Vin ou Viagra : faites vos jeux !

Si le vin a eu de tout temps des vertus antalgiques, euphorisantes, aphrodisiaques, réconfortantes, anxiolytiques ou encore désinhibitrices, reste qu'il demeure, dans la mémoire de l'humanité, l'élixir qui s'est le plus prêté, depuis Noé jusqu'à Gainsbourg, aux jeux de l'amour. Et ce n'est pas un hasard.

Passé l'avertissement du surgeon general qui veut que l'alcool soit, après le tabac, le deuxième ennemi de l'amour en question, il n'en demeure pas moins « qu'en très petite quantité, le vin fluidifie la membrane des cellules et facilite les échanges et la libération des messagers chimiques ». On ne se méfiera jamais assez de ces sacripants de messagers chimiques !

C'est en tout cas ce que nous apprennent les bons docteurs Tran Ky et F. Drouard dans leur bien sympathique bouquin, malicieusement appelé Les Aphrodisiaques (Éditions Artulen). Oui, mais encore ?

Balisons d'abord l'ampleur des dégâts avant de se faufiler vers le nirvana. Le corps médical poursuit en diagnostiquant que « l'ébriété rend le buveur grotesque et même déplacé, à un moment où l'esprit devrait au contraire se concentrer pour canaliser son énergie vers les ébats. De même, tout abus de liqueur provoque une décharge désordonnée de neurotransmetteurs. L'incohérence qui en résulte, en paroles et en actes, fatigue le corps et détruit la poésie du moment [...]. Ivre, l'esprit part à la dérive et le désir, écoeuré, se meurt. »

Beau programme, en effet ! Est-ce Pline l'Ancien, Tite-Live, le cardinal de Richelieu dans ses confessions ou un chauffeur de l'opération Nez Rouge qui disait que si les abus d'ébats ébaudissent sans dégâts, les abus de boisson ébaubissent tout autrement ?

Comme l'optimisme jovialiste qui transpire de cette chronique nous permet d'élever toujours plus haut la barre du bonheur sans pour autant verser dans la prude rectitude politique, nos bons docteurs avouent un penchant « médical » pour le vin de Champagne qui, par le passé, avec la Pompadour, Casanova, Louis XV, Napoléon, Churchill et, plus près de nous, James Bond et ma voisine d'à côté, a fait ses preuves. « Sous l'effet magique des bulles d'or, les barrières s'estompent chez la plupart des amoureux. Les distances se rapprochent, les langues se délient, les regards brillent et la chair vibre à fleur de peau. » Le pourquoi du comment ?

Les spécialistes sans lesquels nous en serions toujours à abuser de la langue de Molière à défaut de la retourner sept fois dans la bouche de l'autre pour mieux s'en délecter affirment avec une assurance proprement gaillarde que « les endorphines déchargées par certaines cellules nerveuses tendent à dissiper la vigilance tout en augmentant la perception sensorielle, ce qui rend l'individu sensible aux moindres délicatesses exprimées à son égard ». Mais ça ne s'arrête pas là.

La magie liée au grand vin de Reims et d'Épernay pousse l'audace encore plus loin. « Ce vin du bonheur a pour complices des molécules de béta-carboline, également issues du cerveau. Leur mission consiste à freiner les circuits inhibiteurs. Le désir se retrouve ainsi déchaîné, libre de se dépasser et de s'accomplir. La biologie de la passion est en réalité le résultat d'un concert harmonieux dont les artistes sont à la fois les hormones, la culture et la romance. »

Ils terminent en disant que « le champagne détient, lui, le pouvoir de les rendre [ces fameux artistes] plus sensibles, plus hardis et infiniment plus créatifs ». L'astuce réside sans doute dans le fait de savoir justement jusqu'où ne pas aller trop loin.

Pour ceux qui auraient cependant un doute ou manqueraient d'assurance, souvenez-vous de la tirade de Napoléon : « Je ne veux pas vivre sans champagne. En cas de victoire, je le mérite ; en cas de défaite, j'en ai besoin. » Visiblement, l'empereur n'avait que faire du Viagra !

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* Code SAQ utile pour mieux repérer le produit. % (514) 873-2020, 1 866 873-2020 ou www.saq.com. Potentiel de vieillissement du vin 1 : moins de cinq ans ; 2 : entre six et dix ans ; 3 : dix ans et plus.

jean-aubry@vintempo.com

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Les vins de la semaine

La bonne affaire

Château du Grand Caumont 2001, Corbières

(14,25 $ - 316620)

Un rouge bien constitué qui allie une étoffe fraîche et de bonne tenue à une délicieuse mâche fruitée, sans une once de rugosité. Essayez-le sur la côte de porc grillée. Complet. (1) Note: 2,5/5

Le classique

Cardus de la Cardonne 1998, Médoc (18,50 $ - 586719)

Depuis son arrivée sur les tablettes, ce 1998 n'a rien perdu de sa forme. Le parfait petit médoc à maturité, de constitution moyenne, fondu et parfumé avec son velouté fruité qui laisse doucement place à des nuances plus minérales de fumée et de zan. Franchement recommandable. (1) Note: 3/5

La primeur en blanc

Marsannay 1999, Bruno Clair (27,35 $ - 925651)

Pas tout à fait une nouveauté et peut-être difficile à dénicher, ce superbe blanc vaut cependant le détour avec sa robe jaune pleine et lumineuse, ses parfums détaillés au registre très légèrement oxydatif de pomme-noisette et ses saveurs rondes, généreuses et vivantes, complétées par une exquise touche beurrée. Vinosité, équilibre et longueur. (1) Note: 3/5

La primeur en rouge

Nuits Saint-Georges 2001, Bertrand Ambroise

(61$ - 918375)

Hautement détaillé, précis et parfumé sur le plan des arômes avec cette définition fruitée et cette touche animale des meilleurs nuits saint-georges. Un pinot noir parfaitement maîtrisé, élégant, souple et pourvu de tanins mûrs qui savent structurer le palais en l'amplifiant longuement. Dommage qu'il soit si cher! (2) Note: 3,5/5

Le vin plaisir

Cuvée Pénélope 2001, Domaine du Lys, vin de pays des Cévennes (19,40 $ - 912105)

Dans mon souvenir, un bon cran au-dessus du 1999, à la fois plus dense, plus fourni avec un fruité charnu, profond et épicé qui sait s'affranchir sans se pénaliser de la trame tannique avec une cohérence et une harmonie d'ensemble qui étonnent. Encore trois à cinq ans de cave sans problème. Magret de canard? (1) Note: 3/5