Le commis voyageur

Comme dans bien d'autres domaines, le gouvernement Charest avait trébuché à ses premiers pas sur la scène internationale.

Lors de la conférence de l'Unesco sur la diversité culturelle, à Paris, en octobre dernier, la ministre de la Culture, Line Beauchamp, avait eu la naïveté de croire que Sheila Copps respecterait une entente intervenue entre Jean Chrétien et Jean Charest, qui lui aurait permis de placer quelques mots.

C'était mal connaître l'ancienne ministre du Patrimoine, qui a démontré au cours des derniers mois que rien ni personne ne pouvait lui dicter une ligne de conduite, son entêtement dût-il la conduire au suicide politique.

La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a tenté d'expliquer devant une opposition péquiste indignée que tout cela était une tempête dans une verre d'eau, dans la mesure où les positions canadienne et québécoise sur cette question concordaient parfaitement.

C'est là une bien curieuse attitude de la part d'une personne censée représenter le Québec sur la scène internationale. Peut-on imaginer un seul instant que le Canada renonce à exprimer sa position sur un sujet ou un autre dans une instance internationale, sous prétexte que la France ou l'Allemagne avait défendu la même?

Pourtant, le rapport Pelletier a réaffirmé sans équivoque l'adhésion du PLQ à la doctrine Gérin-Lajoie, fondée sur le prolongement international de ses compétences constitutionnelles.

On peut penser qu'elle reflète également les vues de M. Charest lui-même, qui avait étroitement associé les provinces au processus qui avait mené à la signature du traité de Rio. «Je retiens cette expérience parce qu'elle est significative pour l'avenir du fédéralisme», a-t-il écrivait dans son autobiographie.

Les relations internationales n'en constituent pas moins un champ de mines pour un gouvernement fédéraliste. Quoi qu'il fasse, on lui reprochera de s'écraser devant Ottawa ou, inversement, de faire le jeu des souverainistes.

Inévitablement, l'application de la doctrine Gérin-Lajoie suppose des frictions avec le gouvernement fédéral, qui ne l'a jamais acceptée réellement. Dès avril 1965, le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Paul Martin père, y avait réagi en déclarant que le Canada n'avait «qu'une personnalité internationale dans le concert des États souverains». C'est exactement ce que Sheila Copps avait voulu signifier à Paris.

Depuis le 14 avril dernier, on a multiplié les comparaisons entre Robert Bourassa, qui serait le digne héritier de la Révolution tranquille, et ce fils indigne qu'est Jean Charest, accusé de vouloir ruiner quarante ans d'efforts pour édifier un État québécois moderne et de brader une autonomie durement acquise.

Ceux qui portent aujourd'hui M. Bourassa aux nues oublient tout le mal qu'ils ont dit jadis du «Tricheur». Remarquez, après sa mort, les fédéralistes ont découvert avec la même admiration les grandes qualités de René Lévesque.

S'il y a un domaine où M. Charest peut le plus légitimement prétendre suivre la même politique que son prédécesseur, c'est probablement les relations internationales. Si le choix du messager a quelque signification, John Ciaccia n'était certainement pas plus flamboyant que Monique Gagnon-Tremblay, qui peut au moins faire valoir son titre de vice-première ministre.

On a surtout retenu des voyages de Robert Bourassa sa déclaration de Bonn concernant la création d'une «superstructure» à l'européenne ou encore sa fameuse «question de Bruxelles», destinées à brouiller les pistes dans le débat constitutionnel, mais il se montrait toujours très respectueux de la souveraineté canadienne.

Afin d'éviter tout imbroglio, il a pratiquement abandonné la pratique des visites annuelles entre premiers ministres français et québécois, poussant même le ménagement des susceptibilités fédérales jusqu'à refuser la légion d'honneur, de peur de mettre l'accord du lac Meech en péril. Après cela, on comprendra que Lucien Bouchard, devenu ambassadeur du Canada à Paris, n'ait eu aucune difficulté à marginaliser la Délégation générale du Québec.

***

M. Bourassa était beaucoup plus friand des petits voyages intimistes, à caractère essentiellement économique, où les risques de se retrouver malgré lui au milieu d'une guerre de drapeaux étaient virtuellement nuls. C'est lui qui, en 1987, a instauré la pratique du pèlerinage annuel au Forum économique de Davos, où il se transformait en une sorte de super commis voyageur chargé de vendre les mérites du Québec aux investisseurs.

Devenu à son tour un habitué de Davos, dont Lucien Bouchard n'était pas très friand, Bernard Landry y avait transporté le débat constitutionnel. En 1999, Jean Chrétien et lui avaient débattu par médias interposés des mérites d'une monnaie commune à l'ensemble de l'Amérique du Nord. L'année suivante, M. Landry s'en était pris au «fédéralisme mesquin» pratiqué par Ottawa. Heureusement, cette fâcheuse habitude a fini par lui passer.

Ce genre d'altercation ne risque évidemment pas de se produire entre Jean Charest et Paul Martin, qui se croiseront aussi à Davos, cette semaine. M. Charest se rend précisément en Europe pour expliquer que le Québec a désormais un gouvernement résolument fédéraliste et nettement moins interventionniste.

Les résultats du référendum de 1995 avaient placé le gouvernement péquiste dans une situation passablement inconfortable sur le plan international. Le rapprochement spectaculaire entre Jean Chrétien et Jacques Chirac a permis de mesurer le faible niveau de crédibilité dont le projet souverainiste jouit présentement auprès de ceux dont on attend le plus solide appui. Qu'on l'apprécie ou non, l'approche bourassienne de M. Charest est plus conforme au rapport de forces du Québec au sein de la fédération.

En matière de «réingénierie», on peut contester l'interprétation qu'il fait du mandat qu'il a reçu le 14 avril, mais en ce qui concerne les relations internationales, il n'avait rien promis de plus.

mdavid@ledevoir.com
3 commentaires
  • FARID KODSI - Inscrit 20 janvier 2004 23 h 29

    Journalisme partisan

    Votre manque de respect à l'endroit du premier ministre en le qualifiant de commis voyageur prouve une fois de plus vos tendances séparatistes, me permettant du même coup de vous qualifier de petit journaliste indépendantiste de la pire espèce qui, comme la majorité des souverainistes, se plaît à dénigrer ses adversaires politiques. Comment peut-on respecter un journaliste de si faible calibre!

  • FARID KODSI - Inscrit 21 janvier 2004 09 h 03

    Commis voyageur - une profession honorable

    J'ai bien des amis dans le métier et je les respecte tous. Ils font, à ce que je sache, un travail respectable, contrairement à certains journalistes qui sont à la solde d'un parti politique indépendantiste. Pourquoi faut-il toujours dénigrer les autres? Serait-ce, le virus souverainiste qui ronge le coeur de certains tenants de la séparation du Québec?

  • Marc-Andre Lavoie - Inscrit 6 février 2004 10 h 25

    Réponse à Farid Kodsi

    J'ai peine à croire que vous preniez sérieusement le temps d'écrire toutes ces répliques aussi fielleuses qu'insipides. Surtout, je me surprend ici à vous répondre.

    Vous dites : "Pourquoi faut-il toujours dénigrer les autres?"

    C'est à vous de vous poser cette question. Surtout lorsque vous qualifiez l'auteur de "petit journaliste indépendantiste de la pire espèce"... SANS avoir lu le texte !!

    Voyez-vous, les gens normaux réagissent APRÈS avoir lu le texte. Chose que je vous conseille de faire, car dans le cas présent, M. Kodsi, il apparait clair que vous avez lu le titre, sauté sur le bouton "Réagissez", et sous-entendu que le titre évoquait une insulte envers Jean Charest!!

    D'abord, M. David ne dénigre en aucun cas M. Charest, dans le texte. L'expression commis voyageur n'a rien de péjoratif. D'ailleurs, il ne compare même pas J. Charest à un commis voyageur, mais bien Robert Bourassa. Et c'est loin d'être irrespectueux. Mais tout ça, c'est peut-être trop d'informations pour vous, étant donné que ça dépasse le titre.

    "J'ai bien des amis dans le métier et je les respecte tous."

    Aaaah? En quelle année vivez-vous, au juste, pour avoir des amis dans le métier de commis voyageur ?