Jardiner au Yukon, qui l’eût cru?

Les jardiniers yukonnais arrivent à cultiver des légumes grâce à des petites serres, qu’ils installent derrière chez eux, et aux couches chaudes, qui protègent les plantes du froid.
Photo: Jonathan Alsberghe Les jardiniers yukonnais arrivent à cultiver des légumes grâce à des petites serres, qu’ils installent derrière chez eux, et aux couches chaudes, qui protègent les plantes du froid.

Jardiner au Yukon, qui l’eût cru ? C’est toutefois ce que Jonathan Alsberghe alias le Ch’ti jardinier voyageur, connu pour l’organisation des Journées des plantes originales au Québec, est allé explorer en s’installant près de Whitehorse, en juillet dernier. Enthousiaste, même enflammé en entrevue téléphonique, il relate ce qui a retenu son attention depuis son arrivée.

Certes, l’été est court, mais grâce à une longueur du jour exceptionnelle et à un peu de chaleur, les conditions, avec une dose d’ingéniosité, permettent tout de même de jardiner. L’avantage premier : les journées sont si longues que le soleil se couche à peine. Il disparaît quelques heures mais sa lumière demeure.

En fait, c’est presque l’équivalent de deux journées en une. On gagne ainsi un peu de temps. Pour preuve, les jardiniers doivent arroser deux fois par jour là-bas ! Le jour, la température tourne autour de 20 °C, mais la nuit demeure froide et, en août, il y a même des risques de gelée. Cela dit, elle atteint parfois un surprenant 30 °C !

Mais cette année, pas de chance, la température est détraquée, l’été est froid et humide avec beaucoup de pluie, même de la neige dernièrement, et elle a à peine dépassé les 10 °C depuis la mi-juillet.

Couches chaudes et serres

Ainsi, comment pensez-vous que les jardiniers yukonnais arrivent à cultiver des légumes ? Ils ont tous derrière chez eux une petite serre et des couches chaudes. D’ailleurs, le Ch’ti a déjà construit les siennes. Elles protègent les plantes du froid et, fait important, allongent la saison de production.

Efficace et peu coûteuse, la couche chaude est une simple boîte de bois couverte de châssis de vitre. Elle est utilisée pour les légumes de climat frais : brocoli, haricot, céleri, etc., tandis que la serre conçue en polycarbonate est employée pour les légumes de climat chaud : tomates, aubergines, concombre, etc.

Mais, précise Jonathan Alsberghe, les choux, les laitues, la ciboulette et quelques autres fines herbes bien rustiques sont tout de même cultivés en pleine terre. Un autre avantage dans cette région : aucun pesticide n’est nécessaire au potager. Cela s’explique par des étés secs et des hivers rudes moins favorables aux maladies et aux insectes, mais aussi par le fait qu’il n’y a pas de monoculture et peu de flux migratoire entre le Nord et le Sud.

Finalement, les Yukonnais considèrent que leurs légumes sont les meilleurs en Amérique du Nord… Tentative d’explication du Ch’ti : les conditions climatiques pourraient favoriser une concentration des sucres et des minéraux, rendant les légumes particulièrement goûteux. Pourquoi pas ?

La serre-aréna d’Inuvik

Lors d’une sortie à la découverte du monde horticole du Nord, le Ch’ti jardinier voyageur s’est rendu à la serre-aréna d’Inuvik, située dans les Territoires du Nord-Ouest canadien. Je vous en avais glissé un mot le 30 août 2014 dans ma chronique intitulée Un tour du monde de l’agriculture urbaine.

Cette serre, en plus d’avoir été un aréna dans sa vie antérieure, ce qui est sûrement un cas unique, est la plus septentrionale en Amérique du Nord. En réalité, conditions climatiques obligent, c’est un jardin communautaire traditionnel sous verre avec des parcelles de trois mètres par trois, mais qui abrite en plus un espace commercial. Ce dernier permet d’approvisionner les épiceries locales, car les arrivages de la Colombie-Britannique n’ont lieu qu’une fois par mois.

De plus, comme les légumes sont proposés à moindre coût, ils font de la pression à la baisse sur les prix des importations. Toutefois, à vrai dire, la serre-aréna est un endroit de production, certes, mais elle est avant tout un lieu d’entraide et de socialisation pour la communauté. Du reste, où ailleurs peut-on lire sur une pancarte plantée dans un jardin : « Jardinier absent, veuillez m’arroser » ?

Chez un pomiculteur et pépiniériste

Une visite qui a vraiment impressionné le Ch’ti a été celle de la pépinière et du verger sous serre — vous avez bien lu — de John Lenart. D’abord, pour s’y rendre, il faut prendre un moyen de transport inusité, le canoë, car le terrain est situé sur une île. Puis, il a été vraiment surpris par ce qu’il y a vu, comme des pommiers cultivés en caissons sans fond dans des serres à ciel ouvert.

Ainsi, les arbres ont quand même accès au sol, mais les caissons et la serre permettent un réveil plus rapide au printemps et une saison plus longue. Curieux et dégourdi, le propriétaire a mis au point des variétés adaptées au climat et s’amuse à en tester d’autres. Il a d’ailleurs greffé un de ses arbres avec une douzaine de nouvelles variétés.

Goûtées par Jonathan, les petites pommes bio de ce verger — car, comme expliqué précédemment, il n’y a ni ravageur ni maladie dans la région — sont délicieusement sucrées. Aussi pépiniériste depuis 20 ans, il se spécialise dans la production de conifères nains. Pour ce faire, il utilise des porte-greffes du Yukon, vu leur rusticité, et importe ses plants de la Scandinavie et de la Russie.

En dernier lieu, M. Lenart vend des produits dérivés à base de pommes et des arbres au marché de Dawson City, mais soyons francs, c’est sa passion qui maintient l’entreprise en vie et non les revenus qu’elle génère. Fascinant individu.

Fête des jardins et des saveurs

Pour la deuxième année, les Jardins Michel Corbeil participent à l’événement portes ouvertes de l’Union des producteurs agricoles. Pour cette journée qui se déroule sous les thèmes « La fête des jardins et des saveurs » et « Sauvons les monarques », M. Corbeil s’est entouré de précieux collaborateurs pour animer les activités.

À 11 h et à 13 h, on doit choisir entre l’enjoué horticulteur Rock Giguère, qui nous entretiendra sur les pollinisateurs, et le passionné Michel Corbeil, qui donnera un atelier de division de vivaces.

À 12 h, on aura la chance d’écouter une conférence sur les orchidées par le plus qu’expérimenté Laurent Leblond, du Paradis des orchidées, et à 14 h, une autre conférence sur un sujet populaire actuellement : les aménagements comestibles, par le paysagiste Guillaume Pelland.

Jardins Michel Corbeil, 961, rue Arthur Sauvé, Saint-Eustache.

Au jardin cette semaine

Prochainement, il faudra récolter le basilic, une fine herbe de climat chaud qui n’apprécie pas du tout les températures de nuit sous les 10 °C. Si vous tardez, ses précieuses feuilles noirciront à cause du froid et, du coup, ce beau basilic que vous avez cultivé tout l’été aboutira au compost.

Toutefois, si vous avez un endroit très ensoleillé dans la maison, vous pouvez transférer le plant à l’intérieur. Il y poursuivra sa croissance pendant quelques mois.

Également, parmi les fines herbes vivaces et non rustiques qui se cultivent à l’intérieur et que l’on doit rentrer bientôt se trouvent le romarin, le laurier, le stévia et la citronnelle qui, eux aussi, n’apprécient guère des températures sous les 10 °C.

Quant à la verveine citronnelle et aux sauges non rustiques telles la dorée, la pourpre et la tricolore, on peut attendre les températures de nuit autour de 5 °C. Toutes ces fines herbes doivent être placées dans une pièce lumineuse et non surchauffée.

Précision Le financement de l’application Branché par la Société de verdissement du Montréal métropolitain a été attribué à tort à l’application LikeThat Garden (au lieu de Branché). Nos excuses pour cette erreur. Voici le site pour la télécharger : soverdi.org/branche.
La visite de la pépinière et du verger sous serre se révèle vraiment impressionnante. Les pommiers y sont cultivés en caissons sans fond.