Entrepreneurs demandés

Contrairement à ce qu’on entend souvent dire, les Québécois n’ont pas moins la fibre entrepreneuriale que les autres. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas faire plus et mieux, et ce, pour toutes les sortes d’entrepreneurs.
 

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) nous est arrivée cette semaine avec un autre classement où l’Alberta arrive en tête et le Québec finit bon dernier. Il faudra se pencher un jour sur tous ces classements dont est friande une certaine communauté d’affaires et où les Québécois semblent condamnés d’avance à toujours passer pour les cancres de la classe.

On classait cette fois-ci les villes canadiennes en fonction des conditions de naissance et de développement des PME. On y comparait 14 indicateurs mesurant notamment le nombre d’entreprises présentes sur le territoire, la perception des chefs d’entreprise de leurs perspectives de croissance ainsi que le poids de la taxation et de la réglementation. Huit des neuf premières places sont revenues à des villes albertaines. Il fallait descendre au 17e rang pour en trouver une première du Québec (Rivière-du-Loup), et au 31e pour trouver la deuxième (Drummondville). Bien entourée d’autres villes québécoises, Québec n’arrivait qu’à la 114e place, ce qui était quand même mieux que Montréal avec son 121e et dernier rang.

Les raisons de cette contre-performance québécoise semblent entre autres liées à l’amélioration de la situation dans les autres provinces, mais aussi à un fardeau fiscal et bureaucratique plus grand.

Ce mauvais bulletin arrivait une semaine après le lancement d’une énième campagne visant à encourager les jeunes à embrasser le métier d’entrepreneur en cette veille de départ à la retraite massif de toute une génération de baby-boomers à la tête d’entreprises. Quelque 100 000 entreprises devront changer de main au cours des dix prochaines années au Québec, avaient alors rappelé les initiateurs de la campagne de sensibilisation, soit la Caisse de dépôt et placement, le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale. Or moins de 19 % de la population québécoise dit avoir l’intention de se lancer en affaires contre 27 % dans le reste du Canada.

Quelques précisions

Disons d’abord que, selon les propres chiffres de la Caisse de dépôt, le taux d’intention entrepreneuriale est en hausse au Québec, que sa moyenne est de 20 %, mais qu’elle est plus élevée dans les grandes villes — en raison notamment de la plus grande présence d’immigrants — et qu’elle approche les 37 % chez les 18-34 ans.

Ajoutons que, selon la plus récente enquête du Global Entrepreneurship Monitor (GEM) — la référence en la matière sur le plan international —, et à l’exception du Qatar, de Trinité-et-Tobago, de Taïwan et de Porto Rico, le Québec affichait en 2014 un taux d’intention entrepreneuriale supérieur à toutes les économies développées, y compris le Canada et les États-Unis.

Le Québec se révélait aussi l’un des endroits qui valorisent le plus l’entrepreneuriat comme choix de carrière et ne présentait pas une peur de l’échec plus grande qu’ailleurs.

Selon les enquêtes de la Caisse de dépôt, ce serait le manque d’argent qui serait le principal obstacle au lancement dans la carrière d’entrepreneur et l’instabilité économique qui serait le premier frein au développement des entreprises.

Selon le GEM, le principal problème des Québécois serait qu’à peine le tiers (35 %) estiment avoir la compétence nécessaire pour se lancer en affaires, ce qui est en deçà de la moyenne des pays riches et plus loin encore que le reste des Canadiens (53 %), qui comptent parmi les meilleurs en la matière.

LES métiers d’entrepreneur

La question de l’aide aux PME a été l’un des rares enjeux à faire consensus durant la campagne électorale fédérale. Les libéraux de Justin Trudeau ont entre autres promis de réduire de 11 % à 9 % leur taux d’imposition et de diminuer la paperasserie.

Selon les experts du GEM, il faudrait surtout s’occuper de toute cette question de la promotion de la littératie financière, mais aussi de l’enseignement dans les écoles de compétences comme le sens de l’initiative, le leadership et la créativité.

On pourrait ajouter qu’il faut aussi élargir notre vision de l’entrepreneuriat. Le Québec est bien placé, avec son foisonnement de coopératives et autres entreprises de l’économie sociale, pour savoir qu’il n’y a pas que des entreprises privées traditionnelles qui demandent à être reprises ou créées.

On tend d’ailleurs de plus en plus à étendre le concept d’entrepreneur à tous ceux qui savent partir d’une bonne idée, d’une chance qui se présente à eux ou d’une contrainte pour mettre sur pied des solutions innovantes et les faire grandir.

On parle par exemple des « entrepreneurs sociaux » pour désigner ceux qui créent des organisations autosuffisantes et rentables, mais visant prioritairement à servir une bonne cause plutôt qu’à générer des profits.

On qualifie aussi « d’intrapreneurs » les gestionnaires ou les simples employés qui déploient les mêmes aptitudes qu’un chef d’entreprise, mais pour améliorer de l’intérieur de grandes organisations privées, publiques ou autres.

Le Québec est un terreau fertile pour les entrepreneurs. Il aurait tout intérêt à aider leur éclosion et leur croissance dans tous les domaines et sous toutes leurs formes.

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