Les changements climatiques pour le jardinier amateur

Au Fruticetum du Jardin botanique, l’horticulteur Luc Thériault teste de nombreux arbres et arbustes de zones plus douces. Le Cytise «Burkwoodii», l’arbuste devant, est rustique dans la région de Boston.
Photo: Lise Gobeille Le Devoir Au Fruticetum du Jardin botanique, l’horticulteur Luc Thériault teste de nombreux arbres et arbustes de zones plus douces. Le Cytise «Burkwoodii», l’arbuste devant, est rustique dans la région de Boston.

Le livre Changements climatiques et biodiversité du Québec, de Dominique Berteaux et Sylvie de Blois, ébranle par les changements profonds de la biodiversité qui y sont anticipés. Néanmoins, pour les jardiniers, la transformation des zones de rusticité à venir fait miroiter des occasions, telles la culture de nouvelles espèces, une saison plus longue et davantage de diversité pour les jardiniers du Nord. Mais il y aura aussi des risques à ne pas négliger.

Un bref portrait des changements climatiques annoncés et de leurs impacts sur la biodiversité, inspiré de l’ouvrage.

Le Québec du XXIe siècle doit se préparer à un remaniement des calendriers climatiques saisonniers et à un déplacement nordique de centaines de kilomètres des isothermes. Le climat d’une région donnée se déplacera de 250 à 750 km vers le nord au cours du siècle. Ce qui occasionnera des pressions majeures sur de très nombreuses populations animales et végétales.

Toutefois, le Québec devrait présenter des conditions climatiques favorables à l’arrivée de nombreuses espèces qui pourraient induire une augmentation de la biodiversité. D’ailleurs, Dominique Berteaux a nommé ce phénomène le « paradoxe de la biodiversité nordique ». Ce gain anticipé cache tout de même de nombreuses pertes d’espèces probables aux niveaux local et régional.

Sylvie de Blois, elle, s’intéresse au rôle des jardiniers dans cette période de changements. Professeure au Département de sciences végétales et à l’École d’environnement de l’Université McGill, elle a codirigé et supervisé tout le volet « plantes » du projet « CC-Bio : Effets des changements climatiques sur la biodiversité du Québec », qui a donné naissance à ce livre. Nous lui avons posé quelques questions…

Quel est le rôle des jardiniers dans l’histoire des plantes au Québec ?

Les jardiniers sont des précurseurs, ils aiment expérimenter, recherchent les nouveautés. Par le passé, ils ont transporté ici de nombreuses plantes provenant de l’Europe. D’ailleurs, dans une étude récente de Claude Lavoie, Annie Saint-Louis, Geneviève Guay et Elisabeth Groeneveld, on note qu’environ 26 à 28 % de la flore du Québec est constituée de plantes exotiques. Parmi celles-ci, 39 % sont des plantes introduites à des fins ornementales et 18 %, à des fins utilitaires.

Ces introductions ont transformé le paysage et, sans vouloir diminuer leurs conséquences, seulement un petit nombre d’entre elles sont envahissantes. Le jardinier a eu une influence importante sur la flore. Que cette force soit positive ou négative, elle est présente et remonte aussi loin qu’au début de l’agriculture.

Dans le livre, une des figures illustre le déplacement prévu des climats dans le sud du Québec durant le XXIe siècle. Le climat de 1961-1990 à Montréal se retrouverait à Roberval, Mont-Laurier, La Tuque… soit dans une zone de rusticité de 4. Tandis que celui de Montréal deviendrait celui de 1961-1990 à Philadelphie, soit dans une zone de rusticité de 6. Pour les jardiniers, de tels changements font rêver, mais il y a aussi des risques qui y sont associés. Lesquels ?

Auparavant, les jardiniers ont assisté, sans en être nécessairement conscients, à la migration de nombreuses espèces, mais dorénavant, ils devront l’être, car leurs répercussions seront amplifiées dans un nouveau climat. En particulier, ils devront poser plus de questions à la jardinerie sur l’aspect envahissant d’une espèce et choisir de préférence des espèces du continent.

Le jardinier de l’avenir devra être plus informé, plus vigilant, et son rôle sera positif, pourvu qu’il soit conscient des conséquences possibles sur la biodiversité. Jusqu’à maintenant, notre climat nous a protégés d’espèces envahissantes ou nuisibles, mais dans le futur, il en sera probablement autrement.

Comment les jardiniers, en plantant des végétaux, participent-ils à l’atténuation des conséquences des changements climatiques ?

Les plantes ont un premier rôle, car elles sont des puits de carbone. Elles permettent, de plus, de limiter les impacts du réchauffement et de recréer des habitats favorables pour la migration. Donc, plantons, plantons !

Le projet ILEAU

 

Le projet ILEAU, pour Interventions locales en environnement et aménagement urbain, coordonné par le Conseil régional d’environnement, le CRE-Montréal, est majeur pour l’est de la ville. L’objectif est de créer une trame verte et bleue active reliant la rivière des Prairies et le fleuve Saint-Laurent. Les îlots de chaleur où les populations sont vulnérables ainsi que les nombreux secteurs commerciaux et industriels ont été ciblés.

Sa réalisation combine des interventions multiples et intégrées pour le verdissement des terrains et des bâtiments, ainsi que pour l’aménagement d’accès à certains espaces verts. Un des grands défis de cette trame, d’ailleurs, sera de créer des passages qui permettront de traverser des emprises telles les autoroutes 25 et 40, et une ligne d’Hydro-Québec.

« Le projet ILEAU s’inscrit dans une transformation nécessaire des villes pour en améliorer les impacts sur la santé des gens. Non seulement le verdissement permet-il de créer des gains de fraîcheur et d’améliorer la qualité de l’air pour les collectivités, notamment chez les populations les plus vulnérables, mais son impact sur la qualité de vie des résidants est également reconnu », dit Pierre Gosselin, médecin responsable du dossier des changements climatiques à l’Institut national de la santé publique du Québec.

Les forces de ce projet, souligne Emmanuel Rondia, du CRE, sont la collaboration étroite entre les partenaires locaux et régionaux réunis dans un comité, ainsi que l’apport de chercheurs et de professionnels au sein d’un comité d’experts. Plus d’un million de dollars seront investis dans ce projet, dont une partie provient du Fonds vert dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques du gouvernement du Québec.

Étaient sur place pour la présentation du projet : David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Réal Ménard ; responsable du développement durable, de l’environnement des grands parcs et des espaces verts au comité exécutif de la Ville de Montréal ; et trois élus des arrondissements concernés.

 

C’est ma dernière chronique de la saison. Bonne fin d’automne et bon hiver !

Dans la bibliothèque

Le spectacle de la nature la montagne
C. Pellisier, V. Aladjidi, E. Tchoukriel
Albin Michel Jeunesse
Paris, 2015, 48 pages

Ce livre est superbement imagé par des aquarelles naturalistes réalisées par Emmanuelle Tchoukriel, formée à l’illustration médicale et scientifique. Destiné aux tout-petits, il amène ceux-ci à observer et découvrir la vie dans la montagne à partir d’éléments isolés : le mélèze, la neige, l’edelweiss… pour ensuite élargir l’horizon dans une page d’imagier. Pour favoriser le jeu dans l’apprentissage, chaque sujet est accompagné d’un rabat qui présente une devinette.


Jardins de jardiniers. 1200 photos couleur
Éditions Phaidon
Londres, 2015, 480 pages

Un magnifique livre de table à café, Jardins de jardiniers est un ouvrage de référence réunissant des jardins exceptionnels du monde entier. Sélectionnés par des spécialistes reconnus, ils constituent une source d’inspiration fantastique et donnent envie de voyager. Au total, plus de 250 espaces réalisés par les plus grands horticulteurs, architectes paysagistes ou amateurs du XIVe siècle à nos jours y sont présentés, accompagnés d’un texte informatif succinct et de nombreuses photos.


Bosquet. No 03 – Sucre
Collectif, 56 pages, 
octobre 2015

Un précis de déambulations botaniques, Bosquet est un magazine déjanté qui aborde le monde des plantes sous différentes formes : la poésie, le dessin, la peinture, la photo artistique, les descriptions botaniques, l’écriture… Surprenant, parfois inégal, mais nul doute singulier.


Curieux de nature. Les fleurs sauvages
Mylène Arpin
Hurtubise, 2015, 164 pages

Pour les 8 à 10 ans, un roman amusant et instructif qui se lit avec beaucoup de plaisir. Pour initier sa petite fille Camille et ses amis à la faune et la flore, « grand-man » les emmène en excursion pour une nuit à la belle étoile en forêt. La sortie se transforme en occasion pour une chasse au trésor sur le thème des fleurs sauvages et pour quelques aventures palpitantes. Se trouve à la fin du livre un joli carnet d’observation des fleurs sauvages de grand-man.


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