Trouvez l’erreur!

C’était jour d’autocongratulation, mardi, à la reprise des travaux de l’Assemblée nationale. Avec l’interdiction des applaudissements durant la période de questions, la revalorisation de nos institutions démocratiques, que tout le monde appelle de ses voeux depuis des années, venait de franchir un grand pas.

Alors que le Parti québécois se félicitait d’avoir lancé le mouvement, Pierre Karl Péladeau persistait dans son refus de rendre public le contenu du mandat théoriquement sans droit de regard qui permettra au principal aspirant au poste de premier ministre de maintenir son emprise sur la moitié des médias du Québec. Que voulez-vous, Rome n’a pas été construite en un jour.

Il est sans doute souhaitable d’éliminer dans toute la mesure du possible les excès de partisanerie qui rendent les débats parlementaires insupportables à plusieurs, mais ce qui dévalorise la politique aux yeux de la population est surtout la mauvaise foi dont elle offre trop souvent le spectacle.

Même pour un fédéraliste, entendre le premier ministre justifier les compressions budgétaires qui affectent la qualité des services offerts dans les écoles par une charge à fond de train contre l’indépendance devrait constituer une insulte à l’intelligence. Encore un peu et il va reprendre le refrain du crime contre l’humanité.

Quand on a demandé à M. Péladeau pourquoi il refuse de dévoiler le contenu du mandat qu’il a confié à la société Placements Saint-Jérôme, il a répondu : « Parce que je n’en ai pas l’obligation. » M. Couillard pourrait répliquer qu’il n’a pas non plus l’obligation de répondre intelligemment aux questions qu’on lui pose.

 

Les propos du chef du PQ deviennent chaque jour plus nébuleux. Il a d’abord reconnu avoir donné une explication « incomplète » en omettant de dire dès le départ qu’il pourrait choisir la formule du « mandat » sans droit de regard, plutôt que celle d’une « fiducie ». Un péché véniel à ses yeux, dans la mesure où le code d’éthique et de déontologie de l’Assemblée nationale prévoit les deux possibilités.

En réalité, il semble plutôt avoir opté pour une troisième voie. Le « mandat » prévu par le code d’éthique, nettement plus permissif qu’une « fiducie », est celui qui est défini dans le Code civil. Or, « ce n’est pas un mandat au sens du Code civil », a précisé M. Péladeau. Alors de quoi s’agit-il exactement ? Et comment le savoir s’il refuse d’en divulguer le contenu ? Ni le commissaire à l’éthique ni le jurisconsulte de l’Assemblée nationale n’en ont été informés puisqu’il n’a ni l’obligation ni la transparence de leur soumettre.

Son nouveau lieutenant, Bernard Drainville, jadis si pointilleux sur les questions d’éthique, a dû se pincer en s’entendant dire que M. Péladeau a tenu l’engagement qu’il avait pris. Même dans sa formule classique, le mandat prévoit que le mandant peut être informé de la façon dont il est exécuté et qu’il peut en changer la nature s’il n’est pas satisfait. Dans ces conditions, que signifie encore l’interdiction du droit de regard ? La seule garantie est finalement la parole de M. Péladeau.

De toute évidence, il fait le pari que cela suffira aux électeurs qui auront éventuellement à trancher, puisque le premier ministre a exclu de modifier les dispositions du code d’éthique si le PQ s’y oppose.

 

Si la menace que cela fait planer sur la démocratie québécoise lui échappe, ou encore lui indiffère, M. Péladeau devrait au moins réfléchir au risque auquel il expose son parti et, conséquemment, son option.

Un sondage Léger Marketing-Le Devoir effectué au printemps dernier indiquait que 52 % des Québécois ne voyaient pas de problème dans le contrôle qu’il exerce sur Québecor, alors que 41 % pensaient le contraire. On peut cependant compter sur les libéraux et sur la CAQ pour instruire le dossier d’ici l’élection d’octobre 2018. Ils n’attendent que l’étude menée par le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, dont la publication est prévue au début d’octobre, pour en reprendre l’examen en commission parlementaire.

Où en sera l’opinion publique dans trois ans ? Lors de la prochaine campagne électorale, le PQ aura déjà bien assez de défendre le projet souverainiste. Devra-t-il défendre aussi le droit d’un premier ministre à posséder la moitié des médias ? Trouvez l’erreur !

Entre-temps, tout cela ne facilitera sans doute pas le remplacement du commissaire à l’éthique ni celui du jurisconsulte de l’Assemblée nationale, qui prendront tous deux leur retraite d’ici la fin de la présente année. Même si leur départ n’est pas relié à cette histoire, l’un et l’autre se sont attiré les foudres du PQ en raison de leurs commentaires sur la situation de M. Péladeau.

Sachant que le débat est très loin d’être clos et qu’ils risquent de se retrouver dans la même position que leurs prédécesseurs, on peut penser que les candidats ne se bousculeront pas.

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