Un cirque électoral qui dérape

Les politiciens fédéraux parlent beaucoup, ces temps-ci. Le problème, ce n’est pas tellement qu’ils parlent beaucoup, mais surtout qu’ils ne disent rien… ou alors ils disent des énormités, comme ce partisan conservateur qui, dans un cri de colère, a traité des jeunes femmes journalistes qui osaient poser les bonnes questions de « petites merdes ».

De toute ma vie, je crois que je n’ai jamais vécu une campagne non seulement aussi longue, mais aussi déjantée que celle que nous vivons depuis trois semaines. Chaque jour, les chefs des trois grands partis « d’un océan à l’autre » nous annoncent leur intention de nous acheter avec une pelletée de dollars même si nous savons par expérience que nous ne verrons jamais la couleur des millions promis. C’est pire cette fois que toutes les autres fois. On ose parler de changement alors que nous sommes plutôt en face d’un détournement de démocratie dont il ne nous reste en fait que des miettes.

Il n’y a que les naïfs ou les enfants pour croire que les promesses des politiciens sont faites pour être tenues. L’objet de tous les discours, c’est d’abord de nous faire croire qu’ils ont tous à coeur notre mieux-être et notre sécurité. Les trois grands politiciens présentement dans la course sont tous des petits Donald Trump en puissance. Ma grand-mère aurait dit « grands parleurs, p’tits faiseurs ».

Nous avons tellement entendu de ces déclarations enflammées nous jurant qu’enfin nous étions entendus. Et chaque chef y va de nouvelles mesures, comme s’il tenait une baguette magique. C’est alors la danse des millions qu’on lance par la fenêtre alors qu’en fait, c’est plutôt un écran de fumée pour remplir le vide des idées. Pauvres citoyens, menés en bateau encore une fois. Quand tout sera fini, il ne restera que la déception et le regret et quatre autres années à supporter quelqu’un qui va tout décider tout seul. Comme avant. Comme toujours.

Je crois au contraire que le moment est venu de tout remettre en question, y compris les élections, qui sont devenues un véritable cirque qui ternit l’idée même d’y participer. Il est urgent de revenir à la source de ce qu’on appelle encore la démocratie avant qu’il ne soit trop tard. Il faut avoir le courage de se questionner sur le rôle des partis politiques tels qu’on les connaît aujourd’hui et de trouver les moyens de réintroduire le respect envers les citoyens et les citoyennes. Autrement, avec le temps et l’écoeurement généralisé que nous connaissons, personne n’ira plus voter. Et là, ils auront gagné.

En ce moment, il est évident que Stephen Harper est dans l’eau bouillante. Sa campagne est bousillée par le procès Duffy. Cet homme qui aimerait tellement se débarrasser des journalistes, à qui il ne veut même plus parler, fera n’importe quoi pour rester en poste. Il ne faudrait surtout pas sous-estimer la capacité des conservateurs de trouver le moyen de gagner une élection malgré un déficit de votes. Ils l’ont déjà prouvé.

Justin Trudeau, lui, n’arrive pas à se brancher. Coincé entre le Québec et le Canada, l’héritier de Pierre Trudeau n’aura jamais les mains libres. Selon lui, il se doit d’honorer la mémoire de son père. Ce faisant, cependant, il ne peut trouver un discours qui nous ferait oublier octobre 1970 — ou pire, les mensonges de son père avant le référendum de 1980, promettant des changements importants aux citoyens du Québec sans jamais leur dire qu’il s’agissait du rapatriement de la Constitution sans notre accord. Le fils marche dans les pas du père. Pour ma part, j’espère que Pierre Trudeau repose en paix.

Thomas Mulcair peut être apprêté à plusieurs sauces. Il en a donné la preuve tout au long de sa carrière politique. Je n’arrive pas à me rentrer dans la tête que Tom Mulcair est un homme de gauche de quelque façon que ce soit. Ce serait tout un virage dans son cas. Thomas Mulcair est un ambitieux. Ça peut être une qualité. Mais ça peut être aussi un défaut. Son objectif était peut-être d’arriver au sommet quel que soit le moyen de transport qu’il choisissait d’utiliser. J’ai un souvenir précis de sa lutte hargneuse contre la loi 101 et de son mépris pour la culture francophone en général. Un homme peut changer d’idée… Ça arrive. Mais à ce point-là, en si peu de temps ?

Le ménage politique qu’il faut faire à travers le Canada est bien plus gros que celui de la commission Charbonneau ici. Les machines d’élections sont puissantes, redoutables, et elles sont entre les mains de quelques personnes seulement. Les citoyens se doivent de faire beaucoup plus que juste aller voter. La démocratie est déjà moribonde. Les dommages sont peut-être moins grands au Québec, mais on devrait tous se sentir concernés avant qu’un petit Trump ne se pointe à l’horizon.

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