Anne et le NPD

Alors que cette semaine tous les regards se tournaient vers Mélanie Joly — nommée candidate libérale dans Ahuntsic-Cartierville après des mois de tractations —, il y avait nouvelle plus intéressante encore, celle de la candidature d’Anne Lagacé Dowson dans Papineau.

Anne (je me permets de l’appeler par son prénom, nous avons déjà travaillé ensemble) s’en va-t-en guerre contre le « golden boy » par excellence, Justin Trudeau. Le pugilat s’annonce d’ailleurs assez captivant, non seulement parce qu’il oppose un homme à une femme, mais parce qu’il met en relief le vieux fond de commerce NPD vis-à-vis le Parti libéral allégé et revampé de Justin Trudeau. L’ex-journaliste de CBC ne se considère pas comme un simple « poteau », en passant, mais comme quelqu’un qui a des chances de l’emporter vu l’actuelle force néodémocrate et la difficulté du Parti libéral à se remettre en selle.

Contrairement à la majorité des candidats néodémocrates de 2011 — qui, en plus de ne pas connaître grand-chose à la politique, ne connaissait pas grand-chose, à l’instar des Québécois eux-mêmes, au NPD —, Anne est tombée dedans étant petite. Son arrière-grand-père était un des fermiers ontariens qui ont voulu damer le pion aux banques en créant des coopératives dans les années 30. L’ancêtre du NPD, la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC), est né en 1932 dans la foulée de la grande dépression et sur les ailes d’organisations agricoles, syndicales et communautaires qui tentaient de pallier la situation.

Le « filet de sécurité » qui fait aujourd’hui la fierté des Canadiens — l’assurance maladie, la pension de vieillesse, l’assurance-emploi et même le bien-être social — a été imaginé par la FCC. Réclamant qu’on « subvienne aux besoins humains plutôt que de s’astreindre à faire des profits », nos premiers sociaux-démocrates, fiers socialistes à l’époque, sont alors les seuls à proposer des solutions à la misère ambiante. Dans les années d’après-guerre, le premier ministre William Lyon Mackenzie King récupérera les idées de la FCC, allant jusqu’à en faire les pierres de touche du programme libéral.

Le Manifeste de Regina (1933), le texte fondateur de la FCC, écrit notamment par l’écrivain et avocat montréalais Frank Scott, élaborait d’autres idées qui ont été essentielles au développement du pays : la nationalisation du transport, des communications et de l’électricité. Aussi, l’organisation syndicale, l’élaboration d’un code du travail, la mise en place d’un système bancaire et d’une économie planifiée « non soumise au contrôle d’intérêts privés ». On croyait également que le socialisme devait supplanter le capitalisme, idée qui sera abandonnée en faveur d’une vision keynésienne de l’économie peu de temps avant que la FCC devienne le Nouveau Parti démocratique, en 1961, sous la direction de l’ancien premier ministre de la Saskatchewan, Tommy Douglas. Consacré aujourd’hui « le plus illustre Canadien », Douglas est le seul leader fédéral à s’être opposé aux mesures de guerre en 1970.

Même s’il y a une similarité de situations et de perspectives — la FCC s’opposait également à la conscription durant la Seconde Guerre mondiale — même si le NPD et le Québec étaient faits pour se rencontrer, il a fallu attendre un demi-siècle avant que la séduction opère. Curieux, quand même, que l’endroit le plus étranger au parti de Tommy Douglas et d’Ed Broadbent, le Québec, est également celui qui va le catapulter dans la stratosphère politique. De 1932 à 2008, le FCC/NPD n’a jamais obtenu plus de 15 % du vote populaire, ni aucun siège au Québec. Tout ça change en 2011 grâce à la vague orange québécoise, qui double littéralement les intentions de vote (30,6 %) et permet au parti d’obtenir 59 des 75 sièges de la province. Un petit miracle.

Il y a trois raisons pour ce revirement spectaculaire. D’abord, le nouveau chef, Jack Layton, originaire de la Montérégie, décide qu’il est temps de faire du Québec une priorité. Deuxièmement, il atténue, pour la seconde fois dans l’histoire du parti, les aspects plus radicaux du NPD. On se rapproche de la classe moyenne et de la grande entreprise. Finalement, et c’est la raison la plus décisive, l’opposition fédéraliste-souverainiste cède le pas en faveur d’un axe gauche-droite, résultat inévitable de la révolution conservatrice de Harper couplée à l’effritement de la cause souverainiste au Québec.

Anne Lagacé Dowson est le fruit par excellence de ce NPD renippé, québécisé, mais aussi plus politisé, bien plus capable de mener un débat d’idées qu’en 2011. Souhaitons-lui bonne chance. Le courage, elle l’a déjà.

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35 commentaires
  • Denis Marseille - Inscrit 26 août 2015 05 h 14

    «Souhaitons-lui bonne chance.»

    Moi, je lui souhaite de gagner.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 26 août 2015 16 h 10

      @ En conclusion à Mme Lorraine King

      Dire que le PLC a appuyé Meech, c'est comme dire qu'il n'y a pas eu de neige au Québec l'an dernier.

      A lire dans LE DEVOIR: "Mulroney a attribué l’échec de l’accord du lac Meech à Trudeau"
      http://www.ledevoir.com/politique/canada/403464/mu

      Le premier ministre libéral, Frank McKenna de New Brunswick, fut un des premiers libéraux à dénoncer Meech; il le regrettera plus tard, mais trop tard. Il en va de même pour Sharon Carstairs la chef du Parti libéral du Manitoba. Idem pour le premier ministre Clyde Wells de Newfoundand: la pantin de Trudeau et Chrétien.

      Livre de Trudeau, publié en 1989:"«Lac Meech : Trudeau parle». Mais, dès 1988, il a travaillé ouvertement à couler l'entente. Une fois de plus, le Canada anglais reniera sa parole et sa signature.

    • Christian Montmarquette - Abonné 26 août 2015 16 h 29

      Et moi aussi!

    • Loraine King - Abonnée 26 août 2015 20 h 45

      Monsieur Grandchamp : même Mulroney, selon votre message, reconnaissait que c'était le citoyen Pierre Trudeau quii avait torpillé Meech, pas le Parti libéral du Canada. Le PLC a toujours appuyé Meech. Le PLC est vraiment une grande tente : on comprend qu'au chapitre des idées personne ne possède la vérité. Mais au PLC comme au PQ lles positions du parti sont exposées par le chef qui a l'appui des membres (et ça prend plus que 50 plus un!).

      Si le désaccord face à Meech devait entacher un parti, il devrait entacher le PQ autant que le PLC car le PQ s'y est opposé afin de rester actif dans le marché des idées politiques, comme vous l'avez si bien écrit.

      Pourquoi refusez-vous de reconnaître que John Turner a eut le courage d'agir selon ses convictions ?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 26 août 2015 06 h 11

    Le triste rôle joué par le NPD en regard du Québec

    En 2011, J.F. Lisée a écrit une chronique dans L’ACTUALITÉ sous le titre:
    "Le NPD et le Québec. Quand le soleil a rendez-vous avec la lune…"

    Je résume les arguments de Lisée.

    -C’est le procureur général néo-démocrate de Saskatchewan, Roy Romanow, qui fit équipe avec Jean Chrétien pour isoler le Québec lors de la fameuse « nuit des longs couteaux

    -Lors de la tentative de réparation de Meech, le NPD était d’abord favorable à l’accord qui reconnaissait au Québec son caractère distinct au sein de la fédération, puis a changé d’avis en congrès en 1989 et a mis son poids dans le camp du refus. C’est ensuite le député néo-démocrate amérindien Elijah Harper qui symbolisa le refus de la majorité canadienne d’appuyer la notion de société distincte, et qui donna au Manitoba le prétexte pour ne pas ratifier l’accord, entrainant son échec.

    - Lisée rappelle le rôle peu reluisant, à l’égard du Québec, du premier ministre néo-démocrate ontarien, Bob Rae, dans les négociations menant à l’accord de Charlottetown, en 1992.

    -Ed Broadent et Jack Layton et le NPD appuieront le projet de loi Dion sur “la question claire” et le plus que 50% plus un.

    -Union Sociale. Or c’est le néo-démocrate Romanow de Saskatchewan qui se fit le promoteur des positions de Jean Chrétien et de Stéphane Dion auprès des autres premiers ministres, jusqu’à faire en sorte que toutes les provinces tournent le dos à leur position commune, isolant le Québec.


    P.S. Rappelons que les députés NPD québécois ont appuyé l'aide fédérale au projet hydro électrique de Newfoundland...et cela contre la position unanime de notre Assemblée nationale

    • Cyr Guillaume - Inscrit 26 août 2015 07 h 55

      Très bien résumé cher monsieur, je n'aurais su mieux dire, Mme Pelletier fait encore et toujours dans la propagande de la gogauche caviardé bien roséifié. Elle ''omets'' certains faits volontairement, et en 1982 le NPD c'est prononcé pour la constitution de PET, sans compté le fait qu'en 2006, ils étaient contre la Nation Québécoise, et qu'en 2014 ils ont faient campagne contre la charte des valeurs québécoises. Comme quoi, l'effet centralisateur se fait ressentir et il n'est en rien différent des autres partis fédéraux et fédéralistes.

      En terminant Mme Lagacé-Downson reste une anglophone, et pour les anglophones la ''gauche'' multiculturel est très différente de sa contrapartie francophone qui est plus syndicale.

    • Bernard Terreault - Abonné 26 août 2015 09 h 20

      Rappel utile. En effet, les Romanow et Harper (Elijah), tout supposément socio-démocrates qu'ils aient été, n'ont pas été de grands amis des Québécois. A quelques exceptions près, l'attitude du NPD a été "Ah que le Canada serait un beau pays si les Québécois rentraient dans le rang".

    • Loraine King - Abonnée 26 août 2015 10 h 39

      Suivant la même logique il faudrait souligner le triste rôle qu'à joué le Parti Québécois qui était farouchement opposé à Meech. Il faudrait aussi applaudir le Parti libéral du Canada qui appuyait Meech au risque de se mettre à dos son ancien chef et de créer un schisme dans le PLC, ce qui s'est produit.

      Malgré les positions d'un parti à une époque donnée, un parti demeure une marque de commerce. La marque reste, mais les chefs et les membres du parti changent et avec eux les positions des partis sur un sujet donné changent au fil du temps. Les grandes orientations idéologiques quand au rôle de l'état dans la vie des citoyens demeurent.

      Même le Parti québécois, à ce que je saches, a longtemps prôné la souveraineté-association, alors que de nos jours on entend beaucoup moins parler du volet de l'association.

    • Bernard Dupuis - Abonné 26 août 2015 12 h 15

      Nous pourrions nous demander aussi pourquoi Michel Chartrand a quitté le NDP-NPD dans les années 60. Les responsables refusaient d'installer des microphones pour ceux qui voulaient s'exprimer en français lors des congrès. De plus, c'était l'époque où le NDP-NPD reconnaissait le droit à l'autodétermination de tous les peuples de la terre à l'exception du peuple québécois.

      Il faudrait cesser de tout peindre en rose lorsqu'il s'agit du NDP-NPD Mme Pelletier.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 26 août 2015 12 h 51

      @Mme Lorraine King qui répète, encore une fois, la même erreur.

      Le NPD et le Parti libéral du Canada ont rejeté Meech. Trudeau a même publié un livre contre Meech.Le 23 juin 1990, au soir de l'enterrement de Meech, c'était la convention du PLC à Banf qui allait élire Jean Chrétien.

      Je revois en pleine télé le premier ministre libéral Clyde Wells de Newfoundland, qui venait d'obéir aux ordres de Chrétien de couler Meech, se jetant dans les bras de Chrétien, et ce dernier de lui dire:"Thanks Clyde for all you have done". Il venait de couler Meech, le pôvre!

      C'est bien sûr que le PQ était contre Meech. Car, si Meech passait, c'était la fin du PQ. Le 23 juin 1990, je suis devenu indépendantiste!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 26 août 2015 12 h 58

      @Lorraine King

      Le 26 octobre 1989, Trudeau sort un livre anti-Meech entouré de nombreux amis et anciens collègues libéraux.

      Mais, dès 1988, il a fait des sorties à l'emporte pièce pour couler Meech.

      Le pm libéral Frank McKenna du New Brunswick, encouragé par les Chrétien et Trudeau, commencera par s'opposer à Meech. Il le regrettera amèrement plus tard..!!!

    • Loraine King - Abonnée 26 août 2015 14 h 41

      Pour Pierre Grandchamp : Je ne peux changer les faits : le Parti libéral du Canada et son chef John Turner appuyaient Meech. Le Parti libéral du Canada n'a jamais rejetté Meech, et a fait activement campagne en faveur du oui lors du référendum sur Charlottetown.

      Je l'ai écrit, et je le répète, Meech a créé un schisme au sein du PLC, mais la position du Parti libéral du Canada a toujours été d'appuyer Meech. Pierre Trudeau était contre Meech en tant que simple citoyen. Il n'était plus chef du PLC. Un parti n'est pas responsable des positions de ses anciens chefs. Les opinions qu'expriment aujourd'hui Lucien Bouchard ne peuvent être attribuées au Parti Québécois.

      Le PQ était contre Meech parce que c'est un parti qui n'acceptera jamais autre chose que l'indépendance du Québec. C'est pour la même raison qu'ils se sont opposés au rapatriement de la constitution.

      Contrairement au NPD qui interdit à ses membres du parti national d'appartenir à un parti provincial autre qu'un NPD provincial, il n'y a aucun lien direct entre les parti libéraux des provinces et le Parti libéral du Canada. Le Parti libéral de la Colombie-Britannique d'aujourd'hui est un parti de droite qui appuie Stephen Harper. Clyde Wells était premier ministre de Terre-Neuve et ses positions n'ont jamais représenté celles du Parti libéral du Canada.

      Je suis devenue indépendantiste au milieu des années soixante.

  • Josée Duplessis - Abonnée 26 août 2015 07 h 00

    Je ne savais pas que le Devoir était un lieu de promotion pour les amies des journalistes.
    Je trouve que vous vous mettez en conflit d'intérêt.
    Pour ce qui est du NPD je ne trouve pas qu'il a fait un travail exceptionnel pour le Québec.Est-ce qu'il s'est élevé contre les projets d'oléoducs et de transport par train pour représenter les québécois? Je n'ai pas vu ni entendu le député de mon coin parler contre ces projets si dandereux pour l'environnement.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 août 2015 08 h 00

      En effet, il y a « conflit d'intérêt » quand une chroniqueure exprime ses sympathies pour ses amies, sauf s'il s'agit de madame Payette encensant Pauline Marois. Je dis ça de même...

    • Daniel Lemieux - Inscrit 26 août 2015 12 h 48

      Je ne crois pas que le Devoir soit devenu « un lieu de promotion pour les amies des journalistes » parce que la chroniqueure met en relief les qualités personnelles d'une « amie ».

      Les chances du NPD dans Papineau sont faibles et il n'y a aucune honte à afficher un point de vue personnel dans le cadre d'une chronique. La Presse ne s'en prive pas.

      J'y vois plutôt que mise en rapport avec l'investiture contestée de Mélanie Joly dans Ahuntsic-Cartierville, qui frise le grotesque, la candidature de madame Lagacé Dowson pour le NPD est crédible.

      Il ressort aussi du texte de madame Pelletier qu'il est dommage pour le NPD de perdre une occasion de faire élire dans Papineau une députée de qualité qui ne soit pas un « poteau ».

  • Raynald Collard - Abonné 26 août 2015 07 h 06

    Retenu et payé par...

    • Cyr Guillaume - Inscrit 26 août 2015 07 h 56

      Hahaha, bien vrai. Ca sens Mulcair jusqu'ici!

  • Bernard Terreault - Abonné 26 août 2015 07 h 29

    Pas si évident

    Bien bonne personne, Madame Lagacé Dowson. Mais quand j'analyse les propositions du PLC et du NPD, je ne vois que des différences de détail. D'accord que Mulcair est plus incisif et convaincant que Trudeau fils, mais il y a globalement bien plus de compétences de toutes sortes chez les candidats libéraux pour former un cabinet crédible. Si j'étais fédéraliste, je voterais donc PLC.