LE plan

Appelons-la la récession mi-figue mi-raisin. Elle répond aux critères des spécialistes : deux trimestres d’affilée de croissance négative. Mais, surprise, elle montre déjà des signes d’embellie. Après cinq mois de recul, l’économie canadienne a connu un sursaut en juin. Pas suffisant pour effacer la performance négative du deuxième trimestre, mais un rebond quand même.

Et un rebond qui a visiblement fait soupirer d’aise le chef conservateur Stephen Harper. Il s’y est accroché comme à une bouée. Il y a de quoi, car un autre mois de recul aurait avivé les doutes à l’endroit de la performance de son gouvernement et de sa décision de garder le cap envers et contre tous.

De tous les chefs, il est le seul à ne rien offrir de plus pour contrecarrer la fragilité apparente de l’économie canadienne. Il faut dire qu’il a présenté un budget ce printemps et lancé, il y a un an, un programme d’infrastructures de 53 milliards de dollars sur 10 ans. Il a promis des fonds pour le transport en commun à partir de 2017-2018. La fiscalité des entreprises a été allégée il y a déjà plusieurs années. De toute évidence, cette dernière mesure n’a pas empêché le piétinement des cinq premiers mois de 2015, et il faudra attendre avant de ressentir les effets des investissements dans les infrastructures.

Pour M. Harper, cela suffit quand même. Il n’est pas un tenant d’une politique de stimulation économique. Si rien ne l’y force comme en 2009, il n’y cédera pas. Il préférera toujours un État qui se tient en retrait, y compris du portefeuille des électeurs. Il a d’ailleurs utilisé le peu de marge de manoeuvre qu’il avait pour offrir, le printemps dernier, le fractionnement du revenu aux fins d’impôt aux familles avec enfants et pour bonifier rétroactivement la Prestation universelle pour garde d’enfant (dont le premier chèque, plantureux mais imposable, a atterri dans les mains des parents en juillet, à temps pour les élections).

Élections obligent, le chef conservateur fait quelques promesses, mais vante surtout les vertus de la stabilité. Pour y arriver, il a toutefois besoin d’une économie accommodante. Le hic est qu’il ne contrôle pas le prix du pétrole et que sa politique économique repose largement sur la performance de ce secteur.

 

Le NPD et le Parti libéral du Canada (PLC) insistent d’ailleurs sur la nécessité de diversifier notre économie pour résister aux aléas du prix des ressources. Thomas Mulcair et Justin Trudeau répètent aussi depuis des mois que le plan de Stephen Harper ne fonctionne pas. Mais là s’arrêtent les similitudes.

M. Mulcair, par exemple, voit dans les chiffres nuancés publiés mardi un argument en faveur de son approche prudente. Depuis le début de cette campagne, il se fait d’ailleurs modeste. Il a réitéré sa volonté de réduire plus rapidement que Stephen Harper l’impôt des PME. Il a promis un crédit à l’innovation et quelques autres mesures, mais son plan « chiffré, raisonnable et abordable », destiné à faire mentir ceux qui mettent en doute la crédibilité économique de son parti, se fait attendre.

Ce ne sera toutefois qu’à la lecture de ce plan, qu’on nous promet pour bientôt, qu’on pourra vraiment voir si, comme promis, cela suffira à diversifier et fouetter l’économie.

 

Comme le NPD, Justin Trudeau ne s’en tient pas aux chiffres. Selon lui, les Canadiens en arrachent depuis trop longtemps pour que le gouvernement n’intervienne pas vigoureusement pour relancer l’économie. Sa solution : investir avant tout dans les infrastructures et les mesures fiscales pour les familles moins nanties et de la classe moyenne. Si cela exige d’afficher un déficit à court terme, il est prêt à en faire le pari, car une économie roulant à plein régime générera les revenus nécessaires pour les effacer.

Justin Trudeau a dévoilé les volets les plus importants et les plus coûteux de son plan, mais pour le justifier, il a besoin d’une économie vacillante et d’un public suffisamment inquiet pour souhaiter l’approche et les déficits qu’il envisage. Les données dévoilées mardi pourraient lui donner du fil à retordre à cet égard. Si l’économie ne recule pas, comment justifier un plan assorti d’un endettement supplémentaire de près de 30 milliards ?

Il y a dans cette question et les réponses qu’on lui donne tout le choc des visions auquel cette campagne donne lieu. Économie, finances publiques, rôle de l’État, fiscalité, rien ne manque. Voilà qui s’appelle un vrai choix à faire pour les électeurs le 19 octobre.



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