et gruge 5 à 10% de votes dont nous aurions cruellement besoin... Peut-être une portion de ses membres sont -ils moins obtus? Espérons-le...
    Pour ce qui est des ethnies, il faut comprendre ces gens qui nous arrivent la plupart du temps de pays où il ne fait toujours si bon vivre... Alors, le besoin de changement, une fois installés et en sécurité, ils ne l'éprouvent vraiment pas.... Ça peut se comprendre...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 31 octobre 2015 09 h 52

      Vote ethnique.

      Il serait surprenant que les «ethnies» aient retiré leur vote au dernier référendum à cause de la phrase de Monsieur, vu que quand les boites de scrutin étaient ouvertes, il ne l'avait pas encore dit. Y a comme un mélange et un flou entretenu. C’est comme si les calendriers et les montres n’existaient plus.

      PL

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 novembre 2015 12 h 07

      M. Talon, pourquoi dites-vous que Mme David est " obtue "?