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Vos placements: Pour réussir son autonomie financière

Bientôt, on va entrer dans la saison des REER et tous les ténors des institutions financières épaulés par les chroniqueurs financiers vont crier haut et fort qu'il n'y a point de salut à l'extérieur d'un REER. Bien sûr, pas un mot sur les désavantages.

Le seul avantage du REER est bien connu: l'argent qui y est placé n'est pas imposé tant qu'il demeure dans le REER. Mais les désavantages sont nombreux, surtout pour les contribuables qui ont pu amasser des sommes substantielles dans leur compte REER. L'épargne résultant de l'impôt différé est plus qu'annulée:

1- depuis des décennies, le contribuable est taxé de plus en plus lourdement et les déductions d'impôt fondent comme neige au soleil. Il y a 30 ou 40 ans, les fourchettes d'impositions maximales d'un contribuable avec un revenu respectable étaient de 25-35 %. Ces contributions, quand retirées du REER, seront taxées aujourd'hui facilement autour de 50 %;

2- si le contribuable a plus de 65 ans et touche sa pension de sécurité de la vieillesse et que les retraits de son REER font que son revenu net dépasse 57 879 $, il sera imposé à un taux équivalant à presque 60 %. Ceci est dû au fait qu'il doit rembourser une partie de sa pension à partir de 57 000 $ et la totalité au delà de 94 530 $;

3- aujourd'hui, le taux d'intérêt des obligations AAA ou AA d'une durée de dix ans est inférieur à 5 %. Donc, pour avoir un rendement positif après inflation et impôt (éventuel dans le cas d'un REER), il faut miser de plus en plus sur le gain en capital. Mais le REER ne fait pas de distinction entre intérêt, dividende et gain en capital en ce qui concerne l'imposition. Par exemple, un gain en capital est taxé à un taux maximal de 25 % hors REER au lieu de 50 % dans un REER (vous payez quand vous encaissez);

4- la limite de 30 % pour les valeurs étrangères, la quasi-impossibilité de garder des dollars américains ou des euros dans le REER, les frais de change à l'achat et à la vente de ces valeurs (vous pouvez avoir des comptes en dollars américains ou en euros hors REER et ne pas payer ces frais à chaque achat ou vente), des frais, des frais, des frais (annuels, d'entrée, de sortie, etc.) sont les autres irritants de ces fameux comptes REER.

En résumé, l'augmentation substantielle des taux d'imposition pendant les dernières décennies et la pénalité de la pension fédérale, combinés au traitement fiscal des gains en capital, effacent l'avantage du report d'impôt pour bon nombre de contribuables à revenu élevé qui justement cotisent régulièrement au REER. J'ai pu le constater... hélas trop tard.

Seriez-vous le premier chroniqueur financier à ma connaissance à brosser un tableau équilibré des comptes REER en publiant cette lettre?

Merci.

A. K.

Il y a une règle essentielle au processus d'enrichissement de tout individu: amasser le plus de liquidités possible pour des fins d'investissement, et ce, le plus tôt possible dans sa vie. Le but poursuivi est évident: saisir les bonnes occasions de placement le plus tôt possible dans sa vie. Plus ces placements rapporteront tôt dans la vie d'une personne, plus élevées sont ses chances d'atteindre une autonomie financière certaine une fois dans la quarantaine.

Donc, avant même de parler de rendement du capital investi, il nous faut parler de liquidités. Il faut que le jeune travailleur puisse amasser vite ses premiers 15 000 à 20 000 $ qui lui permettront d'investir dans les actions, les obligations, dans un immeuble à revenus, dans sa propre entreprise, etc. Et, à ce titre, le REER s'avère un outil des plus précieux grâce aux reports d'impôts non négligeables qu'il accorde au cotisant. Des impôts dus dont le paiement est ainsi reporté pendant 40 ans et bien plus (je parle ici d'un jeune travailleur de moins de 30 ans) si on tient compte que, à 69 ans, l'épargnant pourra convertir son REER en FERR et ainsi reporter tard durant sa retraite une bonne partie du paiement des impôts dus. Et, durant toute cette longue période de report, l'épargnant dispose pour des fins d'investissement de sommes qui normalement auraient dû être versées dans les coffres du fisc. La première vertu du REER est donc d'accroître de près de 40 % la capacité d'un jeune travailleur à amasser des liquidités pour des fins d'investissement.

Malheureusement, trop de gens n'ont pas compris le principe précédent. Aussitôt lancés sur le marché du travail, ils s'endettent et s'astreignent à des paiements mensuels pour acheter leur bungalow en banlieue avec les deux «chars» à la porte, pour meubler leur nid d'amour tout en se dotant du téléviseur, de l'ordinateur et du cellulaire dernier cri, etc. Très vite, ils ont ainsi annihilé leur capacité à amasser des liquidités pour des fins d'investissement pour les 10, 15, voire 20 prochaines années de leur vie active. À moins d'être extrêmement chanceuses, ces personnes ne pourront pas prétendre à une autonomie financière certaine rendues dans la quarantaine. Elles devront besogner jusque dans la cinquantaine avancée, voire la soixantaine, et ce, sans pouvoir dans la majorité des cas prétendre seulement à une retraite aisée.

Cela dit, vous avez raison de souligner le fait que la plupart des retraités actuels verront les retraits effectués de leur REER être taxés à un taux d'imposition élevé, peut-être même supérieur à celui prévalant au moment de faire leurs cotisations au régime. Ce sera probablement le cas de ceux dont le revenu net à la retraite atteint ou dépasse le seuil (actuellement de 57 879 $) à partir duquel le gouvernement fédéral retranche, à la pension de sécurité pour la vieillesse, 0,15 $ pour chaque dollar additionnel gagné. Mais, faut-il aussi ajouter, la majorité des retraités actuels sont bien loin de réaliser un revenu net de 57 879 $ et plus. Dans la plupart des cas, le taux réel marginal d'imposition sera davantage de l'ordre de 44 % ou moins, ce qui se rapproche probablement du taux d'imposition prévalant au moment d'effectuer leur cotisation au régime.

Il est aussi vrai que le traitement fiscal du gain en capital est maintenant très avantageux. C'est pourquoi il est important que le travailleur puisse éventuellement équilibrer son avoir entre les REER et ses investissements hors REER. Le REER l'aide à le faire puisque les reports d'impôt viendront meubler son portefeuille hors REER.

Quant à la question de la limite de 30 % imposée aux placements étrangers à l'intérieur du REER, je la trouve amplement justifiée (voire trop généreuse). Investir dans les titres de compagnies étrangères n'est pas une nécessité pour les Canadiens et les Québécois. Ces derniers doivent surtout concentrer leurs investissements sur les titres de firmes canadiennes qu'ils peuvent suivre adéquatement et, du coup, bien comprendre leur exploitation.

Conclusion: le REER, parce qu'il permet d'accélérer sensiblement le processus d'accumulation des liquidités pouvant servir à des fins d'investissement, demeure un outil de premier ordre pour tout épargnant et en particulier pour les plus jeunes.

cchiasson@proplacement.qc.ca

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