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Hors-jeu: On veut des noms

El maravilloso mundo de los deportesª, disait en son temps Teilhardo del Chardinita, n'est pas maravilloso por nada, bondancío. Il regorge de phénomènes uniques, de réalités fascinantes, et, sachons ne jamais l'oublier, il procure une évasion lénifiante des vicissitudes de cette chienne de vie que sont la cupidité, la tricherie, les clichés et l'attention exagérée accordée aux choses sans importance.

Mais mais mais, s'interpelle l'amateur dans son Whitey Ford intérieur, j'observe ébaubi du sport à en décoller la tapisserie à fleurs qui recouvre mon frigidaire depuis 1970 et je me délecte certes d'autant d'émotions, mais voilà plein d'affaires qui surviennent et pour lesquelles y a pas de mot dans mon dictionnaire. Dès lors, que faire?, comme disait Vladimir Ilitch Oulianov, mais en russe cette fois.

Ne vous faites plus de mouron, citoyen, car voici une première édition complète du glossaire de choses sportives qui n'ont pas de nom pour, présenté par... ben, par moi.

Allémiste, n.m., individu qui se définit comme «sportif» parce qu'il regarde beaucoup de sport à la télévision.

Amphobrège, n.m., questionnement philosophique qui mène le sujet à se demander pourquoi diable quelqu'un se spécialise dans le lancer du marteau (surtout féminin).

Blimache, n.f., tendance étrange des commentateurs de tennis et de golf à parler à voix basse même s'ils sont en studio à 1000 kilomètres du jeu.

Cantonation, n.f., phénomène en vertu duquel les médias s'intéressent à un sport pendant une journée juste parce qu'un Québécois vient de gagner une épreuve.

Daloux, n.m., joueur de petites quilles qui se prend au sérieux — particulièrement, joueur de petites quilles qui embrasse sa boule avant chaque lancer.

Difframer, v. int., après avoir passé une demi-heure à lacer ses patins, constater qu'ils ne sont pas lacés assez serré et qu'il faudra tout recommencer — ant. perframer, v. int., après cinq minutes de patinage, constater que les patins sont lacés trop serré et qu'il faudra retourner au chalet pour tout recommencer.

Dompatie, n.f., ton monocorde utilisé par les joueurs de hockey professionnels pour répondre aux questions des journalistes — rem., la dompatie comprend l'utilisation obligée de l'expression «et puis euh» pour faire la transition entre chaque phrase.

Ervie, n.f., comportement téteux du fan qui se rend au stade muni d'une affiche portant le nom du réseau diffuseur du match juste pour passer à la télé.

Glacque, n.f, excuse de l'athlète qui se fait pincer pour dopage et qui dit que quelqu'un qu'il ne connaît pas a dû glisser quelque chose dans son milk-shake à la fraise.

Herdeau, n.m., expert qui se trompe systématiquement dans ses prédictions mais qui continue de faire des prédictions pareil et qui passe toujours pour un expert.

Imbuter, v.t., acheter un chandail de hockey authentique à 175 $ et y apposer un numéro en petit plastique semi-translucide à 1,75 $ — par extension, acheter un chandail de hockey blanc et y apposer un numéro blanc.

Jurpane, n.f., obstination dans un bar avec un individu que vous connaissez à peine et qui jure qu'un autre frère de Maurice et Henri Richard a déjà joué pour le Canadien — superlat. rejurpane, n.f., fait d'être abordé dans un bar par un individu légèrement éméché et qui veut absolument jaser de sport avec vous, précisément à partir de l'axiome voulant que les joueurs soient trop payés et que lui, pour cette raison, ne s'intéresse plus au sport depuis longtemps.

Kork, n.m., attitude de colonisé consistant à prononcer à l'anglaise tous les noms étrangers (ex.: Pîîteu Forrsbeûrrgg) même si, dans leur langue d'origine, leur sonorité est beaucoup plus proche du français que de l'anglais.

Larminthe, n.m., en séries éliminatoires, mensonge proféré par un entraîneur-chef qui assure n'avoir aucune préférence quant au prochain adversaire de son équipe.

Liguard, n.m., personne qui considère que le ski-doo de plaisance est un sport — par extension, personne qui considère que la pêche aux petits poissons des chenaux est un sport.

Mistraque, n., personne qui appelle à une tribune téléphonique à la radio, attend la communication pendant une heure et demie et se révèle finalement n'avoir rien de particulier à dire.

Mogolixe, adj., se dit d'un analyste qui prévient que dans le match à venir, «tout peut arriver», mais qui trouve tout de même le moyen, au fil de la rencontre, de dire «incroyable» une vingtaine de fois.

Néplan, e, adj., se dit d'un joueur ou d'une joueuse de tennis totalement incapable d'effectuer un service s'il n'a pas fait bondir la balle au sol trois fois auparavant.

Plarvage, n.m., extrême mauvais goût qui pousse à s'habiller comme Don Cherry.

Rugore, n.m., imbécile qui croit dur comme fer que la lutte n'est pas arrangée — par extension, imbécile qui sait que la lutte est arrangée mais qui s'y intéresse quand même pour la qualité du spectacle, la truculence des personnages et la richesse des intrigues.

Snorte, n.f., odeur caractéristique que dégage un gant de hockey usagé.

Speurlisht!, interj., bruit que fait à chaque pas l'espadrille du coureur qui vient de passer dans la mare du 3000 m steeple — par extension, speurlishtation, n.f., réflexion que se passe le coureur de steeple, à savoir qu'est-ce que cette connerie de foutre une mare d'eau en plein milieu d'une course sur piste.

Thorégon, n.m., inévitable spectateur qui, lors d'un match de football en janvier, se met en bedaine à -40 °C.

Vadre, n.m., (rare) joueur de football américain qui blâme Dieu pour une défaite.

Et enfin, dernier mais non moindre, le célèbre zoumnou, n.m., gars qui saute tout nu sur le terrain et qui fait se demander au quidam pourquoi y a jamais de fille nu-vite.

jdion@ledevoir.com