Un entêtement louche

Alors que le gouvernement veut imposer un gel salarial de deux ans aux employés de l’État et leur accorder une augmentation d’à peine 1 % pour les trois années suivantes, le moment est évidemment très mal choisi pour proposer une hausse de la rémunération des membres de l’Assemblée nationale, même si elle devait être différée.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, se dit prêt à se passer du concours des partis d’opposition pour mettre en oeuvre la réforme globale proposée dans le rapport que le comité, présidé par l’ex-juge à la Cour suprême Claire L’Heureux-Dubé, a présenté en 2013. On verra bien.

Le mieux est l’ennemi du bien, dit le proverbe. C’est à se demander si le gouvernement ne cherche pas plutôt à faire échouer la réforme pour mieux blâmer l’opposition d’avoir empêché l’abolition des indemnités de départ versées aux députés qui abandonnent leur siège en cours de mandat, soit parce qu’ils sont frustrés de ne pas accéder au Conseil des ministres, soit parce qu’ils reçoivent une offre plus lucrative.

Il est frappant de constater que les quatre élus libéraux qui ont démissionné depuis l’élection du 7 avril ont touché une indemnité, quitte à la remettre à un organisme de charité, comme l’a fait Robert Dutil (Beauce-Sud), alors que les quatre députés d’opposition y ont renoncé, à l’exception de Marjolain Dufour (René-Lévesque), qui a dû partir pour des raisons de santé.

Déjà, quand le gouvernement Marois avait présenté un projet de loi visant spécifiquement à abolir ces indemnités, qui n’existent ni à la Chambre des communes ni en Colombie-Britannique, les libéraux s’y étaient opposés. Cela commence à devenir franchement suspect. Le gouvernement n’agirait pas autrement s’il voulait encourager ceux qui ne font pas partie de ses projets d’avenir à céder leur place, pour faciliter le recrutement de recrues plus prometteuses, comme Dominique Anglade, qui est manifestement destinée à accéder au cabinet dès qu’elle aura été élue dans Saint-Henri–Sainte-Anne.

 

Il est clair que la question des indemnités pourrait très bien faire l’objet d’un projet de loi spécifique sans nuire à l’économie générale de la réforme proposée par le comité L’Heureux-Dubé, qui prévoit essentiellement une hausse de la rémunération des députés en retour d’une plus forte contribution au financement de leur régime de retraite et de l’abaissement de la rente qu’ils en retireront, de manière à se rapprocher de ce que les grands régimes des secteurs public et parapublic offrent à leurs cotisants.

L’évaluation du travail du député, qui est sans équivalent dans la société, de même que la rémunération qui devrait y correspondre n’ont jamais fait consensus, sans doute aujourd’hui moins que jamais. Le comité a utilisé les meilleures méthodes d’évaluation disponibles pour formuler ses recommandations. De son propre aveu, il n’a cependant pas pu prendre en compte une conception du service public selon laquelle les serviteurs de l’État doivent nécessairement être moins payés, ni les préjugés à l’endroit de la classe politique. Ces facteurs ne sont tout simplement pas mesurables.

Malgré la hausse de salaire qui résultera de l’intégration de l’allocation de dépenses non imposable, le gouvernement soutient que la réforme se fera à coût nul pour le contribuable. Il lui appartient de convaincre la population de son bien-fondé, mais s’entêter dans le tout ou rien, comme il le fait actuellement, ne peut que paraître louche.

 

Où était Tom ? (suite)

Finalement, il semble que Tom Mulcair était bel et bien sur la place du Canada lors du grand love in tenu trois jours avant le référendum du 30 octobre 1995, alors que des dizaines de milliers de gens de partout au pays étaient venus témoigner leur attachement au Québec, sans que leurs frais de déplacement soient comptabilisés dans les dépenses du camp du Non.

Lors du débat télévisé entre les chefs de parti jeudi dernier, M. Mulcair avait contredit Gilles Duceppe, qui lui reprochait sa présence à un événement dont le financement contrevenait à la Loi sur la consultation populaire, qui impose un plafond aux dépenses des comités du Oui et du Non. Il avait soutenu être resté chez lui. Dans son autobiographie, le chef du NPD raconte être allé accueillir ses fils à la gare de banlieue, d’où leurs camarades de classe et leurs professeurs avaient convergé vers le centre-ville, sans toutefois préciser ce que lui-même avait fait par la suite.

Dans son livre intitulé Confessions post-référendaires, écrit en collaboration avec Jean Lapierre, Chantal Hébert rapporte pourtant que M. Mulcair participait à la manifestation, qu’il estime avoir aidé la cause fédéraliste. « Le Québécois moyen se disait : “Au moins, ils s’occupent de nous” », a-t-il expliqué. Soit, mais pourquoi a-t-il déclaré qu’il n’y était pas, lors du débat télévisé ?

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