Le TDAH est-il une fausse maladie?

Au Québec, un élève sur cinq serait considéré comme handicapé ou affecté d’un problème d’apprentissage ou d’adaptation.
Photo: Christian Gasner Getty Images Au Québec, un élève sur cinq serait considéré comme handicapé ou affecté d’un problème d’apprentissage ou d’adaptation.

La rentrée scolaire, à notre époque, prend aussi des allures de rentrée médicale. Dans quelques jours, en effet, les enseignants recevront, avec leurs listes de classe, la liste de leurs élèves ayant reçu un diagnostic. Selon des données du ministère de l’Éducation du Québec, un élève sur cinq doit être considéré comme handicapé ou affecté d’un problème d’apprentissage ou d’adaptation. Aujourd’hui, un élève qui éprouve des difficultés scolaires n’est pas un cancre, c’est un malade. Faut-il voir un progrès dans ce changement de paradigme ? On peut en douter.

À ce stade, je préfère vous prévenir : cette chronique risque de ne pas faire votre affaire, parce qu’elle s’en prend à un tabou, celui de la pertinence et de la crédibilité des diagnostics liés aux difficultés scolaires.

En 2012, dans son excellent essai L’imposture de la maladie mentale (Liber), Alain Bachand contestait notamment la valeur du diagnostic de TDAH (trouble de déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité). Ce trouble, écrivait-il en se fondant sur plusieurs études sérieuses, n’a, pour le moment, pas de causes biologiques identifiables, et son traitement par le Ritalin ne donne pas de résultats probants. Bachand lui attribue plutôt des causes sociales ou psychiques et rejette sa médicalisation. Ce livre n’a toutefois pas eu le retentissement qu’il méritait, peut-être parce que son auteur, fonctionnaire, ne pouvait revendiquer le statut de spécialiste médical.

Une discussion légitime

La contestation de la valeur du diagnostic de TDAH, de plus, n’est vraiment pas au goût du jour. En 2002, une déclaration de plus de 80 chercheurs et cliniciens du monde entier affirmait que refuser de considérer le TDAH comme une pathologie mentale équivalait à « déclarer que la Terre est plate, les lois de la gravité contestables et le tableau périodique des éléments une fraude ». En d’autres termes, d’un point de vue scientifique, il n’y avait pas de discussion possible.

Or, certains scientifiques, parmi les meilleurs, croient au contraire que cette discussion doit avoir lieu. C’est le cas du Dr Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste français qui signe Tous hyperactifs ?, une critique radicale de la valeur du diagnostic de TDAH, et de son préfacier, le psychiatre américain Allen Frances. Ce dernier, en effet, dénonce le surdiagnostic (11 % des enfants américains de 4 à 17 ans et 20 % des ados de sexe masculin) et le surtraitement du TDAH, qu’il présente comme « un effet de mode », nourri par l’industrie pharmaceutique et les médecins. On a transformé « l’immaturité banale à un âge donné en un trouble psychiatrique », écrit-il. Dans deux semaines, le philosophe Jean-Claude St-Onge défendra aussi cette thèse dans Pour en finir avec le dopage des enfants, aux éditions Écosociété.

Landman, dont l’ouvrage est une magistrale leçon de méthode scientifique appliquée à la psychiatrie, ne reconnaît donc pas la valeur du diagnostic de TDAH. Ce trouble, tel qu’il est défini actuellement, « n’existe pas ». On ne lui connaît aucun marqueur biologique, les symptômes qui lui sont associés (concentration faible, distraction, impulsivité et hyperactivité) ne lui sont pas spécifiques et les hypothèses neuropsychologiques qui servent à le fonder échouent au test de la scientificité. « Le TDAH, assène Landman, est une fausse maladie et les médicaments psychostimulants ne sont pas le traitement de cette fausse maladie. »

Une fiction

Les gens hyperactifs ou impulsifs, les personnes qui éprouvent des troubles de la concentration existent bel et bien, écrit Landman, mais « le fourre-tout du TDAH » est une fiction qui nous entraîne sur de mauvaises pistes de solution, en contribuant « à psychiatriser des problèmes sociaux, pédagogiques et éducatifs ».

Critique dévastatrice de l’obsession du profit des firmes pharmaceutiques, des dérives de la psychiatrie, des prétentions scientifiques de la neuro-imagerie et de notre propension à nous déculpabiliser en attribuant les difficultés de nos enfants à des causes biologiques, cet essai est un salutaire pavé jeté dans la mare de la mauvaise science.

Tous hyperactifs ? L’incroyable épidémie des troubles de l’attention

Patrick Landman, Albin Michel, Paris, 2015, 232 pages

23 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 août 2015 03 h 40

    En fait qu'en savons-nous

    En fait que savons nous de la psyché versus l'émotivité qui la sous tend, c'est un peu
    comme les habillités, ils existe des marqueurs, car nous savons que ce n'est pas toutes les petites filles qui peuvent devenir première ballerine, c'est la meme chose pour les champions championnes olympiques, naitre dans une famille c'est souvent recevoire des habilités particulières ou leur exact, sagit-il de gènes particuliers nous en sommes pas la et meme si l'on possedait ce savoir, je ne suis pas sur que la société voudrait qu'ils soit révélés, de la meme facon ou nous ne parlons pas des gènes qui conduisent a la criminalité, ouvrir un débat sur les aptitudes d'apprentissage m'apparait contre productif car nous en savons tres peu mais il y a une chose que nous savons , ce n'est pas tout le monde qui peut devenir astronome ou pilote de F18, il ne nait pas des Mozart ou des Vivaldi a la tonne

  • Hélène Gervais - Abonnée 29 août 2015 06 h 06

    Enfin ils se réveillent...

    Est-ce possible que les garçons aient plus besoin de bouger, s'amuser et courir? bien oui, ils ne sont pas TDAH pour autant il me semble. Le déficit de l'attention a été un fourre-tout épouvantable quant à moi, et les pharmaceutiques en profitent pour médicamenter les enfants. Une vraie horreur. Peut-être serait-il bon d'avoir une durée de cours plus courte et un peu plus de récréations dans une journée et moins de journées pédagogiques.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 août 2015 05 h 56

      « Est-ce possible que les garçons aient plus besoin de bouger, s'amuser et courir? bien oui, » (HG)

      Bien sûr que oui, même pour les filles !

      Deux anecdotes :

      A Dans les années +/- 1983-4, et pendant une enquête-système, un jeune d’environ 6-7 ans fait son entrée dans un centre à vocation psychiatrique. Il se disait, de cet enfant (présumé « ritalin »), qu’il bougeait tout le temps et que son esprit était sans tâche mais éveillé. Au bout de quelques semaines, cet enfant, devenu comme un « zombie », se serait dirigé vers la rivière … pour un long et dernier voyage, et ;

      B Récemment, dans la région des Bois-Francs, et pendant une pause de réunion devant une école primaire (rencontre portant sur le monde des loisirs en « di »), il se voyait, de la cour de cet établissement scolaire, plusieurs enfants bouger de jeux et de plaisir ! Aussitôt la sonnerie de la cloche entendue, aussitôt ces enfants se sont tenus debout « silencieux », cordés deux par deux et en ligne droite pour regagner leurs classes, et ne plus bouger ???

      De ce qui précède, que de questionnement, comme à faire …

      … bouger ! - 30 août 2015 -

    • Yves Corbeil - Inscrit 30 août 2015 09 h 39

      Vous avez entièrement raison. Mon fils un bon exemple, 6 années de primaire difficile sauf une avec UN professeur en cinquième qui comprenait que c'était un gars qui devait bougé et non une petite fille qui est souvent bien sage dans ses comportements. Cet homme que nous remercions a vraiment sauvé les meubles.

      L'expérience du ritalin 3 mois, ou après discussion avec mon fils, il était en troisième la pire année et la pire prof ( sujette pour le ritalin elle-même car -zéro patience enfin ) tu ne gagne pas contre leur système, j'ai mis fin à ça. Un zombi que sa maitresse aimait bien ensuite mais que lui et moi n'aimions plus. Il fallait qu'il dépense le surplus d'énergie et nous y avons vu ensemble.

      Jeune j'étais un enfant grouillant et énergique moi-même, le ritalin ou les profs peu patient avec ceux qui bougent plus n'existait pas encore ou peu et j'ai réussi à faire mon instruction, mon fils aussi il est aujourd'hui directeur pour une compagnie.

      Il y a des exceptions mais ils ont tendances à généralisé. Et je crois que plus de profs masculin au primaire ne nuirait pas non plus, un gars c'est un gars. Et oui des récréations actives et des cours d'éducation physique plus fréquents sont nécessaire pour un gars ou une fille qui déborde d'énergie il y en a vous savez.

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 août 2015 07 h 03

    Déficit d'attention il y a

    J'ai croisé assez d'enfants dits TDAH pour savoir que chez certains, mais pas tous, le déficit d'attention était clairement l'attention dont ils ne faisaient jamais l'objet.

    L'attention aussi, ça s'apprend! Un peu par imitation, un peu par action-réaction, comme le bouillon dans une soupe.

    Ceci dit, mon point de vue n'a rien de médical, ni même de général. Mais comme j'ai vu quelques-uns fourrés dans un tout beaucoup plus vaste, il est fort possible que ce soit le cas de plusieurs.

    • Carole Minguy - Abonnée 29 août 2015 11 h 39

      Et que dire du système d'éducation qui pousse à 'Ritaniliser' les enfants, dont les garçons, pour qu'ils soient plus attentifs!. Si on sait les intéresser, il y a des chances qu'ils le soient.

    • Jean-François Trottier - Abonné 30 août 2015 07 h 39

      En effet, Madame Minguy.
      L'immense aberration qui a donné le pouvoir aux pédagogues sur l'Éducation a fini de déresponsabiliser l'enseignant.
      Un mot mal orthographié lors d'une composition, mais qui "ne fait pas partie du programme", peut très bien n'être même pas corrigé!
      Pourquoi ? Parce qu'à ce stade de son développement, l'élève n'en est pas rendu là semble-t-il.
      Bon, soyons clairs, je ne sais plus si c'est le cas aujourdhui puisque mes enfants ont quitté le primaire il y a longtemps: ils faisaient partie des "pionniers" de la réforme.
      Ce que j'ai vu, c'est que les futurs enseignants sont formés sur le pourquoi et le comment sur un modèle standardisé de l'enfant, et presque pas sur leur propre matière.
      Où ça, un enfant "standard" ? Jamais vu!

      J'ai rencontré au secondaire des profs de maths incapables de résoudre une simple dérivée, ou même d'en comprendre la signification.
      Des profs de français incapables d'écrire sept mots correctement, et je n'exagère pas.
      Eh non, je n'ai rien contre les profs, au contraire.
      Le travail de l'enseignant est de donner à l'élève le goût d'objectiver et clarifier les notions, et donc au premier chef le goût d'approfondir la matière. Mais comment, s'il n'est pas lui-même formé à fond dans son propre domaine ?
      On préfère donner des cours de pédagogie qui ne rimeront plus à quoi que ce soit dans la réalité. Le prof devant une classe trouvera lui-même les moyens de passer son message, devant chaque classe en fait., comme un artiste devant le public qui voit ce qui passe ou non. La théorie dans ce cas est, au pire, nuisible, et sinon inutile.
      Les profs sont des PROFessionnels, on en fait des travailleurs d'usine.

      Devant le mur d'incompréhension que le ministère dresse entre le prof et sa classe, comment s'attendre à intégrer les marginaux et les têtes fortes, sinon par le Ritalin ?

      ...et c'est pourquoi votre fille est muette, comme disait Molière.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2015 07 h 19

    Je suis perplexe

    Ces dernières années, j’ai connu un jeune ado ayant de graves problèmes de comportement. Une fois qu’on l’a diagnostiqué TDAH sévère avec l’aide psychologique et médicale (donc médicaments), il y eut un changement positif, remarquable.

    D’autre part, le nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dans les commissions scolaires a augmenté de façon spectaculaire. Mais ce ne sont pas tous des TDAH!

    En 2013, le gouvernement a formé un Comité de 4 experts “chargé d’étudier le financement, l’administration, la gestion et la gouvernance des commissions scolaires”.
    Dans leur rapport, on y lit ce qui suit :

    “Le nombre d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dans les commissions scolaires est passé de 117 604 en 2001-2002 à 176 349 en 2011-2012, pour une hausse de 58 745, soit 50 %, ce qui est considérable. Durant cette même période, la proportion d’élèves ordinaires est passée de 88 % à 80 % de l’effectif total, alors que celle des EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) passait de 12 % à 20 %.Toujours de 2001-2002 à 2011-2012, le nombre d’élèves handicapés a doublé, passant de 16 080 à 32 578. On note des augmentations spectaculaires de la prévalence pour les catégories suivantes : 410 % pour les troubles envahissants du développement, 252 % pour la déficience langagière et 163 % pour les troubles relevant de la psychopathologie.”

    Je sais pertinemment qu’avec moins d’élèves qu’il y a 22 ans, l’école secondaire où j’ai œuvré offre beaucoup plus de services d’aide et d’encadrement qu’il y a 22 ans : orthopédagogues, psycho éducateur, plusieurs éducateurs spécialisés,etc.

    Pourquoi y a-t-il plus d’élèves en difficulté? Quant au dépistage et au traitement du TDAH, je suis perplexe!

    • Margot Savoie - Abonnée 30 août 2015 08 h 17

      merci pour ces chiffres qui parlent d'eux-même, on ne peut nier une telle évidence, cherchons les causes plutôt que faire du déni.

  • Richard Bérubé - Inscrit 29 août 2015 07 h 44

    Les mots mêmes du Dr Leon Eisenberg inventeur du TDAH!

    Il y a quelques temps j'écrivais dans un commentaire relatif relié à un article du Devoir cette même déclaration faite par le Dr Leon Eisenberg phychiâtre d'enfants, père scientifique du TDAH aux USA. Voir l'article suivant sur le web: (ADHD is a Fictitious Disease—In His Confusion He Blurted ...
    www.cchrint.org/2013/10/30/adhd-is-a-fictitious-di

    Sans vouloir me pèter les bretelles, mais plutôt pour ouvrir les yeux aux lecteurs que probablement une grande partie de ce qui est véhiculé dans les différents médias majeurs (main medias) est faux, lorsque cela provient de sources officielles. Alors il devient impératif de vérifier ailleurs la validité des nouvelles...c'est désolant mais lorsque la tendance du journalisme est du copier-coller par mesures économiques et de ne presque jamais questionner les décideurs autrement que par conivence, on peut se questionner sur la vérité...tout est caché, et s'ils le sortent c'est faux.....