Moi aussi, j’étais là

Il faut le dire, le nouvellement rénové Beachclub est «le» phénomène estival de l’heure au Québec. Annoncé comme étant «le plus gros club extérieur en Amérique», il fait jaser à l’international grâce à ces personnalités des réseaux sociaux qu’il a reçues jusqu’ici.
Photo: Émile Séguin AMJ Media Il faut le dire, le nouvellement rénové Beachclub est «le» phénomène estival de l’heure au Québec. Annoncé comme étant «le plus gros club extérieur en Amérique», il fait jaser à l’international grâce à ces personnalités des réseaux sociaux qu’il a reçues jusqu’ici.

Il n’y avait pas file pour les toilettes du Beachclub de Pointe-Calumet. L’attroupement était plutôt devant le miroir de la suffocante salle de bain. Une fille en bikini rouge pompier se tenait de profil, les hanches cambrées, et tentait de prendre un égoportrait mettant ses courbes en valeur.

Les autres attendaient leur tour au miroir. Manucure artistique, short en denim ultracourt, phrase tatouée en cursive sous les seins, perches à selfies étaient tous réunis dimanche dernier pour célébrer les 18 ans de Kylie Jenner, la soeurette de la mieux connue Kim Kardashian.

« Kyliequi ? », êtes-vous sûrement en train de vous demander entre deux bouchées de tartine au beurre d’amandes et de cajous. Fille de la désormais célèbre Caitlyn Jenner (née Bruce), Kylie est la cadette de la famille Kardashian, un véritable phénomène médiatique dont les spectateurs de la chaîne E ! Online peuvent suivre les tribulations à l’émission Keeping Up with The Kardashians (et dans les magazines à potins).

L’accomplissement de Kylie réside surtout dans le dévouement avec lequel elle alimente ses comptes Snapchat et Instagram, où elle partage en égoportraits les grands moments de son quotidien : elle qui fait la moue en maillot de bain, la moue en tenue de gym, la moue en robe crop top, la moue en bikini… vous voyez le topo.

Je l’avoue franchement, j’étais là pour les mêmes raisons que tout ce (très) beau monde qui avait déboursé entre 60 et 150 $ : voir miss Jenner en chair et en gloss boire en toute légalité les deux jéroboams de Moët et le 6L de vodka que lui réservait le Beachclub.

Parce que je suis fascinée par le phénomène Kardashian (la rumeur voulait qu’une partie du clan soit présente). Et surtout, je me demandais ce que viendrait faire une célébrité américaine à 40 minutes de voiture au nord de Montréal, sous les 40 accablants degrés avec facteur humidex. Quelle interaction elle aurait avec ces gens qui s’étaient déplacés pour la voir ? Aurait-elle du plaisir ?

Surfer sur la viralité

Car, il faut le dire, le nouvellement rénové Beachclub est « le » phénomène estival de l’heure au Québec. Annoncé comme étant « le plus gros club extérieur en Amérique », il fait jaser à l’international grâce à ces personnalités des réseaux sociaux qu’il a reçues jusqu’ici.

Avant Jenner, c’était le débridé joueur de poker Dan Bilzerian, dont le principal talent est d’être très populaire en ligne et qui a annoncé sur Facebook sa venue à Montréal « to get drunk and fuck girls » ; ce samedi, c’est avec le chanteur canadien Justin Bieber que les bronzés ont rendez-vous.

Le Beachclub existe depuis 20 ans, mais c’est sous la gouverne des frères Julien et Olivier Primeau et de leur père Dominique Primeau que l’endroit est en train de se forger une nouvelle réputation. La famille, qui fait des affaires dans les supermarchés, l’a racheté en janvier et rénové au coût de 2,5 millions de dollars.

Depuis le début de l’été, on a vu et entendu Olivier Primeau sur toutes les plateformes : il était récemment à 125 Marie-Anne et si Tout le monde en parle ne faisait pas relâche l’été, il aurait sûrement clôturé l’un des dimanches. Le Beachclub aura même son docuréalité qui sera en ondes dès le 27 août à Z Télé, où le public suivra le quotidien du club et verra si l’investissement en aura valu la chandelle. La série n’est même pas commencée qu’on peut déjà déclarer le Beachclub un succès.

« De la visibilité, j’en voulais, mais je ne m’attendais pas à l’avoir aussi rapidement, remarque Olivier Primeau, rencontré près de la piscine de la zone VIP. Les gens me disaient que ça me prendrait quatre ou cinq ans avant de réaliser toutes les idées que j’avais. Ça aura pris un mois et demi. »

L’objectif du Beachclub est de proposer, tout près de Montréal, une oasis digne des clubs extérieurs de Miami. Si Kylie a attiré ce jour-là autour de 4000 personnes — sur une capacité de 10 000 —, les 48 palmiers importés de Floride, les cabanas et la piste de danse sur la terrasse en donnent l’illusion.

Avant les rénos, le club de jour était connu pour sa scène électro. Mais, depuis l’ouverture, les fans de la première heure trouvent que les nouveaux propriétaires dénaturent l’endroit en recevant des vedettes aussi artificielles que le lac.

À leurs commentaires acides, l’entrepreneur de 29 ans se veut rassurant. « 95 % de notre business, c’est l’électro. C’est vraiment l’identité du Beachclub et je ne pense pas qu’on va la changer. C’est sûr que, pour quelques événements dans la saison, ça nous fait une belle pub d’avoir des gros noms et ça nous attire une clientèle qu’on n’a pas d’habitude d’avoir. »

Les visiteurs étaient un peu plus âgés, plus tôt cet été, lors du passage de Tiësto, grand DJ de l’électro ; la foule de Kylie, elle, était « un peu plus vieille, plus classe et plus riche », dit Primeau en jetant un oeil à la section VIP derrière ses lunettes de soleil. « Kylie Jenner et Justin Bieber, c’est deux Instafamous/Facebookfamous, des mégavedettes des réseaux sociaux. Alors, c’est très bon pour nous. »

Accessoire vedette

À quoi peut-on s’attendre de ces personnalités publiques qui nous attirent sur le site ? Dans le cas de Justin Bieber, « avec de la chance, il va peut-être chanter, mais j’ai pas le droit d’en parler, dit le jeune entrepreneur. Le but d’un party comme ça, c’est pas juste de voir une vedette : tu viens prendre un verre avec tes amis, danser, profiter du soleil… »

En effet, c’est mieux d’avoir l’esprit à la fête car la vedette peut être très accessoire. La courte visite de Miss Jenner avait de quoi décevoir ceux qui espéraient l’ultime prise d’un égoportrait en sa compagnie. Attendue avant 15h30, elle est arrivée sans surprise vers 16h30, dans un petit bateau de vitesse.

L’enthousiasme des fêtards de la section VIP — qui l’attendaient depuis plus d’une heure sous une chaleur si intense que les ballons éclataient autour de la piscine — n’a pas semblé la remuer. « My God, qu’elle a l’air bête ! », a lancé une fille derrière moi en voyant la starlette disparaître dans un gros véhicule noir après une brève apparition. « C’est sûr. C’est une star », a renchéri son amie.

Aparté : on fait grand cas de son air blasé pendant son bref passage au Beachclub, mais la jeune femme suit sûrement le secret de beauté de sa soeur Kim, qui met en garde sur le fait que sourire donne des rides.

Mais, bien sûr, il est difficile d’avoir le coeur à la fête sans ses amis (aucun Kardashian ne s’est finalement pointé) et, visiblement, même un cachet de 100 000 à 200 000 $ n’est pas suffisant pour faire semblant (ce n’est pas une actrice, après tout).

Ce jour-là, le party n’était pas nécessairement dans la zone VIP, où la clientèle plus friquée s’hydratait tranquillement aux bulles autour de la piscine protégée par des gardes de sécurité. La foule plus jeune trinquait des pichets remplis de Breezer orange fluo et de fort, pendant que le DJ, qui alternait les derniers hits entre du vieux Gwen Stefani et du Backstreet Boys, avait compris que la vraie fête était sur la piste de danse.

C’était torride, suant, étouffant, enivrant. N’eût été de l’étroite surveillance avec laquelle l’équipe marketing veillait sur les médias, c’est là que j’aurais passé ma journée plutôt qu’à magasiner une insolation pour voir un joli minois connu.

Le doigt sur la raison

Quand j’ai quitté, à 18h, je me suis sentie un peu mal à l’aise de ne pas rester jusqu’à la fin pour pouvoir vous rapporter ce qui allait venir : Kylie qui lance des t-shirts ; Kylie qui prend un selfie avec la foule ; Kylie qui esquisse un sourire en voyant le gâteau shabby-chic qu’une pâtissière lui avait concocté (elle n’a pas daigné y goûter) ; Kylie qui regarde ses gorilles lancer la pâtisserie de 3000 $ sur la foule ; Kylie qui quitte le Beachclub quelques minutes plus tard après avoir bu en toute légalité deux-trois gorgées de cocktail.

Dans la navette qui fait l’aller-retour entre Pointe-Calumet et le métro Montmorency, j’ai croisé deux étudiantes de 18 ans, gentilles comme tout et qui pourraient être mes cousines ou vos filles : vous partez alors que Kylie vient d’arriver ? « On est là depuis midi et on en avait assez du soleil. Kylie n’est pas très gentille d’avoir fait attendre ses invités comme ça. Elle n’avait pas l’air d’humeur... mais on l’a vue, c’est ce qui compte. »

Elles mettaient le doigt exactement sur la raison pour laquelle nous étions tous réunis ce jour-là au Beachclub.

Prendre des photos. Et pouvoir dire : « Moi aussi, j’étais là. »

Kylie n’est pas très gentille d’avoir fait attendre ses invités. Elle n’avait pas l’air d’humeur... mais on l’a vue, c’est ce qui compte.

Sous un soleil de plomb, les médias et invités étaient prêts à croquer un morceau de la célébrité virale Kylie Jenner lorsqu’elle est débarquée au Beachclub de Pointe-Calumet dimanche dernier.


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