cache information close 

Jacques Chagnon, l'éléphant et la porcelaine

Les images sont saisissantes. Tournées dans la pénombre de Kanesatake qu'éclaire un feu improvisé, des manifestants cagoulés bloquent l'entrée du poste de police. La caméra de l'équipe de Claude Frigon capte un homme qui prend un bidon rouge et s'évanouit dans la nuit. Cut. Quelques minutes plus tard, nous sommes à quelques dizaines de mètres de la maison du grand chef James Gabriel. Des hommes qui brandissent des bâtons et hurlent des menaces entourent le véhicule de Radio-Canada. Le caméraman, peut-être intimidé, pointe son objectif vers le sol et nous fait découvrir les mêmes bottes, les mêmes pantalons et le même bidon rouge. L'équipe prend le large pour assurer sa propre sécurité. Quelques minutes plus tard, la maison de James Gabriel est en feu.

Retour au poste de police. Une jeune femme, membre de la commission de police, explique que le grand chef a outrepassé son mandat, que la commission n'a pas été consultée et que ce sont les manifestants qui représentent la légitimité. Plus tard, une autre femme tentera de pénétrer dans le poste de police pour apporter de la nourriture aux assiégés. C'est la première femme, membre de la commission de police, organisme censé être neutre et non politique, qui empêchera les vivres d'entrer.

On coupe et on va à Québec, quelques heures plus tard. Le toujours très fier de lui Jacques Chagnon, flanqué de son souriant faire-valoir Benoît Pelletier, annonce le dénouement de la crise. Je ne reviendrai pas sur cette solution complexe, aussi attardons-nous plutôt sur le discours du ministre à la lumière des images que je viens de décrire.

Pour se justifier, le ministre invoque, comme George W. Bush à propos de Saddam Hussein, un bain de sang imminent. Il est évidemment très fier d'avoir sauvé le Québec d'une autre crise d'Oka. Il a agi rapidement et résolument. Puis, avec toute la subtilité qu'on lui connaît, il analyse la situation. Pendant que James Gabriel, menacé de mort, s'installe dans l'exil, il le lâche comme une vieille chaussette malodorante. Il invoque l'improvisation du grand chef, sa précipitation, le manque de consultation. Il parle de la commission de police comme si, objectivement, elle était garante de neutralité et surtout représentait la majorité de la population dans cette affaire. Un par un, avec une fidélité remarquable, il reprend les arguments de la commission de police et ceux des manifestants sur la nécessité de résoudre cette crise à l'interne, c'est-à-dire en vase clos.

On sait maintenant que la décision du conseil de bande de remplacer le chef de police, de faire appel à des policiers de l'extérieur pour s'attaquer au crime organisé qui gâche la vie de cette petite communauté n'était nullement le fruit d'un coup de tête de la part d'un jeune dirigeant trop fringant qui ne couvre pas ses arrières. Ce n'était pas une opération improvisée mais plutôt le résultat d'une longue planification dont la GRC et la SQ étaient au courant et partie prenante. À moins que ce gouvernement ignore ce qui se passe à la Sûreté du Québec (ce dont je doute fortement), il est impossible que le ministre de la Sécurité publique n'ait pas su ce qui se préparait. Et le voilà qui lâche tous les pouvoirs légitimes, le grand chef et les corps policiers, et qu'il explique toute cette crise par le manque de sens politique de James Gabriel. Plus troublant encore, en écartant le chef légitime des négociations, le ministre Chagnon écartait du processus la majorité de la population de Kanesatake, qui a démocratiquement élu le chef Gabriel à trois reprises.

Avec qui le ministre de la Sécurité publique a-t-il préféré négocier? Avec l'homme au bidon rouge et la femme qui a empêché la nourriture d'entrer dans le poste de police après 36 heures de siège.

Maintenant que les cultivateurs de mari sont tranquillement retournés à leurs précieuses graines, le ministre Chagnon confie à son collègue Pelletier l'agréable tâche de réparer tous les pots qu'il a lui-même si efficacement cassés. Hier, selon les propos du ministre embarrassé, James Gabriel était redevenu «incontournable» et on assurait à Québec que le grand chef serait protégé. Je n'ose pas imaginer une réunion du conseil de bande à laquelle assisteraient le chef et ses partisans majoritaires, encadrés d'une brigade de policiers.

Au delà de l'aspect particulier et byzantin de la question autochtone, on retrouve dans ce fiasco plusieurs des caractéristiques de ce gouvernement. C'est un gouvernement qui réfléchit en vase clos et qui est souvent tenté par le coup de force, qu'il qualifie par la suite de courage politique. C'est un gouvernement qui se conduit comme un éléphant balourd dans un magasin de porcelaine. Un gouvernement qui, devant des situations complexes et aux ramifications multiples, tranche dans le vif en se disant qu'il sera toujours temps de juguler l'hémorragie plus tard. Un gouvernement, enfin, qui ne conçoit de légitimité que celle dont il se prévaut. Un gouvernement qui préfère négocier avec des producteurs de mari plutôt qu'avec les syndicats.

Pas surprenant qu'il n'y ait jamais eu, après neuf mois de pouvoir, un gouvernement si peu populaire dans l'histoire moderne du Québec.
6 commentaires
  • Russel Gilbert - Inscrit 17 janvier 2004 08 h 11

    Crise d'Oka

    Bonjour

    À la lecture des événements récents concernant la crise d'Oka mon sentiment le plus profond a été de démissionner du Parti Libéral du Québec.... À noter que je ne crois pas qu'une telle démission ferait pleurer beaucoup de monde! Vais-je le faire? J'y réfléchis encore.

    Je suis profondément désolé de la façon d'agir, arrogante, dégueulasse, "bitch", de Jacques Chagnon.

    Qu'il le reconnaisse ou non, il a négocié avec des bandits, des gens qui ont mis le feu à une maison, qui ont barré la route à des policiers, qui ont barré la route à des citoyens en droit de circuler.

    Imaginons seulement qu'un blanc ose ne faire que le millième de ce qu'on fait ces bandits. Combien de poursuites et d'emprisonnements, d'accusations pour "entrave au travail d'un policier"? Je refuserais moi de m'arrêter sur le bord de la route lorsqu'un policier me ferait signe de le faire que j'aurais à mes trousses des dizaines d'autos-patrouilles. Et il n'y aurait pas de vie en jeu? Ma vie ne serait pas en jeu! Il n'y aurait pas de danger que mon sang coule? Ben voyond donc... On nous prend pour des caves!

    Chagnon a négocié avec des bandits! Il a "flushé" un élu! Il a, sur la place publique, renié, le traite, un élu.

    Supposons seulement que M. Charest ait désavoué Chagnon!

    Chagnon a été égal à lui-même. Il ne fait qu'ajouter à mes déceptions.

    On vend des cigarettes de façon illégale, on cultive du pot, on commêt des actes illégaux, criminels (l'incendie ). On ne fait pas d'arrestations. Et permettez-moi de douter qu'on n'en fasse jamais. On n'a jamais poursuivi le responsable de la mort d'un policier dans la précédente crise d'Oka.

    Et les bâtons de baseball... ce ne sont pas, dans les circonstances, des armes? Je me promènerais moi avec un bâton de baseball à l'assemblée nationale, on me laisserait faire?

    On a tiré combien de bombes lacrimogènes sur les manifestants au sommet des Amériques? Mais on laisse les bandits d'Oka faire ce qu'ils veulent. On négocie avec des bandits.. Et on essaie de nous faire avaler quelle pillule?

    Pourquoi ne pas suggérer aux syndicats de barrer des routes? Pourquoi les éducatrices des CPE ne viendraient pas barrer des routes?

    Suggestion aux syndicats: engager des Mohaks pour négocier.. Ils ont la méthode eux.

    Qu'est-ce que je fais dans ce parti qui négocie avec des bandits, qui renie les élus, qui laisse brûler une maison, qui laisse barrer des routes, qui empêchent des policiers de faire leur travail, qui laisse des bandits commettre des actes criminels. Je me le demande.


    Russel Gilbert

  • michel lemieux - Inscrit 17 janvier 2004 12 h 12

    Maintenir la cadence

    Bravo pour cette ponte.....il ne faut justement pas cesser de marteler ce gouvernement imposteur qui se disait prêt...oui prêt mais à nous -fourrer comme nous avons souvent accepté de l'être...j'ai désespérer de voir le rêve de René Lévesque se réalier...là

    Charest et sa gang donnent aux québécois ce qu'ils méritent face à leur jugement...espérons que la toilette sera suffisamment pleine aux prochaines élections pour que notre bon peuple vomisse sur cette bande d'ignares, qui ont réussi à le berner...reste à souhaiter que cette majorité pourra faire preuve de sa capacité à émerger de sa propre ignorance passée...et que le PQ saute sur l'occasion pour règler notre avenir une fois pour toute.

    Bien que le fédéral ne soit pas en cause dans les récentes décisions de notre imposteur de Sherbrooke, Landry devra livrer la bagarre de sa vie, sans détour, en jurant qu'un vote pour le PQ en sera un pour l'INDEPENDANCE. Le temps des astuces, des entourloupettes et des étapistes est révolu. Une fois acquise cette indépendance, Landry pourra toujours demander au seul ministre sensé de ce gouvernement, Philippe Couillard, de rester au poste. Comme son objectif, avant d'être libéral, est de mettre de l'ordre dans ces bordels, que sont devenus les institutions de santé, monsieur Couillard poursuivra son rêve avec David Levine à ses côtés, et nous le notre avec tous ceux qui voudront bien rester québécois...

  • Fleurette Riverin - Inscrite 17 janvier 2004 16 h 38

    Le courage du ministre Chagnon

    Monsieur Gil Courtemanche

    Le jupon de votre partisannerie traîne jusqu'à terre lorsqu'il s'agit d'analyser la conduite du ministre Chagnon et du gouvernement Charest dans la crise de Kanesatake. Le ministre se devait, EN PREMIER LIEU, de désamorcer cette crise qui impliquait deux groupes armés, dont un groupe de dissidents très dangereux qui venait de faire la preuve de sa violence en incendiant la maison du chef James Gabriel. Le ministre Chagnon a agi en prenant conseil du chef Norton qui lui a conseillé d'employer cette tactique pour éviter toute effusion de sang, effusion qui aurait pu être bien réelle étant donné le climat explosif qui sévissait à ce moment-là.

    Cette situation de contrebande, de trafic d'armes et d'actes criminels, traîne d'ailleurs depuis longtemps, avec la complaisance du PQ qui se contentait de remettre le couvercle sur la marmite lorsqu'elle bouillait trop fort et qui n'a rien fait pour contrer l'augmentation des cabanes où l'on savait très bien qu'elles étaient alimentées par nos chers fumeurs et fumeuses du Québec, qui profitaient ainsi d'une évasion fiscale et alimentaient eux-mêmes cette très lucrative contrebande.

    Lorsque vous dites du gouvernement Charest, et je vous cite: "Un gouvernement qui préfère négocier avec les producteurs de mari plutôt qu'avec les syndicats", cette remarque suinte la démagogie. Est-ce que vous endossez les syndicats qui ont brisé des autobus, bloqué des ports en arrêtant l'économie, causé pour des millions de saccages et laissé leurs ordures sur leur passage, saccagé des bureaux de députés, bloqué des routes en empêchant des centaines de camions de livrer leur marchandise, et ce col bleu bien saoul au volant d'une déneigeuse qui brûle des feux rouges, et finit par emboutir un véhicule en manquant de tuer les deux occupants et qui ose chanter son stupide SO SO SO ...hic solidarité, pensez-vous que le gouvernement se devrait de négocier avec ces gros bras et qu'il devrait céder à leur chantage odieux? Prônez-vous l'anarchie lorsqu'ils agissent comme les Warriors?

    Tout le contraire d'André Pratte de la Presse dans ses trois éditoriaux consacrés à cette crise, et qui dit au contraire que le ministre Chagnon a choisi la patience plutôt que la précipitation, l'intelligence plutôt que la bêtise et qu'il "a mis ses culottes" en désamorçant la crise en un temps record, et que se tourner vers les autres Mowacks était une solution habile, même si elle fragilisait le leadership du chef Gabriel, que la première chose à faire était de désamorcer la crise, que le ministre avait une décision bien difficile à prendre dont dépendait la vie de plusieurs personnes et que, parmi ceux qui dénigrent aujourd'hui ses faits et gestes, aucun ne portait une telle responsabilité.

    Sans être un clone de monsieur Pratte, je crois que vous auriez tout intérêt à vous inspirer de sa sagesse, sa modération et sa rigueur, surtout lorsqu'il s'agit de commenter une affaire aussi explosive que celle des communautés autochtones, et que bien des médias y gagneraient eux aussi en rigueur.

    Fleurette Riverin

  • François Caron - Abonné 17 janvier 2004 19 h 59

    Incompétence en culottes courtes

    Comment voulez-vous intéragir avec des gens qui n'ont aucun sens de l'État ?

    Comment se fait-t'il qu'après plus de 30 ans de non-programme où la velléité de défense des intérêts supérieurs du Québec le disputait à la vacuité intellectuelle des propositions sociétales et à l'ineptie de la vision des relations entre les politiques et la société civile, les libéraux à-plat-ventristes du Québec aient pu encore se faire élire ?

    Comment voulez-vous qu'agisse un gouvernement où l'incompétence de ces notables de bourg et autres administrateurs de piètre acabit se distille au compte-gouttes des mauvaises surprises découlant d'un jugement cruellement défaillant ?

    Un régime qui se gargarise au néo-libéralisme depuis son accession au pouvoir pour mettre en place un État où les besoins de base seront assurés au strict minimum: éduquer minimalement le futur consommateur à obéir aux boss, infantiliser ce même consommateur/non-citoyen en prenant des décisions qui détériorent sa qualité de vie et usurpent son droit de parole, soigne ce même consommateur dans le but de retourner au plus vite se faire exploiter, et enfin édifier le bras armé de l'État pour réprimer toute apparence de dissidence ou de critique ?

    C'est bien ce genre d'individus patibulaires que certains de mes concitoyens viennent de porter au pouvoir.

    Et c'est le présent titulaire de la charge de la Sécutiré publique qui a le flair on ne peut plus douteux de répéter l'erreur immonde de John Ciaccia en 1990, i.e. négocier avec les criminels qui tiennent une communauté en otage.

    Ce triste sire - passablement gnochon comme aurait dit mon grand'-père paternel - qui a été commissaire d'école de mauvais conseil dans les années 1980 sur la Rive-Sud de Montréal, est maintenant le député de Westmount et a été, souvenez-vous, le colporteur de la mauvaise haleine des séparatistes du West-Island au congrès libéral de 2002, en donnant crédit à leur thèse - confinant au chantage éhonté -de leur faciliter la destruction du Nouveau-Montréal, sinon Jean Charest ne respirerait jamais les effluves du pouvoir provincial.

    Et c'est ce genre de personnages sans envergure ni sens de l'État qui mènent notre barque vers la déchéance finale du respect de l'identité québécoise...

    Faisons mentir un des maîtres-à-penser (???) de ces bouffons drabes, feu Robert Bourrasa, qui a déja justifié le fait de préférer l'arrangement boîteux de Charlottetown à l'indépendance du Québec en ces termes:
    "Pourquoi devrions-nous renoncer au fédéralisme canadien ? Le Québec est présentement le sous-État le plus puissant au monde !".

    Avec un état d'esprit pareil, pas étonnant que le Québec soit devenu aussi faible et insignifiant au sein de l'ensemble canadian...

    Donnons-nous donc comme corvée de convaincre une majorité de concitoyens à contribuer au renversement de ce régime avant la fin de son mandat légal, et récupérer par le fait même le pouvoir et la parole citoyens, car l'esprit québecois patiemment bâti depuis les quarante dernières années sera anéanti à jamais en 2008, cinquième année de leur mandat et quatre-centième anniversaire de notre naissance au monde, grâce à Champlain.

    Que revive donc l'esprit de Frontenac, pour notre réappropriation collective du pouvoir !

  • hebe MARTORELLA - Inscrite 21 janvier 2004 14 h 49

    Je me demande à quoi vous , vous attendiez vous

    Après le désastre des élections de l'année derniére au Québec, moi, je me demande:à quoi vous rêviez? Vous avez oublié même l'honneur d'être québécois, et moi qui vous parle je n'ai pas eu cette chance, quand même d'ici d'Argentine étant donné mes liens étroits avec le Canada et le Québec, j'ai su toujours choisir votre bleu. Mais c'est vous mêmes qui avez trahi votre histoire avec l'élection de Charest.

    Maintenant soyez cohérents et ayez la dignité d'en subir les conséquences mais aussi la lucidité de retrouver le chemin. Ce qui se passe aujourh'hui au Québec c'est honteux, il ressemble ce qui peut arriver dans ces républiques bananières comme la mienne que vous aussi exploitez très bien par moyen d'un programme d'immigration sans aucun sens et pervers: vous demandez de hautes qualification, connaître le français et l'anglais et après qu'est ce que vous offrez à ces pauvres malheureux: de boser comme esclaves dans les postes que vous mêmes ne voulez pas remplir.

    J'ai toujours pensé que les Canadiens sont un peuple schizoprenique ayant constamment un double discours. J'ai servi et je continuerai à servir le Québec de M. Landry toujours, mais maintenant je suis en train de faire la terrible découverte que vous, québécois, que je pensais mes amis, que je admirais, vous aussi vous servez de ce double discours que j'ai toujours méprisé chez les Canadiens: double discours sur la diversité culturelle, double discours sur l'immigration, double discours envers les "Authoctone", double discours de votre Ministre, double discours dans la affaire Gabriel,qui me rappelle avec douleur la crise d'OKA et le rôle que vous québécois y avez joué.

    Chers dames et messieurs: Relisez votre histoire, recupérez vos valeurs, votre courage et votre dignité et alors tous ceux qui aimons le Québec comme un terre sans discrimination, et qui vit dans les normes de la justice, nous vous rendrons notre respect que vous avez vraiement souillé. Respectez tout au moins l'histoire de votre belle Nouvelle France.

    "Je me souviens" Ce sera que vous avez oublié aussi ces mots.

    De tout mon coeur j'espère que vous vous réveillez.

    Hebe Martorella
    Directrice
    Québecconseil
    hebemartorella@ciudad.com.ar