Place des Fêtes

Les touristes ne visitent jamais la place des Fêtes. Et pour cause, cette colline où les Parisiens avaient l’habitude de venir faire la fête au début du siècle dernier a depuis longtemps été transformée en rangées de HLM. Dans les années soixante, la jolie place ornée de kiosques à musique a subi le même traitement que le somptueux square Viger à Montréal. Les pavillons coquets ont fait place à des tours que le petit peuple de Paris a progressivement désertées pour être largement remplacé par des immigrants.

La place des Fêtes est un des quartiers les plus bigarrés de Paris. Le niveau de vie n’y est pas très élevé. Mais avec le temps, les plaies ont été à peu près cicatrisées. Aujourd’hui, s’y mélangent allègrement Maghrébins, Juifs, Africains et Français. Le dimanche matin, son marché public est l’un des plus vivants de la capitale.

C’est étrangement ce quartier déjà largement éprouvé que la mairie de Paris a choisi pour y installer 550 migrants dans un ancien lycée désaffecté. Depuis le mois de juillet, Syriens, Irakiens, Égyptiens, Ukrainiens, Africains et Afghans ont envahi le lycée Jean-Quarré, le transformant en dépotoir à ciel ouvert. En quelques semaines, l’endroit est devenu le lieu de tous les trafics. S’y mélangent réfugiés, migrants économiques, islamistes et petits caïds. Surtout des hommes de 16 à 35 ans à qui il ne viendrait pas à l’idée de ramasser les papiers gras qui jonchent l’ancienne cour d’école. Et ce n’est pas parce que les bénévoles n’offrent pas de soins médicaux, de cours de français et de places à l’école pour les enfants. La situation est telle que plusieurs migrants préfèrent camper dehors.

Comme par hasard, ce n’est pas dans les quartiers chics que ces migrants ont atterri. Essayez donc d’expliquer à ceux qui, la nuit, entendent tomber les sacs de poubelle du cinquième étage que 500 000 migrants en Europe, ou même un million et demi, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Ils vous répondront que 550 migrants qui débarquent ainsi dans un quartier déjà éprouvé socialement, le leur, ce n’est pas un détail. Loin de là !
 

C’est ici que les belles théories se fracassent sur le mur des réalités. Et il importe de comprendre pourquoi si l’on ne veut pas se contenter de mots creux. La population de la place des Fêtes sait, elle, que le quartier subit depuis 30 ans un flux migratoire incontrôlé. Elle a vu progressivement ses traiteurs et bouchers disparaître, ses parcs se remplir de femmes voilées et ses cafés se vider de toute présence féminine.

Tous les chiffres le montrent, depuis quelques décennies, la France ne contrôle pas l’essentiel de son immigration. Celle-ci se multiplie en effet automatiquement par le simple mécanisme de la réunification familiale et de l’immigration illégale. Toutes les promesses électorales, de la gauche comme de la droite, n’y ont rien fait. On sait aussi que, même si 80 % des demandeurs d’asile sont des migrants économiques, l’immense majorité des déboutés ne quitte jamais le pays et n’est jamais reconduite à la frontière, grossissant d’autant le nombre des illégaux.

Vous aurez donc compris que, lorsque du haut de leurs chaires, de bonnes âmes expliquent à cette population que l’immigration est un bienfait pour l’humanité, la croissance et la diversité, celle-ci n’en croit pas un mot. Elle sait fort bien que, si l’arrivée d’une main-d’oeuvre instruite peut être une aubaine, la population non qualifiée et pauvre qui a investi le lycée Jean-Quarré accentuera encore un peu plus la concurrence pour les petits boulots déjà en voie de disparition. Sans compter l’effet destructeur que ces arrivées massives ont sur des quartiers qui accueillent déjà largement leur part d’étrangers.

Cette population n’a pas besoin de sermons contre le racisme ou en faveur de l’ouverture à l’Autre, car en matière de diversité, elle s’y connaît déjà mieux que quiconque. Elle a d’abord besoin d’être rassurée. C’est pourquoi, aujourd’hui, 80 % des Français (de gauche comme de droite) soutiennent le retour aux frontières nationales et la suspension des accords de Schengen. Cette population a surtout besoin qu’on lui prouve qu’en matière d’immigration, seuls seront admis, par un système de contrôle strict, les réfugiés qui fuient la mort et la guerre. Elle a aussi besoin d’être assurée que tous les autres seront reconduits chez eux.

C’est d’ailleurs mot pour mot ce qu’avait promis la chancelière Angela Merkel avant d’opérer un virage à 180 degrés en ouvrant toutes grandes ses frontières. L’appel d’air fut tel qu’elle dût les refermer aussitôt. Malheureusement, Bruxelles et Berlin semblent souvent plus enclins à sermonner les peuples qu’à installer rapidement aux portes de l’Europe de véritables centres de tri. Pour cela, pas besoin de quotas. Il suffit de travailler avec les pays qui le désirent, comme l’Europe a souvent su le faire dans le passé. Seuls de tels centres permettront d’aider rapidement ceux qui en ont le plus besoin tout en rassurant les populations. Devant une telle cacophonie, on comprend qu’elles aient besoin de l’être.

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